08222017Headline:

Côte-d’Ivoire /Williams Ateby (FPI) : “Il faut reconnaître les efforts du Président Ouattara”

Selon Williams Ateby, la main tendue du Chef de l’Etat n’est pas suffisamment saisie par l’opposition.

Williams Ateby (FPI) : “Il faut reconnaître les efforts du Président Ouattara”

« Ne pas reconnaître les efforts du Président Ouattara, c’est faire preuve de mauvaise foi », a confié, à Fraternité Matin, au cours d’une interview, Edmond Williams Ateby, secrétaire national du Front populaire ivoirien (Fpi) chargé de la fédération d’Abidjan-Banco. Par ailleurs, il a estimé que la main tendue du Chef de l’Etat n’est pas suffisamment saisie par l’opposition.

Ateby  Williams  est-il l’illustration  qu’on  peut rentrer  d’exil  et  vaquer paisiblement à  ses activités  politiques,  sans risque  d’aller  en  prison comme le font croire certains  ?

Je  peux  répondre  par  l’affirmative.  Oui  je  suis  rentré d’exil,  je  vaque  à mes occupations.  Je  dis  ce  que  je  pense, je  fais  ce  que je veux, dans les limites  de  ce qu’un  citoyen peut  faire,  en  sachant  qu’il  a des  droits  et  des  obligations. Au-delà  de tout  cela,  il  m’arrive  d’être  reçu  par  des  personnalités  du pouvoir avec qui je  discute de  la  situation  du pays.  J’avais  mes  opinions dans  le  débat  sur  la  constitution,  j’ai eu  le  temps  de les exposer  dans  la  presse.  Mieux, j’ai  rencontré  certains  amis  du Rdr  avec  qui  j’ai  discuté  très amicalement.  Je  me  suis  retrouvé  dans  un  face-à-face avec  Touré  Mamadou  qui  est maintenant  Secrétaire d’Etat  et  le  professeur  Ouraga Obou.

A cette occasion,  j’ai  révélé  ce  que  je considérais  comme  les  insuffisances  du  projet de  constitution,  le  tout  dans  une atmosphère  de  convivialité. Le  débat  était  organisé par un Ong. On  a continué  ce  débat  entre juristes,  notamment  avec  le ministre  Cissé Bacongo.  Les échanges  se  font  dans  une ambiance  fraternelle  et  amicale.  Il  y  a nécessairement  un besoin  d’opposition  pour  que la  démocratie  vive.  Mais  c’est une opposition  d’idées  ou  de visions.  Ce  n’est  pas  la  traduction  de  la  haine,  de  la violence,  de  la  suspicion.  J’ai d’autres  amis,  qui  n’ont  rien  à voir  avec  le  Fpi  qui sont  par exemple pour le régime parlementaire.  Moi  je  ne  suis  pas un  partisan  du régime  parlementaire.  C’est  vous  dire  que nous  sommes  nombreux  qui sommes rentrés  d’exil  et  qui vivons,  certes,  avec  quelques difficultés,  mais  sans  être  inquiétés jusque-là.  Nous  faisons  ce  que  nous  pensons avoir  à  faire  pour  une réconciliation vraie  entre  tous  les  fils de  ce  pays,  c’est  pourquoi,  le Fpi  n’a  pas  hésité  à  s’inscrire dans une démarche participative  qui  a  donné  lieu  à  plusieurs  rencontres  avec  des membres  du  gouvernement dans  une  ambiance  fraternelle.  Nous  devons,  tous, nous donner  les  moyens  de participer  à  la  création  d’un  climat  de  confiance.  C’est  une responsabilité  qui  nous  incombe   quel  que  soit  notre camp.

On a vu en 2016 des exilés au Ghana prendre la ministre  Mariatou  Koné  à partie. Vu  d’Abidjan,  on  a l’impression  que  des  exilés se  complaisent  dans  leur situation.  Comment expliquez-vous  cela ?

