09152019Headline:

Côte d’Ivoire/ Tension socio-politique: un paradoxe, autour de l’appellation “RHDP”

Encore un sérieux camouflet de l’espace sous régional à la Côte d’Ivoire à travers l’une de ses prestigieuses institutions qu’est l’Assemblée nationale. Dans sa réponse à l’arrêté du président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Amadou Soumahoro, « portant modification des membres de la délégation des députés de Côte d’Ivoire au Parlement de la Cedeao », le président dudit Parlement, l’Honorable Moustapha Cissé Lo, a rappelé à ce dernier les conditions de remplacement d’un député au Parlement sous régional.

Ainsi, poursuit l’Honorable Moustapha Cissé Lo, « Conformément à l’article 18.2 de l’Acte additionnel : le député est élu pour une période de quatre ans. Le mandat court à compter de la date de l’installation du Parlement par le président de la Conférence. Leur mandat prend fin le dernier jour de sa Législature ».

Plus loin dans le même document, l’on peut lire que le Règlement intérieur de la quatrième Législature en cours stipule en son article 4.2 : « Le député qui a prêté serment au Parlement de la Cedeao en demeure membre et ne peut être ni remplacé ni démis tant qu’il siège dans son Parlement national ».

Cette deuxième interpellation aurait pu être évitée si…

Tous ces rappels viennent en réponse à l’Arrêté du président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire visant à remplacer au Parlement de la Cedeao deux députés ivoiriens que sont les Honorables Yah Touré et Salé Poli. Cette mise au point, qui a valeur d’un véritable rappel à l’ordre, intervient après celle de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples qui, dans un Arrêté en date du 18 novembre 2016, stipule que l’Etat de Côte d’Ivoire a « violé son obligation de créer un organe électoral indépendant et impartial prévu par l’article 17 de la Charte africaine sur la démocratie et l’article 3 du Protocole de la Cedeao sur la démocratie et qu’il a également, par voie de conséquence, violé son obligation de protéger le droit des citoyens de participer librement à la direction des affaires publiques de leur pays, garanti par l’article 13, les alinéas 1 et 2, de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (…) ».

“Pour avoir refusé d’entrer dans une « fusion absorption » avec le Rhdp, pour paraphraser le Pr Frédéric Grah Mel, le Pdci est soumis à des mesures de représailles jamais vécues”

Dès lors, la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples a ordonné à la Côte d’Ivoire de « créer un organe électoral indépendant et impartial (…) ». Cette deuxième interpellation de la Côte d’Ivoire, intervenue récemment par rapport à ses obligations vis-à-vis des autres Etats avec lesquels elle partage les mêmes espaces communautaires, aurait pu être évitée si depuis un certain temps, les dirigeants ivoiriens n’avaient pas érigé la haine et la chasse aux sorcières en mode de gouvernement. Pour avoir refusé d’entrer dans une « fusion absorption » avec le RHDP, pour paraphraser le Pr Frédéric Grah Mel, le PDCI est soumis à des mesures de représailles jamais vécues par un parti politique en Côte d’Ivoire simplement pour ses choix.

Un véritable nettoyage politico-administratif est orchestré à l’encontre de ses cadres. Même aux postes électifs. C’est le cas de ces deux députés, Touré Yah et Salé Poli, non membres du RHDP. Il fallait donc les remplacer par des députés membres du parti unifié comme cela se fait un peu partout dans l’administration et les institutions, donnant au Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix une coloration de parti-Etat.

COMPOSER AVEC LES IVOIRIENS TOUTES TENDANCES CONFONDUES

Cette indignation est, du reste, partagée par une militante du RHDP qui, avant d’être désignée sénatrice par le Président de la République, avait fait l’observation suivante : « Ce n’est pas parce qu’on est proche du pouvoir ou du RHDP qu’on doit tout se permettre, dire et faire tout ce qui n’est pas légal ou politiquement, disons, démocratiquement correct ». Et de préciser : « Le Rhdp n’est pas au-dessus de la loi. Il n’’est ni l’Etat ni la République. S’en réclamer ne suffit pas à faire de nous des princes, des citoyens supérieurs aux autres et non justiciables (…) ».

“Alpha Condé, lors d’une récente visite à son homologue ivoirien du 25 au 27 avril 2019, faisait l’adresse suivante au Président Ouattara : « Vous n’êtes pas président du Rhdp ; vous êtes président de tous les Ivoiriens”

De son côté, comme pour dire qu’il suit de près ce qui se passe en Côte d’Ivoire, le Président guinéen, Alpha Condé, lors d’une récente visite à son homologue ivoirien du 25 au 27 avril 2019, faisait l’adresse suivante au Président Ouattara : « Vous n’êtes pas président du Rhdp ; vous êtes président de tous les Ivoiriens ».

