08192017Headline:

Côte d’Ivoire: Un ex-combattant se lâche: «On veut nous pousser à la révolte»

ex combattant.....

Binaté Moussa était, depuis 2011 jusqu’à une date récente, le responsable du service casernement du site Bae, Fir 8, zone 1 de Yopougon. Une fonction qui lui confère la charge du logement des militaires et des ex-combattants regroupés sur ce site.

Cet ex-combattant, qui dit avoir participé à tous les combats qui ont précédé l’avènement du président Ouattara au pouvoir, en a gros sur le cœur. Au point où il n’a pu se retenir et a décidé de se lâcher pour dénoncer certaines pratiques au sein des casernesoùses amis et lui ont été regroupés.

Selon Binaté Moussa, ses déboires ont commencé en novembre 2014, précisément le lundi 24 de ce mois, quand il a été victime d’un «cambriolage» au sein même de la caserne. Un incident malheureux à l’issue duquel il soutient avoir tout perdu de ses effets personnels. Raison pour laquelle il s’est décidé à le porter à la connaissance de ses supérieurs, notamment le responsable du camp, Konaté N’golo Soumaïla et le commandant de la zone, Fofana Inza dit ”Grumman”, le lendemain même des faits.

Reçu trois jours plus tard, à sa demande et sur insistance, par ce dernier, l’ex-chargé du service du casernement du site Bae est mis au fauteuil blanc en présence de tous les responsables du camp convoqués par son commandant : «Le commandant m’a donné la parole en leur présence, et j’ai commencé à expliquer ce qui m’est arrivé. Il m’a dit qu’il en était déjà informé. Il m’a demandé pourquoi j’avais deux maisons à moi tout seul. Je lui ai répondu que je n’avais pas deux maisons, et que j’ai mon bureau et je n’ai fait qu’aménager un bâtiment inachevé où j’ai fait venir mes effets personnels». Ces explications paraissaient-elles agaçantes pour ses interlocuteurs? Toujours est-il que Binaté dit avoir été menacé, en présence de son commandant, par un autre officier, précisément un capitaine. «Devant le commandant, il (le capitaine) me dit qu’il va me jeter dehors». La suite des événements va d’avantage effaroucher l’ex-combattant, malgré la promesse du commandant de zone de diligenter une enquête pour clarifier le cambriolage dont il a été victime.

«Après, un autre officier a menacé de m’enfermer. A 19h, je suis interpellé par des éléments qui m’ont pris mes téléphones de force, après m’avoir brutalisé. Ils m’ont enlevé et m’ont enfermé dans une prison. Mais, ils n’ont pas pu avoir un autre téléphone que j’ai dissimulé. J’ai appelé plusieurs fois, en vain, le commandant Grumman pour l’informer. Je lui ai envoyé un message, ainsi qu’à d’autres personnes à l’extérieur. On m’accuse de donner des informations à des hauts gradés (chez le général Gaoussou Soumahoro et le ministre de l’Intérieur, Hamed Bakayoko)”. Pourtant, ma situation n’est pas encore réglée, moi qu’on soupçonne de traiter avec ces hautes personnalités…».

”Des ennemis du pouvoir”

Pour Binaté Moussa, ce qui lui est arrivé n’est rien d’autre qu’un règlement de compte. Il se l’explique par des menaces qu’il dit avoir reçues et dont il aurait fait part à sa hiérarchie. «On veut m’éliminer, on veut attenter à ma vie. C’est un règlement de compte. Parce qu’avant ça, j’ai toujours reçu des menaces que j’ai rapportées au commandant, mais il n’a pas réagi. Ils ont tenté de m’éliminer….», professe l’ex-combattant «jeté à la rue».

En plus de se sentir ”désabusé”, l’ex-chef du casernement du site de la Bae, qui réclame que la lumière soit faite sur sa situation, dénonce des ennemis du pouvoir dans des casernes. «Les ennemis du président Ouattara ne sont pas forcément les refondateurs ; ils veulent pousser les ex-combattants à reprendre les armes contre le pouvoir vu la situation qu’on leur impose. Je demande au ministre de l’Intérieur de trouver une solution aux problèmes des ex-combattants. Il faut fermer les sites de regroupement, parce qu’une révolution peut partir de la Bae. La Bae est divisée, c’est une bombe à retardement. Il y a trop d’événements à la Bae. A commencer par la déstabilisation de certains chefs qui ont tout perdu. Tout a été pris chez eux. Leurs éléments ont été pourchassés. Les éléments de certains commandants se croient supérieurs à ceux qu’ils ont trouvés sur place. Ils pillent les maisons, sans être inquiétés », soutient-il.

De graves révélations faites par l’ex-logeur du camp Bae, qui dénonce le triste sort qu’on lui impose, non sans relater, la mort dans l’âme, les embûches sur son parcours et sa fidélité aux autorités actuelles au pouvoir. «Je n’ai plus de caserne. Donc, je ne suis plus de la Bae. J’ai tout perdu et je suis à la rue. Voyez, j’ai été arrêté en 1995, en 1998 et en 2011. Je ne peux pas me mettre contre ce pouvoir, parce que j’ai trop donné et trop souffert pour ce pouvoir», conclut l’ex-combattant révolté contre ses chefs, qui a décidé de rompre le silence sur ce qu’il a subi.

La réaction de la hiérarchie

Joints pour en savoir davantage sur ce qui a poussé leur élément à briser la loi de l’omerta que requiert la discipline dans les casernes, les responsables du camp Bae n’ont pas voulu s’attarder sur le sujet. Invoquant l’obligation de réserve que leur impose leur profession. Il n’empêche, le commandant Fofana Inza a tenu à faire quelques précisions. «On est sur un site de regroupement des ex-combattants. Logiquement, quelqu’un qui est ex-combattant n’est pas militaire. Il est dans la perspective de trouver un projet. Binaté, qui est dans ce statut, c’est à lui qu’on a confié le casernement. C’est-à-dire qu’il a la gestion de tout le bâtiment. Lui seul, il a deux logements, un appartement, alors qu’il n’est pas militaire. Il fait partie des démobilisés, donc il sort de l’effectif et quitte le camp. J’ai demandé que tous ceux qui sont démobilisés quittent le camp, parce qu’il faut réduire les effectifs. Ceux qui sont démobilisés, qui bénéficient des projets, ne peuvent pas rester au camp. On ne peut pas bénéficier des projets de réinsertion et rester sur un site de regroupement. Alors que des militaires ne sont pas logés, toi, tu es inséré dans un endroit et tu veux rester dans un camp militaire…», a juste déclaré l’officier des Forces républicaines, pour qui le concerné, s’il était dans l’effectif de l’armée, n’avait qu’à saisir la hiérarchie militaire pour se plaindre, s’il avait un problème.

De son côté, son élément mis à l’écart soutient mordicus: «Je n’ai jamais été démobilisé. C’est un argument qu’il cherche. J’ai tous mes papiers, on peut les vérifier….», rétorque Binaté Moussa qui, en attendant la manifestation de la vérité qu’il réclame, se retrouve sans activité. Des Binaté, il en existe certainement dans les casernes. Les autorités doivent se pencher résolument sur leur cas, pour éviter que « la bombe à retardement » qu’ils constituent n’explose un jour.

Félix D.BONY

L’inter

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