10152018Headline:

Côte-d’Ivoire /Un cadre d’Adjamé crache ses vérités à la direction du RDR « Il y a un dysfonctionnement au sein du parti (…)»

Interview
Un cadre d’Adjamé crache ses vérités à la direction du RDR: « Il y a un dysfonctionnement au sein du parti (…) Le RDR a besoin d’un congrès »

Candidat malheureux aux dernières législatives à Adjamé, Dembélé Moustapha était suppléant et porte-parole de la liste indépendante issue du RDR dénommée « L’union retrouvée ». Dans cet entretien, ce collaborateur du maire Youssouf Sylla revient sur le déroulement de la campagne législative à Adjamé et crache ses vérités à la direction du RDR.

Quelles leçons tirez-vous des élections législatives ?

Le bilan, pour moi, est positif. C’est vrai que notre liste n’a pas remporté les élections mais nous avons appris beaucoup de ces élections. Il y a beaucoup à faire sur la scène politique à Adjamé, et nous avons notre place à prendre.

Qu’est-ce qui n’a pas marché, selon vous ?

C’est simple et clair. Quand on voit le taux de participation on peut aisément comprendre. Nous sommes allés à une élection avec un taux de participation de 15%. Cela a été à notre désavantage. Dans les grandes démocraties, lorsqu’on est fâché, on veut donner un signal fort. On sort, on vote contre. Mais chez nous en Côte d’Ivoire, quand on est fâché, on préfère rester à la maison. A Adjamé, les électeurs ne sont pas vraiment sortis. Les militants sont découragés après 7 ans de pouvoir.  Je pense que le RDR en tant que parti au pouvoir n’a pas pensé à l’aspect social. Comment aider les militants au plan social. On n’y a pas pensé. On fuit notre histoire.

Est-ce que vous êtes en train d’accuser la direction du RDR ?

Qu’on le veuille ou pas, plus de 60% de nos militants se trouvent dans le secteur informel. Ils sont dans des activités où ils ne sont pas forcement salariés. Le parti n’a pas posé d’action en faveur de ces militants là. Le fait que nous soyons partis en indépendants est une conséquence de cette situation. Quand vous êtes militants d’un parti politique, vous devez aider le parti à mieux fonctionner. Il ne faut pas être complice de ce qui se passe. Lorsqu’on ne créé pas un cadre pour que les militants puissent s’exprimer, la meilleure façon de se faire entendre, c’est sur le terrain politique. Il y a un dysfonctionnement au sein du parti. Il faut tenir véritablement de l’avis de la base avant de faire les choix. A défaut, on paie toujours cash. Personne n’aime Alassane Ouattara plus que nous. Si nous sommes aujourd’hui au pouvoir, nous devons penser comment le conserver. Et la meilleure façon de conserver le pouvoir, c’est avec le peuple. Mais si cette base là est laissé-pour-compte, la conservation du pouvoir sera difficile.

Est-ce pour cela que vous êtes allés en indépendants contre la volonté de votre parti ?

Nous, nous voulons amener la direction du RDR à changer de fusil d’épaule. On ne tarde pas à taxer les gens de pro-ceci ou pro-cela. Il faut qu’on arrête. Dans tous les grands partis, des gens peuvent se reconnaitre en des leaders, mais il appartient au parti de pouvoir capitaliser cela. On ne doit pas chercher à écarter des gens parce qu’ils sont proches de tel ou tel autre leader. Un militant doit être en mesure de se projeter dans l’avenir aussi. Il y a des attitudes parfois au sein des partis politiques qui font le lit de la division. Et c’est ce qui explique  ce taux de participation aussi faible. Le RDR après ces élections, doit faire son mea culpa. Le parti doit accepter enfin d’aller à un congrès et redynamiser les structures. Cela n’incombe pas au Président Ouattara. Le président de la République a son programme de gouvernement et travaille pour l’ensemble des Ivoiriens. Mais en tant que parti au pouvoir, le RDR doit avoir sa propre politique sociale envers les militants. Ce n’est pas au Président Ouattara de le faire.  Il faut créer des mécanismes d’insertion de nos militants. Il ne s’agit pas de les favoriser dans les concours à grand tirage mais de créer les conditions de leur insertion dans la vie active.

