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Côte d’Ivoire / Tension socio-politique : “On peut tromper mille personne une fois, une personne mille fois, mais on ne peut pas tromper mille personnes mille fois” (Abraham Lincoln )

Un débat en profondeur de la xénophobie dont est accusée la Côte d’Ivoire s’impose. Celui-ci demeure une nécessité pour assainir et oxygéner le climat social que ce problème pollue. La paix sociale est à ce prix. Vouloir en faire abstraction pour des raisons stratégiques ne rend pas service au pays. Aujourd’hui les tenants du pouvoir veulent faire de ce terme leur fond de commerce. En user selon leur bon vouloir pour anesthésier leurs adversaires et souvent pour de mauvaises raisons. Cf. Bédié et les orpailleurs.

De nouvelles mœurs de gouvernance sont apparues depuis avril 2011. Le pouvoir actuel veut que les ivoiriens se renient. Qu’ils aient honte de leurs origines ethniques pour, sans sourciller les mettre dans des situations ubuesques qui inspireraient sûrement les philosophes de l’absurde. Se dire Gouro de Bonoua ou Bouna, Wobé de Korhogo. Abouré de Guitry et quoi encore !

En France, on peut se revendiquer avec fierté, Bretons, Picards (…), mais en Côte d’Ivoire on devient coupables donc pendables quand on clame être Lobis, Kroumens, Baoulés, Bétés, Attiés (…). Jusqu’à une date récente, c’était valorisant de s’affirmer Sénoufos de Korhogo, Tagbanas de Katiola (…). Cette réalité ancestrale qui a permis à plusieurs groupes ethniques identifiés, de cohabiter harmonieusement et pacifiquement dans cet espace géographique appelé la Côte d’Ivoire, pose soudainement problèmes. Ce vieil agencement naturel, bâti tout au long de l’histoire, est remis en question et pour quelles finalités ?

Les effets escomptés à long terme, des pratiques d’un tel salmigondis, instauré par le régime né du coup d’Etat du 11 avril 2011, pourraient avoir pour objectifs inavoués, la dilution des ethnies ivoiriennes, allant jusqu’à leur disparition totale pour laisser place à un no man’s land. Les fondements de la nation ivoirienne ont commencé à vaciller avec la prise de pouvoir par la violence de 2011. Cette situation de fondements instables, devrait préoccuper et angoisser le pouvoir. Mais cette réalité est rejetée ou dissimulée derrière des éléments de langage, des mots rien que des mots. Le régime se dédouane et oblige les consciences qui s’alarment et veulent prévenir les violences de demain, c’est à dire 2020 à se taire. Le gouvernement fait la sourde oreille et se réfugie derrière l’aversion que l’ivoirien, selon lui, éprouverait pour « l’étranger ».

Ce piège du rejet de « l’étranger » brandi comme un épouvantail, empêche tout débat de fond sur la politique migratoire et de naturalisation en Eburnie. La nationalité ivoirienne peut être acquise par différents moyens légaux comme c’est le cas dans tous les pays du monde en remplissant un certain nombre de critères. Les vagues, successives de migrations italiennes, polonaises ou hongroises ont procédé de la sorte pour devenir des français-es. Mais en Côte d’Ivoire, il semble que le régime préfère faire l’économie de ces démarches administratives et délivrer des pièces d’identité à profusion à l’avenant. Dans ces conditions, on peut admettre que celui qui n’est pas dans ses combines, puisse supputer que derrière de telles opérations douteuses se trament de mauvaises intentions de fraudes électorales. Les déclarations du Président Konan Bédié s’adressant aux militants de son parti, s’inscrivent dans cette logique.

« … on fait venir des étrangers armés qui sont stationnés maintenant dans beaucoup de villages, , sous le couvert de l’orpaillage … … » (…) « d’autres ont fait venir clandestinement … surtout dans la commune d’Abobo; les gens rentrent, on leur fait faire des papiers … ».

