01192017Headline:

Côte-d’Ivoire/ Tout sur les inconnus qui ont envahi la forêt classée d’Arrah/Voici d’où ils sont partis

foret

Région du Moronou/ Tout sur les inconnus qui ont envahi la forêt classée d’Arrah

Voici d’où ils sont partis
Ce qu’a décidé la réunion de crise de mercredi

On en sait un peu plus désormais sur les inconnus qui ont envahi depuis deux semaines, la forêt classée d’Erobo, dans le département d’Arrah, suscitant crainte et psychose dans la région du Moronou.

Il s’agit de clandestins d’origines burkinabé, guinéenne et malienne partis des forêts de l’Ouest, précisément de Daloa, comme ils l’ont dit aux villageois à qui ils ont signifié leur arrivée. Mercredi dernier, la présence de ces inconnus, qui se disent armés, dans la forêt classée d’Arrah, a fait l’objet d’une importante réunion de crise dans le village d’Erobo, vu les inquiétudes qui montent au sein des populations de la région. Sous la conduite du préfet du département, Gombagui Gueu Georges, par ailleurs préfet de région par intérim, assisté du sous-préfet de Krégbé dont dépend la zone concernée, cette réunion a enregistré la participation de hauts gradés de la Société de développement des forêts en Côte d’Ivoire (Sodefor) constituant respectivement des délégations de la direction générale partie d’Abidjan et de la direction régionale (basée à Abengourou), en plus des élus et des cadres du Moronou, précisément de la zone concernée ainsi que les chefs traditionnels. Le premier à prendre la parole, selon des participants qui nous ont fait le point de la rencontre, a été le chef d’Erobo. L’autorité du village dont le territoire abrite la forêt occupée, a fait le récit des premiers contacts que les nouveaux venus ont eus avec ses populations et lui. Le chef a relayé les propos des émissaires des occupants clandestins qui ont rallié le village pour signifier à leurs voisins qu’ils allaient s’installer dans la forêt classée. « Ils ont dit aux villageois qu’ils n’avaient pas affaire à elles et que c’est avec l’Etat qu’ils ont affaire ». Mais, ces inconnus, qui suscitent crainte et stupeur, vont très vite étonner le village d’Erobo quand ils affichent leur intention de disposer pleinement des terres au point d’entrevoir un marchandage avec les riverains. « Ils sont venus dire aux villageois : « On n’a pas affaire à vous, ne nous provoquez pas, et nous aussi on ne vous provoquera pas. Si on arrive à s’installer dans la forêt, c’est nous tous qui allions en bénéficier. Si vous en voulez, on peut toujours s’entendre moyennant la somme de 150.000 F Cfa à l’hectare. Cet argent, on le prendra pour aller donner aux agents des Eaux et forêts pour qu’ils nous laissent tranquille ». Une prétention que le préfet d’Arrah, très remonté sur la question, aura assimilée à de l’intox, un piège que les clandestins tendaient aux villageois, sachant qu’en impliquant les riverains dans leur forfait, il serait encore plus compliqué de les déguerpir. Ce qui n’est pas le cas en l’état actuel des choses.

De grandes décisions prises

La réunion de crise qui s’est tenue à Erobo a pris de grandes décisions pour faire face à ce qui passe pour être une invasion de la forêt classée de cette zone du Centre-Est de la Côte d’Ivoire. Les émissaires de la Direction générale de la Sodefor ont, en effet, remis un décret à Madame le sous-préfet de Krégbé, un texte qui donne toute prérogative au corps préfectoral de faire déguerpir les occupants du patrimoine de l’Etat. S’inspirant de ce texte, la réunion a convenu que lepréfet, l’autorité administrative de la région, donne l’ordre aux forces de la gendarmerie et aux agents des Eaux et forêts du département de faire partir tous ceux qui squattent la forêt d’Erobo, « anciens comme nouveaux occupants ». Des dispositions seront prises dans les jours et semaines à venir, à cet effet. Ainsi, pour les premiers occupants qui y ont déjà des plantations, il a été convenu de les laisser continuer à aller dans leurs champs jusqu’à ce qu’ils soient touchés par la mesure de déguerpissement. Toutefois, ils sont sommés de tous regagner les villages environnants pour y vivre. Car, plus personne ne sera toléré dans un campement dans la forêt. « Tous les campements sont interdits. On leur donne un mois pour déguerpir, sinon l’Etat viendra les faire partir de force. Ils peuvent rester dans les villages riverains pour aller dans leurs champs, mais plus de campement ni d’habitation dans la forêt classée. Ça, c’est pour ceux qui sont déjà installés et ont fait des plantations qui sont en production. Ils vont les faire partir, mais de manière progressive, parce qu’il faut reboiser la forêt classée. Ils vont partir, par vagues successives. Mais, pour ceux qui viennent d’arriver, il est hors de question de s’installer. Il leur est demandé de quitter immédiatement la forêt ». En effet, pour le préfet de région par intérim du Moronou, au delà de la simple question de la forêt classée à préserver, qui n’est pas moins cruciale, il y a un sérieux problème de sécurité avec les menaces terroristes dont la Côte d’Ivoire est l’objet. Face à cet impératif sécuritaire, il ne peut admettre que des clandestins s’infiltrent impunément dans une forêt et l’occupent à leur guise. Le préfet de région, témoignent nos sources, a souhaité que ces clandestins n’aient pas d’histoire avec la population. Il a rappelé les procédures à suivre par ces inconnus, s’ils s’estiment en situation de personnes à la recherche d’asile. Il s’agit, pour eux, de contacter notamment la chefferie traditionnelle puis les autorités administratives. Ainsi, les chefs des villages pourraient leur trouver de l’abri et de la jachère, au besoin pour se nourrir, mais, a déploré le préfet, ils ne peuvent pas se lever de leur propre gré pour occuper de force la forêt classée. « Quand on a affaire à l’Etat, il y a des moyens pour s’adresser à l’Etat », aurait signifié le préfet Gombagui, qui craint, par ailleurs, quel’insécurité qui sévit ces derniers temps dans le département d’Arrah soit du fait de ces clandestins infiltrés dans la région. « Il y a de l’insécurité partout. On ne sait pas, avec ces gens, qui se sont imposés dans la forêt, si c’est eux qui se transforment en gangs pour voler les nuits », a indiqué, inquiet, un participant à la réunion que nous avons joint pour en savoir davantage. Outre ce volet sécuritaire, l’autorité administrative a mentionné la problématique du changement climatique.Un sérieux problème lié à la destruction massive des forêts. Autant de préoccupations pour lesquelles les participants à la rencontre d’Erobo ont décidé de prendre le taureau par les cornes dès les premiers instants avant qu’il ne soit trop tard.

