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Côte-d’Ivoire: Voici pourquoi Soro met la pression sur Ouattara

soro et ouatara

Sorties du chef du Parlement: Guillaume Soro met la pression sur Ouattara

Les Ivoiriens ont dû constater, depuis près d’une semaine, la présence, dans les médias, du président de l’Assemblée nationale, Guillaume Kigbafory Soro.

D’abord, vendredi 17 juin, dans le journal français ”Le Monde”, ensuite le mardi 21 juin, sur Radio France internationale (Rfi). Le natif de Kofiplé ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. D’autres actions sont prévues. Sa sortie s’apparente à une sorte de couronnement de la campagne de communication menée par les nombreux mouvements de soutien acquis à sa cause.

Qu’est-ce qui motive ces actions ? Qu’y a-t-il pour que Soro entreprenne brusquement de communiquer ? La réponse à ces questions s’imagine aisément au regard du contexte politique dominé par la rédaction d’une nouvelle Constitution, avec la création d’un poste de vice-président auquel sera rattaché le dauphinat constitutionnel. En effet, le chef de l’État, Alassane Ouattara, dans sa volonté de doter la Côte d’Ivoire d’une nouvelle Constitution, a annoncé la création d’un poste de vice-président. Celui qui occupera ce poste, dans son entendement, sera de facto son dauphin constitutionnel. Le président de l’Assemblée nationale, à qui ce privilège échoit, deviendra un simple président d’institution. Il aura le même statut que le médiateur de la République, la grande chancellière, le président du Conseil économique et social… Le vice-président sera considéré comme le successeur légal du président de la République, si celui-ci termine son second mandat.

Depuis l’annonce du poste de vice-président, les supputations vont bon train. Dans les salons feutrés des gourous de la politique, on pronostique sur le successeur d’Alassane Ouattara. D’aucuns rêvent d’être à ce poste pour conduire la destinée de la Côte d’Ivoire pendant les prochaines années. La Lettre du continent, dans sa récente parution, a lâché un nom, celui d’Amadou Gon Coulibaly, comme le futur occupant du poste. Le bimensuel panafricain avait même révélé le réseau de celui qu’on nomme ”AGC”. Un secret a-t-il été trahi ? Difficile, pour l’instant, de l’affirmer. Même si au Palais présidentiel, la question n’est pas à l’ordre du jour, comme dans une compétition, le top départ a été donné. Et chaque athlète est lancé sur la piste. Guillaume Soro, au départ serein, est aujourd’hui confronté à l’équation AGC. Dans son camp, on n’envisage pas d’autre choix que lui. Tout autre choix serait considéré comme une trahison.

Séisme dans le ”Soroland”

Les révélations de la Lettre du continent avaient provoqué un séisme dans le Soroland. Les cyberactivistes dévoués à la cause de l’ex-chef de la rébellion n’ont pas manqué de ruer dans les brancards, s’attaquant durement parfois à Amadou Gon Coulibaly. Guillaume Soro lui-même ne serait pas prêt à céder, si d’aventure Ouattara lui préférait quelqu’un d’autre.

La rumeur de la création d’un parti politique pour l’adouber circule. Ses sorties doivent donc être interprétées comme celles d’une personnalité ”qui refuse de mourir”. Mieux, comme un appel du pied, un ”lobbying” auprès ”du boss”. Et les mots pour exprimer cette ”ambition” sont éloquents, comme ceux qu’il a utilisés dans son interview sur Rfi : « Je sais que j’ai des ressources pour avancer. J’ai pour moi, comme on dit à Abidjan, mon Cv (curriculum vitae). Et j’ai pour moi les amitiés et la confiance du président de la République, ce qui n’est pas rien ».

A propos de la présidentielle d’octobre 2020, le chef du Parlement ne fait plus de mystère sur ses intentions, quand bien même il tente de les diluer dans une volonté collective. « En Côte d’Ivoire, tout le monde pense à la présidentielle 2020. Mais en ce qui me concerne, je privilégierai l’ambition collective à l’ambition individuelle », fait-il savoir. Le fait que dans ses interviews, le patron des députés se présente comme un ”homme de mission” n’est pas un hasard. Soro veut laisser entendre que durant toute sa carrière politique, il n’a agi que conformément aux instructions de ses mandants. Une manière pour lui de dire que les tares dont on l’affuble ne sont pas de son seul fait. Cette phrase est aussi valable pour ses bons actes que ses mauvaises actions.

Quand, par exemple, le confrère de ”Le Monde”, tente de lui faire porter le chapeau de l’assassinat du sergent-chef Ibrahim Coulibaly dit IB et de Désiré Tagro, l’homme brandit le chiffon rouge de la menace : « J’étais à l’époque Premier ministre et ministre de la Défense, mais pas le chef suprême des armées (…) ». Soro s’inscrit donc dans la droite ligne des exécutants et non des concepteurs. Il estime qu’en ”bon soldat fidèle et loyal”, il a fait son devoir et que si le général devait penser à quelqu’un pour lui succéder, ça ne peut-être que lui, eu égard aux bons et loyaux services rendus. C’est une conception arithmétique de la politique, mais surtout une pression subtile qu’il met sur le chef de l’Etat qui, précise-t-il, l’honore de sa « confiance ». Une confiance que Soro caresse le secret espoir de voir traduite en acte en ce qui concerne le dauphinat au Palais d’Abidjan Plateau. Or, en la matière, la logique ne prime pas. Il y a des paramètres à prendre en compte. Et Guillaume Soro, qui n’est pas un novice, le sait.

Y. DOUMBIA

L’inter

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