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côte d’ivoire :Voulant être vite investi par Bédié: Ouattara a-t-il peur d’Essy Amara?

Bedie-alassane

Le chef de l’État a demandé à être investi le plutôt pour entrer en campagne

Le président Alassane Ouattara, candidat à sa propre succession, se sent-il menacé par la candidature des cadres du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), en particulier celle du diplomate Essy Amara ?

Il y a des raisons d’y croire. Surtout à l’analyse de sa récente réaction au domicile de Bédié.

Le vendredi 20 février 2015, le Président Alassane Ouattara a effectué une visite au président du Pdci Henri Konan Bédié, à sa résidence d’Abidjan-Cocody. Au sortir du tête-à-tête entre les deux hommes, le chef de l’État ivoirien a laissé entendre son désir de se voir soutenu et rapidement investi comme l’unique candidat du Rassemblement des houphouetistes pour le développement et la paix (Rhdp).

Sur le sujet, Alassane Ouattara déclarait : « cela dépend du président du Rhdp… Je souhaite que cela soit le plutôt possible pour que je puisse me lancer dans la campagne. »

Sa déclaration est vue par certains comme une pression qu’il met sur le président Bédié. Mais à côté de cela, elle dévoile de façon tacite la peur que suscite au camp Ouattara la candidature des cadres du Pdci, mais en particulier celle d’Essy Amara.

Un chef de parti politique d’opposition, mais très proche du pouvoir, l’avait fait savoir la semaine dernière, avant le tête-à-tête Bédié-Ouattara. Sinon pourquoi le chef de l’État voudrait-il se lancer le plus rapidement possible en campagne ? Car à la vérité, l’heure la campagne électorale n’a pas encore sonné.

Mieux, depuis sa déclaration officielle de sa candidature à sa propre succession, le Président Ouattara n’a pas manqué lors de ses visites d’État dans le pays profond d’appeler à sa réélection. Plusieurs mouvements de soutien sont même nés et font campagne dans ce sens. Dans son parti le Rassemblement des républicains (Rdr), l’on a émis le voeu qu’il y ait un consensus national autour de la personne du chef de l’État, en vue de lui accorder un second mandat.

L’Appel de Daoukro en est la cerise sur le gâteau. En somme, depuis deux ans le président Ouattara est en campagne pour sa réélection. C’est pourquoi demander expressément à Bédié de lui permettre de lancer sa campagne, au moment où des cadres du Pdci affichent clairement leur opposition à l’Appel de Daoukro, provoque des interrogations.

En vérité, on n’aurait pas besoin d’entrer vite en campagne si en face il n’y a pas un adversaire que l’on redoute. Ouattara n’aurait vraiment pas besoin de faire campagne en face d’un candidat comme Zadi Djédjé ou Kouadio Konan Bertin dit KKB ou Ahipeaud Martial, loin de vouloir les sous-estimer. Peut-être, le ferait-il s’il a en face d’Alphonse Djédjé Mady ou de Charles Konan Banny qui sont deux grosses pointures du le parti d’Houphouet Boigny.

Or en ce qui concerne ces derniers, Bédié n’a pas manqué de les ruer dans les brancards et les museler au sein du parti. Déjà lors du congrès du Pdci en octobre 2013 et dernièrement, à l’inauguration du 3e pont d’Abidjan qui porte son nom. Le président du Pdci avertissait dans un post-scriptum les « irréductibles » , de son parti, en présence de Banny, que « ce pont à lui seul vaut deux mandats » au profit de Ouattara. Puis de conclure sur un ton moqueur « à bon entendeur salut

Pourquoi le chef de l’État se lancerait-il « le plutôt possible » en campagne, vu que « son travail, ses grands chantiers parlent pour lui et qu’il n’a pas besoin de faire campagne » comme l’affirment ses partisans et les houphouetistes acquis à sa cause. En réalité, il ne devrait que dormir sur ses lauriers. Même du côté de l’opposition, aucun candidat sérieux à même de battre le Président Ouattara n’émerge.

L’adversaire qu’il aurait pu redouter est un candidat du Front populaire ivoirien. Or l’ex-parti au pouvoir fait face à une crise et ne compte pas participer à la présidentielle prochaine parce que, selon certains de ses militants, les conditions d’une élection libre, démocratique et transparente ne sont pas réunies.