Les concernés absents de la réunion

Pour une réunion aussi décisive comme celle qui s’est tenue, mercredi dernier à Erobo, il était impératif que les représentants des inconnus qui ont pris pied dans le forêt classée de ce village, y prennent part. Mais, selon les participants que nous avons joints, ces clandestins auront brillé par leur absence. Pourtant, ils n’auront pas hésité, dès leur arrivée, à envoyer des émissaires auprès des autorités villageoises pour signifier leur présence. Auront-ils été associés ? On pourrait le dire ainsi, si l’on s’en tient à la réaction d’un élu qui a déploré leur absence à la rencontre. « Ils ne se sont pas présentés. Mais, des gens dans la population ont reconnu certains. Ils ne se sont pas signalés officiellement. C’est au lieu de rafraîchissement qu’ils ont dit que certains étaient là. Le préfet a déploré qu’on n’en soit pas informé pour que ces derniers soient mis devant les faits accomplis et qu’on leur pose des questions devant tout le monde afin qu’ils disent ce qu’est leur objectif », a révélé notre interlocuteur. Il est bon, certes, d’avoir tenu cette réunion de crise qui a abouti à des décisions importantes prises. Mais, il aurait été meilleur que les concernés y prennent part pour que la vérité leur soit dite. Cela aurait permis de régler le problème en douceur. Car, on peut encore redouter des incertitudes à l’horizon. Vont-ils se soumettre aux décisions prises qui vont à l’encontre de leur projet d’occupation ? Quelle va être la suite à la réunion d’Erobo ? On attend pour voir !

Refoulés à Abengourou et à Agboville avant Arrah

De graves révélations ont été faites sur ces clandestins, qui semblent avoir fait de l’occupation illicite des forêts en Côte d’Ivoire, un simple jeu de l’esprit. Les responsables des Eaux et forêts, qui ont pris part à la réunion de crise à Arrah, ont raconté ce qui s’est passé dans d’autres localités avant la région du Moronou. Selon leurs témoignages, les mouvements de ces clandestins sont devenus presqu’un phénomène. Ceux-ci tournent et squattent les forêts s’ils ne trouvent des personnes en face à redire. « Quand on les chasse, ils vont ailleurs », a indiqué un élu de Bongouanou, présent à la réunion d’Erobo, qui a fait part des cas d’Abengourou où des clandestins du même genre avaient tenté, il y a à peine un mois, de s’installer. « Ils ont été déguerpis, il n’y a même pas un mois. Ils ont tenté encore dans les forêts entre Agboville et Anoumaba (M’batto). Mais, ça n’a pas marché », a dit notre interlocuteur, qui tient l’information des responsables de la Sodefor. Comment ces individus allant de forêt en forêt font-ils pour ne pas être inquiétés ? En tout cas, du côté d’Arrah, les cadres, inquiets pour la sécurité de leurs parents, leur ont laissé des consignes pour éviter tout clash. Ils ont sensibilisé les populations à rester calme et à ne céder à aucune provocation, dès l’instant où les services de l’Etat, au plus haut niveau, ont pris en main le dossier. « L’affaire est allée très loin, c’est arrivé jusqu’au haut sommet de l’état-major de l’Armée, au ministère de l’Intérieur, peut-être même à la Présidence », a révélé un cadre du Moronou, fils du village d’Erobo, qui se réjouit de l’atmosphère sereine actuellement dans sa localité. « Pour le moment, il n’y a pas de feu en la demeure. Les populations avaient eu de la crainte au départ. Elles se demandaient ce que ça allait être de cohabiter avec des inconnus dans la forêt. Mais, maintenant qu’elles savent que les autorités sont saisies, avec le préfet qui est venu, le sous-préfet, la direction de la Sodefor, elles sont rassurées », a dit notre interlocuteur, un élu de la région.

 

Félix D.BONY

l’inter

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