Je  voudrais  dire  à   la  ministre Koné  Mariatou  que  je  n’ai  jamais  rencontrée,  qu’elle fait un  formidable  travail.  Elle  y met  son  cœur.  Je  suis  ici, mais  j’ai  des  amis  encore en exil,  ayant  été    moi-même  en exil.  Je  sais  donc  qui  elle  a rencontré  là-bas.  Il  est impressionnant  de  voir  qu’elle  fait  ce travail  comme  une  véritable mère  de  famille.  Si j’ai  l’occasion  de  la  rencontrer,  un  jour, je  ne  manquerai  pas  de  le  lui dire.  Je  sais les  efforts  qu’elle a  faits  pour  que  le  ministre Kadet Bertin,  notre  ami Kacou Brou  et d’autres  rentrent  et qu’ils  reprennent  leur  travail. Ils  vivent  aujourd’hui  le  plus normalement  du  monde.  Je n’ai  pas  eu  besoin  en  mon temps de la rencontrer. Mais il est  bon,  quand  une  personne fait  quelque  chose de louable, de lui  reconnaître  cela, même quand  on  n’en  a  pas  directement  bénéficié.  Que  des jeunes  fassent  du  chahut dans  certains  camps  de  réfugiés  au  Ghana,  ça,  c’est  un détail.

Je  souhaite  plutôt  que Mme  la  ministre  continue sur  cette  lancée.  Quand  elle s’est rendue  au  Ghana,  elle ne  s’est  pas  contentée  des grandes  réunions.  Elle  a viré  de bord.  Prisonniers  de cette  logique-là,  des  gens tiennent  des  propos  anachroniques  et manifestement  improductifs.  ce  sont  des discours  qui  aujourd’hui  n’ont plus  lieu d’être,  parce  qu’ils ont  pour  résultat  d’augmenter la  méfiance  et  la  suspicion.  Il faut passer à autre chose. Aujourd’hui,  ne  pas  reconnaître que des efforts  sont  faits  de  la part  du  président  de  la  République,  même  si  beaucoup restent  encore  à  faire,  c’est faire  preuve  de  mauvaise  foi.   Elle a rendu  visite  à  des  personnalités.  Elle  s’est enquise  de l’état de  santé  de  certaines  personnes  là-bas.  Elle est revenue  à Abidjan, elle  continue  d’appeler,  de  partager  des réflexions, de  souhaiter  que  nos  amis rentrent.

Elle  continue  de chercher  à  savoir  ce  qu’ils veulent  qu’on fasse pour qu’ils rentrent, etc.  Que  voulez-vous de  plus ?    Cette  volonté  de  la part  du  président  de  la République  que Mme  la  ministre  traduit  en  actes  concrets, est  louable.  Il  faut continuer sur  cette  voie.  Nous  revenons de  loin,  de  très  loin.  Il  peut donc  y  avoir encore  quelques hésitations.  L’essentiel,  c’est qu’un  mouvement  d’ensemble  est  lancé. Il  faut  le  suivre dans l’intérêt  de  tous.  Je  finirai sur  ce  chapitre  en  sollicitant également  la  libération  des camarades  qui  sont  actuellement détenus préventivement pour  quelque  raison  que  ce soit.  Je  reste  convaincu  que leur  mise  en  liberté  créera un déclic  chez  les  plus  pessimistes,  et  les  rassurera  davantage  sur  la  nécessité  de leur  contribution  au  nouveau contrat  social  ivoirien.

Dans ces conditions, comment expliquez-vous les  prises  de  position incendiaires contre  le pouvoir  depuis Accra  de  la part  de  Koné Katinan,  le porte-parole  de l’ancien président  Laurent Gbagbo ?

J’avoue  que  je  ne  le  lis  pas assez  depuis  un  certain  moment,  mais  Koné  Katinan est un  aîné  et  je  ne  saurais  juger ses  propos.  D’ailleurs,  pour moi,  il  fait  partie  des personnes  avec  qui  il  faut  parler. Mais au-delà  de sa personne, le  drame, c’est que beaucoup, dans  notre  situation,  sont  pris comme  dans  une  espèce d’étau  qui  se resserre  autour d’eux.  Ils  se  disent  que s’ils  ne tiennent  pas  le  discours qu’ils tenaient en  2011-2012,  ils  seront  considérés  comme  des traîtres.

Justement,  certains  de  vos amis  estiment  que  seul  le Chef  de l’Etat  doit  faire des sacrifices  en  vue  de  la réconciliation  des  Ivoiriens parce  que  c’est  lui  qui est au pouvoir…