Une manière de lui dire qu’il doit composer avec les Ivoiriens toutes tendances confondues, faire la promotion de tous sans exclusive et considération d’obédience politique ni idéologique. Sans être lui-même un modèle de démocrate dans son pays, Alpha Condé a eu au moins le mérite de toucher du doigt les réalités sociopolitiques pas toujours agréables de son voisin d’Abidjan.

“Le régime, tout en prônant la réconciliation, n’a pas trouvé mieux que de créer la division au sein de tous les partis d’opposition”

Bref ! Tel se présente le tableau sociopolitique sombre de la Côte d’Ivoire où les acteurs n’ont à la bouche que les mots « vivre ensemble », « réconciliation », alors que dans le même temps, ils sont prêts à en découdre les uns avec les autres. Le régime, tout en prônant la réconciliation, n’a pas trouvé mieux que de créer la division au sein de tous les partis d’opposition.

Et de composer avec la frange qui lui plait par sa soumission, vouant aux gémonies celle qui ne fait pas son affaire et qui, pour lui, ne compte pas.

C’est le cas du FPI, du PIT, du MFA, de l’UDPCI, dont une partie compose avec le pouvoir et l’autre partie est jugée illégale par le même pouvoir. Des tentatives similaires d’émiettement et de mise en quarantaine ont eu lieu contre le Pdci. Si des cadres du parti ont mordu à l’appât du Rhdp, le parti poursuit néanmoins sa résistance et se revigore avec de nouvelles adhésions et une plus grande galvanisation des militants fouettés dans leur orgueil par le harcèlement politico-judiciaire dont leur parti a fait l’objet de la part de ceux qui voulaient vaille que vaille sa liquidation.

L’ÉCHEC DE LA RÉCONCILIATION, UN GROS PASSIF POUR LE RÉGIME

La haine est à son comble de sorte que les alliés d’hier sont aujourd’hui des ennemis jurés. S’étant sentis floués et humiliés par le pouvoir Ouattara, le Président du PDCI-RDA, Henri Konan Bédié et l’ancien président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, ont pris de la distance vis-à-vis de celui qu’ils se targuent d’avoir porté au pouvoir par leur soutien politico-militaire en 2010 face à Laurent Gbagbo.

Ce dernier, acquitté par la Cour pénale internationale où il était incarcéré depuis novembre 2011, éprouve, lui aussi, des difficultés à ressouder son parti dont une frange est dirigée par son ancien fidèle parmi les fidèles, Affi N’Guessan. Et d’aucuns s’étonnent de ce que les dirigeants du FPI, qui sillonnent le pays en prônant la réconciliation nationale, n’arrivent pas à se pardonner et à retrouver l’unité en leur sein.

“L’échec du pouvoir Ouattara à réconcilier les Ivoiriens restera, si rien n’est fait, un gros passif pour ces deux quinquennats qui tirent inexorablement à leur fin”

Comme l’on peut le constater, les différentes déclarations publiques des acteurs politiques, exhortant les Ivoiriens à la paix et à la réconciliation, sont paradoxalement contredites par certains de leurs actes à relent belliciste. Qui cachent mal de bonnes couches de rancoeur encore et toujours dans leurs cœurs.

L’échec du pouvoir Ouattara à réconcilier les Ivoiriens restera, si rien n’est fait, un gros passif pour ces deux quinquennats qui tirent inexorablement à leur fin. Mais il faut espérer, que l’homme étant à la fois le « roseau pensant » de Blaise Pascal et le Surhomme nietzchéen, capable de dépassement de soi, le chef de l’Etat ivoirien aura le sursaut nécessaire en temps voulu afin d’aider à aplanir les foyers de tensions ici et là au sein des Ivoiriens.

Car si beaucoup d’observateurs savaient qu’avec ses talents de technocrate et d’économiste, la Côte d’Ivoire connaîtrait des avancées macro-économiques notables sous son règne, beaucoup d’autres l’attendaient sur le terrain politique avec l’épineux dossier de la réconciliation. Et ce, tant il est vrai que les technocrates n’ont pas toujours été de bons managers politiques capables de dénouer toutes les crises. Jusque-là, le Président de la République ne semble pas confondre les tenants de cette thèse. Beaucoup de conflits sociopolitiques existent et ont surtout été créés sous son règne. Ce qui est vraiment déplorable.

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