08242019Headline:

Côte d’Ivoire / Tension socio-politique : Alassane Ouattara dans un labyrinthe, l’opposition devient de plus méconnaissable

Alassane Ouattara, le chef de l’État, est pris entre plusieurs feux allumés, d’une part, par l’opposition politique réunie autour du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci) et d’autre part, par Guillaume Soro, l’ex-chef du Parlement ivoirien. Au centre, la reforme et non la recomposition de la Commission électorale indépendante (Cei) exigée par l’opposition significative composée de 23 partis, appuyées par la quasi-totalité des organisations de la société civile. Guillaume Soro, pour ce qu’il le concerne, pour se donner le maximum de chance, dans sa guerre contre Amadou Soumahoro autour de la présidence l’Assemblée parlementaire de la francophonie multiplie les démarches, se démène avec fougue, y compris par la voie juridique. Il vient de saisir la justice, et ses partisans réclament la délocalisation de la 45e session de l’Apf prévue en début juillet 2019 à Abidjan.

Sur la question de la Cei, le gouvernement et l’opposition affichent des positions antagonistes. Et, le boycott, avant-hier mercredi, de la rencontre avec le gouvernement, par le Pdci et Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (Eds) est un marqueur de la profondeur de la crise sur l’organe en charge des élections en Côte d’Ivoire. Lequel doit être mis en place prochainement.

Il faut dire qu’on assiste, à l’approche de la présidentielle de 2020, à une montée en flèche des périls en Côte d’Ivoire sur la question ininflammable de la Cei. « Il n’y a pas de Commission électorale qui constitue une norme. Chaque pays développe son modèle selon sa propre histoire politique, son organisation institutionnelle et ses valeurs administratives », a déclaré Amadou Gon Coulibaly, lors de la rencontre entre le gouvernement, certains groupements de partis politiques et des organisations de la société civile, le mercredi 19 juin 2019, dans le hall du ministère des Affaires étrangères à Abidjan-Plateau. « Nous avons aujourd’hui tous les instruments en main pour pouvoir faire des propositions qui vont être maintenant à la base de discussions définitives avec les acteurs qui iront au Conseil des ministres », a ajouté le Premier ministre.

Même si le président du Rassemblement du peuple de Côte d’Ivoire (Rpci), Bamba Moriferé, brandit le « carton jaune » d’une autre guerre en 2020. Pour éviter une guerre à la Côte d’Ivoire, selon lui, le Pdci-Rda, la plateforme politique Eds, le groupe des 23 partis politiques de l’opposition et Lider de Mamadou Koulibaly, réunis, mercredi 19 juin 2019, au siège du parti de Bédié à Cocody, en conférence de presse, ont rappelé que « la réforme de la Cei » réclamée depuis des années par les partis de l’opposition dans leur ensemble, mais aussi par la société civile et la population, est une exigence que commande l’intérêt national.

Ça passe ou ça casse…

Ces opposants estiment que la concertation inclusive qu’ils réclament doit déboucher sur l’adoption « d’un projet de loi consensuel qui consacre la création, la composition, l’organisation, les attributions et le fonctionnement de cet organe électoral fondamentalement indépendant de toutes influences ». En outre, ils espèrent voir adopter un nouveau code électoral consensuel, en adéquation avec l’organe électoral, et qui en définit le mode opératoire. « Plus que jamais, nous acteurs politiques de opposition, les tenants actuels du pouvoir et les organisations de la société civile, avons l’impérieux devoir de nous asseoir autour d’une table, pour des échanges responsables… Dans le contexte actuel, des signaux très inquiétants, annonciateurs de graves menaces sur l’avenir de notre nation sont perceptibles », avertissent-ils. C’est pourquoi, ces opposants font monter la pression sur Alassane Ouattara afin de lui arracher une Cei acceptée de tous, conformément à l’arrêt de la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples (Cadhp) rendu en 2016, suite à une saisine de l’Action pour la protection des droits de l’homme (Apdh) en date du 7 juillet 2014. La Cour a ainsi enjoint l’État de Côte d’Ivoire de reformer sa loi n° 2014-335 du 05 juin 2014 relative à l’organisation, la composition, les attributions et le fonctionnement de la Cei. Car, pour l’Apdh, la composition actuelle de cet organe en charge des élections en Côte d’Ivoire « viole l’obligation de l’État de Côte d’Ivoire d’établir des organes électoraux indépendants tels que le prescrit la Charte Africaine de la démocratie des élections et de la gouvernance ».

L’Apdh avait également mis en relief la surreprésentation du groupement politique au pouvoir au détriment de l’opposition et des candidats indépendants. La Cour, dans son arrêt, a alors ordonné à l’État de Côte d’Ivoire « de reformer sa loi » dans un délai « qui ne peut excéder un an ». Depuis 2016, c’est le statu-quo.

Le chef de l’État, Alassane Ouattara, à l’approche des élections locales, s’était engagé à se conformer à l’arrêt de cette Cour, seulement dans le cadre des élections présidentielle de 2020.

Mais bien avant, soit le 13 mars 2018, le gouvernement avait envoyé à l’opposition un signal négatif. Dans une déclaration officielle, le Garde des Sceaux, ministre de la justice et des droits de l’Homme, Sansan Kambilé avait estimé que la réforme de la Cei « ne se justifie guère ». « Le gouvernement (…) tient au respect de la composition actuelle de la Cei, résultat d’un large consensus de tous les acteurs politiques de premier plan (…). En conséquence, pour le gouvernement, la question de la réforme de la composition actuelle de la Cei ne se justifie guère, en l’absence d’un modèle de mécanisme électoral idéal en la matière ; d’autant que le mandat des membres de cette Cei, régulièrement constituée, est en cours ».

Aujourd’hui, là où l’arrêt de la Cour exige une réforme en profondeur de la Cei, l’État de Côte d’Ivoire opte plutôt pour « une recomposition ». Une sorte de placebo… Ce qui effarouche, au plus haut point, l’opposition.

Pour Bamba Moriféré, « il est clair que le gouvernement veut faire un passage en force. Et nous ne pouvons pas accepter cette mascarade ». « Nous nous battrons sur le terrain. Personne n’ira faire des élections en 2020 en confisquant le pouvoir parce que la Côte d’Ivoire n’est plus à ce stade… Le gouvernement veut user de manœuvres dilatoires pour tenter un passage en force », s’enrage l’ancien ministre du général Robert Guéï.

Relativement à ce combat sur la Cei, Alassane Ouattara semble être en mauvaise posture. Dans ce combat autour de la Cei, le rapport de force semble ne pas être en faveur du chef de l’État. Pour ainsi dire, il est dans une situation délicate voire dangereuse. Et pour cause ! Son honneur et l’image de son gouvernement, qui se présente comme « un bon élève de la démocratie », sont engagés. Au surplus, il a contre lui, au-delà de l’arrêt de la Cadhp, des organisations de la société civile et des partis politiques dont les poids sociologique en Côte d’Ivoire sont indéniables. Quoi qu’il en soit, un camp devra, à terme, déposer les « armes » dans cette guerre autour de la Cei, pour éviter à la Côte d’Ivoire « une nouvelle guerre électorale ».

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