Pascal Affi N’guessan, le président dudit parti qui entend y participer, est fortement combattu par des caciques de la formation fondée par Laurent Gbagbo. Considérant la situation socio-politique actuelle, le chef de parti politique en question, un des plus représentatifs de l’échiquier national, a montré qu’il ne se présenterait pas à la présidentielle de 2015.

Ouattara et Essy ont plusieurs points en commun

La menace vient donc d’Essy Amara. Bédié le sait. Sa candidature avait été prise pour de la rumeur. C’est pourquoi à l’arrivée de l’ex-secrétaire général de l’Organisation de l’union africaine (Oua), le président du Pdci s’est empressé de le recevoir à Daoukro. Ce qu’il n’a pas fait avec Charles Konan Banny qui avait lui aussi, annoncé sa candidature à la présidentielle. La menace est d’autant plus réelle qu’à cette rencontre, Essy Amara lui a dit qu’il ne partageait pas son «Appel de Daoukro» à soutenir la candidature de Ouattara.

Pour le prouver, Essy Amara a exposé « les 13 raisons valables pour dire non » à l’Appel de Daoukro dans un pamphlet intitulé « Côte d’Ivoire-Présidentielle 2015/ Appel de Daoukro : ”Ne tuez pas le PDCI-RDA. Non !..” ».

Dans ce document, Essy Amara endosse que « ”l’Appel de Daoukro” du président Henri Konan Bédié, tout comme le projet de la ”double nationalité” du président Félix Houphouët Boigny, dont Bédié est le successeur, est un projet qui divise profondément le PDCI-RDA, et partant toute la Côte d’Ivoire, comme l’ont constaté les Sages du parti… ». Et celui qui l’affirme n’est pas un arriviste au Pdci, en Côte d’Ivoire et dans le monde.

Diplomate de carrière, Essy Amara partage avec le chef de l’État Alassane Ouattara plusieurs traits. Dans un pays qui souffre encore de la politique ethnique à laquelle s’invite parfois la religion, le dirigeant politique a relevé le fait que les deux hommes sont « du nord, musulman et bien connu des organisations internationales ». Ce qui n’est pas faux. C’est pourquoi « Essy constitue une vraie menace pour Ouattara », dira-t-il.

Les deux hommes, vu sous ces angles, peuvent se partager l’électorat nordiste, avec quelques avantages pour le diplomate, à en croire notre interlocuteur. Car Essy aura le suffrage de « ses parents Abron, donc des voix en moins pour Ouattara, ceux du Pdci qui sont contre l’appel de Daoukro, et surtout ceux des pro-Gbagbo qui sont prêts à voter n’importe qui, juste pour sanctionner le Président de la République », a indiqué ce dernier. Comme atout, il a invoqué la neutralité du diplomate et qu’il a présenté comme l’homme qui pourra aisément réconcilier les Ivoiriens.

Poussant plus loin la réflexion, il a démontré qu’au plan africain, beaucoup de chefs d’État, en ce moment hostiles à la politique occidentale vis-à-vis de l’Afrique, seront plus disposés à apporter leur soutien à Essy qu’à Ouattara. Beaucoup d’entre eux ne digérant pas encore la résolution de la crise post-électorale et le transfèrement de Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale (Cpi).

Or le rapport entre Essy et Laurent Gbagbo est plus étroit qu’avec Ouattara, fait savoir le président du parti. Il a rappelé que c’est par le soutien et le lobbying de Laurent Gbagbo qu’Essy Amara a été élu dernier secrétaire général de l’Oua en 2001, et premier président (intérimaire) de la Commission de l’Union africaine, en 2002.

« L’homme a donc un bon profil qui peut amener le chef de l’État à s’inquiéter, malgré son bilan appréciable durant ses quatre ans de pouvoir », a fait savoir notre interlocuteur. D’où le désir de Ouattara à voir les choses se faire « le plutôt possible » de peur de se faire devancer par un candidat sérieux. La bataille s’annonce rude et véritable devin celui qui peut désigner son vainqueur.

Dans tous les cas, félicitations au vainqueur et aux vaincus de cette présidentielle car, c’est la Côte d’Ivoire qui doit gagner.

César DJEDJE MEL

 linfodrome.com

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