Est-ce vrai que vous avez bénéficié du soutien du maire Youssouf Sylla ?

C’est archi faux ! Si nous avions eu le soutien du maire Youssouf Sylla, nous aurions gagné ces élections. Le soutien du maire nous a fait défaut. Mais nous comprenons. Ces gens qui véhiculent ce genre de rumeur, ce sont ceux-là mêmes qui ont bénéficié du soutien du maire en tant que candidats du RHDP. Mais hélas, ils ne reconnaissent toujours pas les bienfaits du maire. Pourquoi pendant la campagne lorsque le maire Youssouf Sylla battait campagne pour eux, ils n’en ont pas parlé ? La victoire a plusieurs pères. Vous savez ce qui se passe à Adjamé, c’est une guerre de positionnement dans laquelle nous ne voulons pas rentrer. Sinon, si nous sommes allés en indépendants aujourd’hui, qui nous a montré la voie ? Ceux qui s’autoproclament militants engagés du RHDP, c’est ceux là qui nous ont montré la voie. On a demandé à la direction de sanctionner mais il n’y a pas eu de sanctions. En 2013, des adjoints au maire, des conseillers municipaux et des responsables du RDR avaient formé une coalition contre le candidat du RDR, Youssouf Sylla. Ce sont ces mêmes là qui s’érigent en donneurs de leçons aujourd’hui. Peut-être auraient-ils voulu que le maire suspende nos salaires puisque nous sommes agents de la mairie. Mais Youssouf Sylla est un libre penseur. C’est un monsieur qui a un franc-parler et qui a une grande vision de la politique. Alors que les gens arrêtent de raconter n’importe quoi sur le maire.

Comment voyez-vous l’avenir politique à Adjamé ?

Je suis très inquiet. Parce que quand vous êtes à la tête d’un parti politique comme le RDR, il faut être un fédérateur. Ceux qui font des reproches à Sylla Youssouf, font pire que le maire. Ce que je demande à nos responsables politiques, c’est de fédérer les militants et tenir compte de l’avis de chaque leader d’opinion. Cela est très important parce que de plus en plus nos adversaires se réveillent. Même s’ils n’ont pas eu beaucoup d’élus, ils ont des candidats un peu partout pendant que nous, nous encourageons la division. A Adjamé, nous allons toujours payer cash nos divisions. Je souhaite que nous épargnions nos bases de nos querelles intestines. Nous, nous voulions gagner ces élections. Nous avons été battus. Mais ce que nous souhaitons, il fait prôner l’union. C’est dommage que la direction du RDR se contente à chaque fois de jouer les équilibristes plutôt que de chercher à régler les problèmes. Je pense que la direction du RDR est responsable de toutes ces divisions à Adjamé. En voulant plaire à tout le monde, elle ne règle pas le problème. Quand on est chargé d’une mission au sein d’un parti politique, on doit travailler d’abord pour le rayonnement du parti. Il ne faut pas faire transparaitre sa vision électoraliste. On ne communique pas beaucoup à Adjamé.  Cela est aussi un problème. Ce qu’on demande à nos députés élus, c’est d’être proches de la population. Mais si durant ce nouveau mandat, ils s’inscrivent dans la même logique qui est d’ignorer la base, ils nous trouveront encore sur leur chemin. Ce n’est pas notre souhait. Nous sommes prêts à nous mettre à leur disposition dans l’intérêt de nos populations. Nous demandons à la population de rester unie et solidaire. C’est l’occasion pour moi, de leur présenter mes vœux anticipés de santé, de prospérité et de paix.

Propos recueillis par David YALA

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