Il ne s’agit apparemment pas d’une opinion personnelle de Bédié, ni la divagation d’un esprit chagrin, mais d’un simple constat. Les faits qu’il pointe du doigt, peuvent être vérifiés, car même des télévisions étrangères ont effectué des reportages sur le phénomène. Aucune voix officielle ne s’est levée en Côte d’Ivoire, pour démentir les contenus de leurs reportages. Aucune plainte déposée pour calomnies ou diffamations contre un Etat souverain. Aucun droit de réponse n’a été sollicité. Pourquoi alors, ce qui est autorisé pour les uns fait-il scandale chez les autres ?

Le gouvernement gagnerait à s’attaquer sérieusement à ce problème migratoire pour le résoudre, au lieu de pousser des cris d’orfraie et tomber dans le pathos en culpabilisant toute personne qui évoque le sujet. Dans les buts d’empêcher que le peuple ne soit éclairé, le régime instille la peur, le poison en mettant en avant le péril de la nation avec des propos catastrophistes. Les lourds soupçons de fraudes électorales en préparation qui pèsent sur ces distributions à grande échelle de papiers aux étrangers à Abobo, si cela est avéré, ne sont pas dissipés par des actes, mais par une prose insipide.

[« Ces propos, d’une extrême gravité, -dixit le gouvernement- appelant à la haine de l’étranger, sont de nature à mettre en péril, au-delà de la paix et de la cohésion sociale, l’unité nationale et la stabilité du pays » ]

Décidément ce gouvernement manque de discernement mais pas d’air pour tomber dans le ridicule. Le sens de la mesure lui échappe. Car depuis sa prise de pouvoir par la force, la haine s’est installée entre tous les habitants du pays. Il est donc incongru de ne stigmatiser que la haine de « l’étranger ». La paix et la cohésion sociale demeurent au niveau des vaines incantations dont le régime s’abreuve. Quant à l’unité nationale, elle dépend de la réconciliation du peuple ivoirien.

Or les actions entreprises par le pouvoir pour réconcilier réellement les ivoiriens n’ont presque jamais existé. Les tentatives allant dans ce sens ont toutes échouées, notamment la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation, la CDVR de Konan Banny dont Dramane Ouattara, ne pouvait compter sur la servilité, a été remplacée par la Commission Nationale pour la Réconciliation et l’Indemnisation des Victimes, la CONARIV du curé Ahouanan Djiro. Ces deux organismes n’ont produit aucuns résultats visibles.

La prise de conscience des anciens rebelles !

Accuser ou casser le thermomètre n’a jamais guéri de malade. Vouloir bâillonner le peuple en lui jetant en pâture la xénophobie, sa haine pour l’étranger a fonctionné une fois, mais semble avoir atteint ses limites.

» On peut tromper mille personne une fois, une personne mille fois, mais on ne peut pas tromper mille personnes mille fois. » Abraham Lincoln .
Aujourd’hui, même les têtes de proue de la rébellion d’hier, Kigbafori Soro, Lobognon, Bamba-Lamine et bien d’autres qui ont livré un combat d’arrière garde et pitoyable depuis 1999, pris des armes en 2002 contre leur propre pays, pour combattre, selon eux, la xénophobie et les ivoiritaires, semblent en phase avec les propos du Président Bédié, propos qui effarouchent et donnent tant d’urticaires au régime de Dramane Ouattara.

Que de regrets et de tristesse pour eux pour le sang des innocents qu’ils ont fait verser. Mieux vaut tard que jamais pour soulager sa conscience.

La technique du pouvoir d’empêcher toute discussion, relative aux problèmes migratoires en Côte d’Ivoire, pourrait s’expliquer par sa peur. Il a trouille que le Piège de la xénophobie, son invention, son joujou qu’il affectionne et utilise à son gré, pour neutraliser ses adversaires, ne se referme à jamais sur lui et dans le déshonneur.

Le débat s’impose pour une hygiène publique et pour déconstruire le piège de la Xénophobie qui empoisonne la vie des Ivoiriens et priver ainsi le pouvoir de Dramane Ouattara de son épouvantail.

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