Non,  pas  du  tout.  Il  faudra,  je crois,  avoir  un  jour  le  courage de dire les choses très honnêtement. Finalement,  qu’est-ce qui  fonde  certains  discours qu’on  peut  trouver extrémistes? C’est  parce  qu’on  a énormément perdu. Des gens ont  perdu  leurs  vies, leurs  familles,  leurs  patrimoines,  des positions.  Il  y  a  donc  une  espèce  de  colère  ou de  rancœur. Tout le monde, dans les deux  camps,  peut  se  plaindre de  quelque  chose. J’ai  personnellement  des  frères  et amis  qui  ont  perdu  la  vie,  ma maison a été pillée. Mais revenons  en  arrière.  le  président Ouattara  lui-même  a  vu  sa maison  pillée  et détruite  en 2002,  bien  avant  celles  de beaucoup  d’entre  nous.  Son aide  de  camp  de l’époque  a été  tué.  On  a  tous  pleuré  et gémi  dans  ce  pays.  Il  est temps qu’on se dise : il ne faut pas  toujours  rêver  de  voir  les pleurs  et  les  gémissements d’un  groupe d’Ivoiriens  être remplacés par les pleurs et les gémissements  d’un  autre groupe d’Ivoiriens.

Faisons  en sorte  que  cessent  les  pleurs, quel  que  soit  le  camp  auquel on  appartient. On  peut  y  parvenir,  nous  en  avons  les moyens, nous devons tous  avoir  la  volonté. Regardez  les acteurs  de  l’histoire  de  notre pays  et  dites-moi  qui  n’a  pas été  ami à qui, finalement ?   le président  de  la  République, Alassane  ouattara,  a  bel  et bien  été ami  au  président Laurent Gbagbo à un moment donné.  Ce  n’est  pas  quelque chose  de caché.  Je  suis  de ceux  qui  souhaitent  que  le président  de  la  République prenne  sur lui  de  libérer  tous les  civils  comme  militaires, ceux  qui  sont  en prison  du fait des évènements  qu’on  a connus  en  2011.

En  retour,  je demande  à  nous  tous  qui sommes  dehors,  de  tenir  un discours  et  une posture qui facilitent  ces  libérations.  Tant que  nous  allons  rêver  d’un grand  soir  de vendetta  ou  de révolution  et  qu’on  va  se  donner  le  sentiment  d’attendre  ce grand soir  de  règlement  de comptes  ou  de  vengeance, nous  ne  serons  pas  en  train de faciliter  la  libération  des personnes,  ni  de  faciliter  la normalisation  de  la  situation.

Vous êtes  en train  de  dire que le  Chef de l’Etat Alassane  Ouattara  est  un homme d’ouverture  ou plus  humaniste  qu’on  ne  le dit  souvent  ?

Il  faut  rendre  à  César  ce  qui est  à  César  et  à  Dieu  ce  qui est  à  Dieu.  Nous  avons parfois  laissé  passer  trop  d’opportunités.  Déjà  en  2011,  par exemple,  le  président Ouattara  a  souhaité  que  le  Fpi  soit au  gouvernement.  C’est  nous qui  avions  refusé à  l’époque. On me dira que c’était  encore la  belligérance.  Mais  je  crois qu’une présence  du  Fpi  au gouvernement aurait certainement  accéléré  la  baisse  de  la méfiance,  la  normalisation  et surtout  la  possibilité  d’obtenir plus  rapidement  des choses qu’on  obtient  aujourd’hui  un peu plus difficilement.

J’ai  bon espoir  que si  nous continuons sur  cette  lancée, si l’opposition continue  d’avoir le  discours  et la  posture  qui  favorisent  la confiance  et  la  paix,  tous  nos camarades détenus recouvreront  la  liberté  très  bientôt.  On peut  être  sévère,  tout  en  restant dans  la  critique  démocratique  et  objective,  comme  le fait  le  Fpi,  sans  avoir  de projets  de  déstabilisation. Nous avons  connu  des  moments très  difficiles. Aujourd’hui, il  y  a une  normalisation.  Que  chacun  apporte  sa  pierre  à  l’édifice  de  cette normalisation.

Êtes-vous  satisfait  du processus  de  dégel  des avoirs ?

Sauf  erreur  de  ma  part,  tous les  comptes  ont  été  dégelés. Mais  d’autres  vivent des situations  particulières.  Par exemple  ceux  qui  font  des  affaires  ou   qui ont des créances au  trésor  ou  ailleurs  ont  plus de  contraintes.   Quand  on passe d’un régime à un autre, dans un contexte aussi difficile que  celui  que  nous  avons connu,  tout  ne  va pas  de  soi. Néanmoins, je peux vous dire que  les  gens  sont  ouverts.  Je le  sais, puisque  je  suis  moi-même  concerné.  Je  suis,  en gros,  satisfait  du  processus. Je souhaite  que  cette  décrispation  continue  et  qu’au-delà des  comptes  débloqués,  les personnes  qui  ont  des créances puissent en jouir.

RÉALISÉE PAR BENOÎT HILI

fratmat.info

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