09252017Headline:

COTE D’IVOIRE: Venance Konan Que faire ?

COTE D’IVOIRE: Venance Konan
Que faire ?
Nous voici de nouveau face à nos soldats, face à nos créatures, face à nous-mêmes, face peut-être à notre destin. De la façon dont nous gèrerons cette crise, dépendra peut-être le destin de plusieurs d’entre nous, voire de tout le pays. Il ne s’agit plus ici de jeter l’anathème sur qui que ce soit, mais de savoir comment sortir de ce piège que nous nous sommes tendus. Chacun peut reprocher ce qu’il veut à qui il veut, accuser qui il veut d’être devant ou derrière cette histoire, cela ne changera rien. Nous devons savoir que notre pays est en grand danger en ce moment. Une histoire comme celle-ci, si elle est mal gérée, peut échapper à tout contrôle et aller dans tous les sens. Souvenons-nous que c’est lorsque le pouvoir de Bamako a été très fortement affaibli par l’avancée des djihadistes et la débandade de l’armée que Amadou Haya Sanogo dont personne n’avait jamais entendu parler a pris le pouvoir au Mali sans savoir comment l’exercer. C’est aussi lorsque la mort de Lansana Conté a surpris la Guinée que Moussa Dadis Camara, lui aussi illustre inconnu, a surgi sur la scène politique et exercé le pouvoir de la manière que nous savons et qui n’a pas fait honneur à la Guinée. Souvenons-nous de décembre 1999 dans notre pays. Où au départ, il était question de la réclamation d’une prime qui devait revenir à un groupe de soldats. Comme aujourd’hui. Nous savons comment cela s’est terminé. Et le scénario dans lequel nous nous enfonçons dangereusement fait de plus en plus penser à décembre 1999 pour ceux qui l’ont vécu.
Qui pourra expliquer à nos mutins qu’ils jouent à un jeu très dangereux pour notre pays et pour eux-mêmes, dans cette période où des djihadistes sont à l’affut de la moindre faiblesse de nos Etats pour les frapper ? Apparemment il est devenu impossible de leur faire entendre raison, dès lors qu’on ne leur propose pas de l’argent. Qui pourrait s’en étonner, dans un pays où des policiers ont tiré sur des chauffeurs de gbaka pour des pièces de cent francs, où des médecins ont laissé mourir des personnes pour des billets de mille francs, où des journalistes, magistrats, pasteurs, imams ou hauts fonctionnaires sont prêts à vendre leurs âmes au diable pour des modiques sommes ? Qui ne peut pas comprendre que pour ces soldats souvent analphabètes, sans aucune formation, cette promesse d’une somme de sept millions de francs était le rêve de toute leur vie, et qu’ils sont prêts à mourir ou à tuer pour cela ?
Une fois cela dit, il nous faut bien sortir du piège. Lorsque l’on n’arrive pas à mater une mutinerie ou une rébellion, on n’a pas d’autre choix que de négocier. L’on nous a dit hier soir à la télévision qu’un accord a été trouvé avec les mutins, sans donner de détails. Il vaut peut-être mieux ne pas les donner. Mais espérons que cet accord soit vraiment le bon, je dirais même un vrai, parce que nous avons encore en mémoire l’accord que l’on nous avait annoncé le vendredi dernier, par lequel les mutins étaient censés avoir renoncé à toute prétention financière, et qui s’est avéré être un faux accord. Visiblement notre chef a été trompé, et avec lui, tout le peuple ivoirien. Espérons que cela ne se répète plus. Lorsque l’on s’apprête à abriter les jeux de la Francophonie (en juillet prochain) et à lancer un grand emprunt sur les marchés financiers internationaux, il est urgent que cette crise s’arrête sur un vrai accord, fut-il boiteux. Dans une situation comme celle-ci, ou l’on va vers les solutions extrêmes qui ont leur lot de risques plus ou moins élevés, ou l’on trouve des compromis, ce que nous appelons accord boiteux. Mais un accord boiteux vaut mieux qu’un faux accord. Dépêchons-nous de nous régler cette affaire au plus vite. Parce que plus le temps passera et plus les mutins, grisés par ce qu’ils croient être leur force franchiront des étapes, iront plus loin dans la défiance de l’autorité, et commettons des fautes de plus en plus lourdes. Et lorsqu’ils se rendront compte qu’ils ne peuvent plus revenir en arrière sans encourir de graves sanctions, ils n’auront pas d’autre choix que d’aller encore plus loin, c’est-à-dire de chercher simplement à prendre le pouvoir, pour ne pas être sanctionnés.
Mais une fois que nous aurons obtenu l’accalmie, il est impératif que nous nous asseyions pour en tirer ensemble les leçons, et prendre toutes les dispositions pour que de telles mésaventures qui n’honorent personne et encore moins notre pays ne se répètent.
Venance Konan

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