08062020Headline:

Côte d’Ivoire : une lettre ouverte au Président Ouattara suite au décès de Amadou Gon Coulibaly. Ce que vous ne savez pas

La cyberactiviste Kyria Doukouré adresse une lettre ouvert au président de la République Alassane Ouattara.

Monsieur le président de la République,

En ces moment douloureux pour vous et pour toute la nation ivoirienne, je voudrais vous exprimer mes condoléances les plus sincères. Le défunt était votre homme de confiance et votre plus proche collaborateur depuis des années. Je peux imaginer combien de fois vous êtes affligé. Que Allah vous fortifie et vous donne la force de surmonter cette énième épreuve.

Monsieur le président de la République,

Le premier ministre Gon Coulibaly était un musulman. Il venait d’ailleurs d’effectuer en votre compagnie le pèlerinage à la Mecque. Et comme vous le savez certainement, chez nous les musulmans, la mort n’est qu’une étape. Dans notre croyance commune, quand une personne décède, elle se situe entre le stade de la mort et celui de la résurrection. Elle traverse notamment l’”épreuve de la tombe”, durant laquelle elle est interrogée sur sa religion, son prophète et le Seigneur. Ces questions sont posées par deux Anges, Nakir et Mounkir. Puis un Ange de la mort est chargé de venir saluer et récupérer l’âme du défunt le jour de sa mort. Dans le cas d’un “bon croyant”, l’Ange se montre doux, tandis que le mécréant voit son âme arrachée, signe annonciateur du châtiment qu’il devra affronter. Prions pour que l’Ange se montre doux envers le fils de Korhogo.

Monsieur le président de la République,

En Afrique, c’est autour de la mort qu’on se réconcilie. C’est le moment privilégié pour interroger sur notre existence mais aussi et surtout penser à l’avenir et au but de notre vie sur terre. Le premier Ministre Gon Coulibaly a servi la Côte d’ivoire et c’est de la Côte d’Ivoire que je veux vous parler ce jour grave pour notre nation.
Je sais M. le président que depuis l’annonce du décès, plusieurs personnes dans votre entourage se préparent à vous demander d’être candidat à la présidentielle à venir. D’ailleurs, ces rumeurs circulaient depuis un bon moment. Si vous cédez à cette tentation, vous aurez entaché votre sortie du pouvoir. Vous savez que le président Henri Konan Bédié est quasiment déjà candidat, si vous aussi vous l’êtes, il n’y aura aucune raison d’empêcher le président Gbagbo d’y participer. Nous aboutirions ainsi à un remake de la présidentielle de 2010. Ce match retour n’augure rien de bon pour notre nation ; bien au contraire, vous pourriez sortir par la petite porte. Ce qui n’est pas mon souhait.

Monsieur le président de la République,

En ces heures de grande tristesse pour notre nation, je voudrais humblement vous inviter à vous départir de votre manteau de chef de clan pour revêtir celui de père de la nation. Le président Felix Houphouët Boigny dont vous vous réclamez savait manier et la carotte et le bâton. Après avoir usé à satiété du bâton, je vous invite à user maintenant de la carotte. Profitez de ce deuil national pour accorder la liberté à tous les prisonniers politiques. Prenez une mesure d’amnistie qui favorise le retour en Côte d’Ivoire de tous les exilés y compris celui de votre fils Soro Guillaume. Puis, allez voir votre ainé le président Henri Konan Bédié et en sa compagnie, voyagez rencontrer le président Gbagbo à Bruxelles. Convenez ensemble de ce qu’il faut pour avoir une élection présidentielle apaisée et pacifique. Reportez l’élection puis reformez la Commission Électorale Indépendante. Mettez en place des équipes pour auditer la liste électorale et enfin, convenez tous les trois de ne pas être candidats.
M. Le président, offrez à la Côte d’ivoire sa première alternance politique pacifique. Le premier Ministre ne doit pas être enterré dans la discorde nationale. Il mérite lors du 40ème jour d’être pleuré par toute la nation. Mais une nation retrouvée et apaisée.

Lire : Décès Amadou GON Coulibaly : “J’ai le devoir de gagner cette élection présidentielle pour lui, reste un devoir.” (Adama BICTOGO)

Monsieur le président de la République,

Allah vous a placé dans une situation et en ce moment précis où vous détenez entre vos mains l’avenir de votre pays. N’écoutez pas les mauvaises personnes qui viendront vous faire croire que vous êtes irremplaçable. Les flatteurs ne vivent qu’au dépend de ceux qui les écoutent. Achevez votre présidence comme un vrai chef. Dans l’allégresse et la joie. Votre vie publique demeure un parcours exceptionnel et si vous refusez de répondre aux sollicitations de ces gens qui veulent vous induire en erreur, pendant des décennies, les griots conteront l’histoire de ce fils du Royaume de Kong qui fit entrer la Côte d’Ivoire dans une ère de prospérité démocratique et économique.

Monsieur le président de la République,

Je voudrais m’excuser de vous écrire cette lettre au moment où vous êtes encore dévasté par la douleur mais je sais compter sur votre intelligence pour percevoir la quintessence de mon message. Ne laissez pas les oiseaux de mauvais augure avoir raison de notre pays. Si vous écoutez ces quelques conseils, l’âme du premier Ministre Gon Coulibaly reposera en paix. Il saura qu’il a servi un grand Chef et qu’il n’aura pas sacrifié sa santé en vain.

Je voudrais Monsieur le président de la République vous réitérer mes sincères condoléances à vous, ainsi qu’à la famille du défunt. Cette lettre est une lettre d’amour. Allah est juste et bon.

Kyria Doukoure

Selon l’hebdomadaire panafricain «  Jeune-Afrique », Amadou Gon Coulibaly, 61 ans, avait subi une transplantation du cœur en 2012. Le 2 mai, il avait été évacué en France en pleine pandémie de Covid-19 pour des problèmes cardiaques. Pris en charge à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, il y a effectué une coronarographie et s’y ai fait poser un stent sans difficulté

Sapel MONE

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