07222018Headline:

Côte d’Ivoire/élection présidentielle -les tensions politiques au sommet de l’Etat font planer le spectre d’une autre crise en 2020

Les tensions politiques au sein de la coalition au pouvoir, liées au débat sur la succession en 2020 de l’actuel chef de l’Etat ivoirien Alassane Ouattara font craindre des violences en Côte d’Ivoire où une autre crise semble se profiler à l’horizon.

A trois ans de la prochaine élection présidentielle, la Côte d’Ivoire est en train d’amorcer un virage critique de son histoire. L’horizon présage une avalanche d’incertitudes dans ce pays où la résurgence de la violence verbale entre acteurs politiques augure de lendemains troublés.

Au cœur du débat, la succession d’Alassane Ouattara. L’actuel président réélu en octobre 2015, achève son deuxième et dernier mandat à la tête du pays en 2020. Théoriquement, il ne devrait plus pouvoir se présenter pour un troisième mandat.

Mais la frénésie suscitée par la course à la succession a conduit précipitamment les acteurs politiques sur le ring pour une bataille avant l’heure dont l’issue est plus qu’imprévisible.

Publiquement et à plusieurs reprises, il a lui-même déjà exprimé son intention de ne pas briguer un troisième mandat mais il peine à convaincre. Ses opposants, la presse proche de l’opposition et même certains de ses concitoyens continuent de le soupçonner de vouloir faire diversion et de nourrir des velléités de candidature.

Les appels de pied de certains de ses partisans ces dernières semaines, l’encourageant à briguer un nouveau mandat, en rajoutent aux tensions politiques d’une part entre le Rassemblement des républicains (RDR) de M. Ouattara et son principal allié dans la coalition au pouvoir, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié et d’autre part au sein même du parti présidentiel entre partisans du chef de l’Etat et du président de l’Assemblée nationale Guillaume Soro, ancien patron de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN).

Le RDR et le PDCI ont ouvert les hostilités dont l’issue sera un élément déterminant dans l’avenir de la Côte d’Ivoire. En adoubant la candidature de M. Ouattara en 2015, M. Bédié espérait, en retour, le soutien du parti présidentiel à celle d’un cadre de sa formation politique en 2020.

Le RDR qui n’entend pas se “saborder pour quelque intérêt que ce soit’’, a décidé lui également de présenter son candidat à cette future élection présidentielle.

En plus, le RDR, en interne, semble se déchirer entre partisans de M. Ouattara et le camp de M. Soro qui se sent écarté de la course à la succession.

A l’approche de la présidentielle de 2020, cette guerre qui se fait jusque-là par lieutenants interposés pourrait entrer dans une phase ouverte et précipiter la Côte d’Ivoire dont l’histoire politique s’est bien souvent écrite à l’encre de la douleur, dans le chaos et l’instabilité.

Le 07 août, pour prévenir, la grande chancelière ivoirienne, Henriette Dagri Diabaté a exhorté la classe politique à l’union afin d’ ‘’éviter’’ au pays une ‘’autre crise’’.

“Souvenons-nous, notre transition démocratique s’est terminée en une crise postélectorale dramatique. Que ferons-nous après 2020? Et déjà que faisons-nous aujourd’hui ?… De grâce, épargnons-nous une autre crise’’, a déclaré Mme Diabaté, dans un discours au palais présidentiel d’Abidjan-Plateau, au cours de la cérémonie officielle de la commémoration du 57e anniversaire de l’indépendance du pays en présence du chef de l’Etat.

Depuis 1995, la Côte d’Ivoire a presque toujours connu de violentes troubles à chaque élection présidentielle hormis celle de 2015. Le scrutin de 2010 s’était soldé par des violences qui ont officiellement fait près de 3.000 morts.

Pour conjurer le mauvais sort, Henriette Konan Bédié, l’épouse du président du PDCI, invitée à une cérémonie religieuse le 06 août, a lancé un appel à prier pour la paix en Côte d’Ivoire.

“Levez-vous comme Déborah pour une vraie paix en Côte d’Ivoire (…) Priez sans cesse jusqu’à ce que la paix revienne définitivement dans notre pays et que des bénédictions surabondantes, comme le lait et le miel, coulent sur chaque Ivoirienne et chaque Ivoirien’’, a-t-elle conseillé s’inspirant de quelques versets bibliques.

Enfin la récente création de l’amicale des ex-Forces nouvelles (FN) – l’ancienne rébellion dont la branche politique s’est arrimée au RDR après la crise post-électorale de 2011 – ne rassure guère. Ce d’autant plus que tous les anciens chefs rebelles ont été réintégrés dans l’armée.

En Côte d’Ivoire, personne ne connait avec exactitude le poids militaire de Guillaume Soro qui compte certainement encore de nombreux fidèles au sein de la troupe et le degré de loyauté envers lui de tous les anciens chefs rebelles intégrés dans l’armée.

Les assurances d’Alain Lobognon, proche collaborateur de M. Soro et ancien responsable des FN, sur l’intention de l’Amicale des Forces nouvelles qui n’est pas de “ créer une nouvelle crise en Côte d’Ivoire’’ n’a pas vraiment dissipé les inquiétudes.

“L’actualité politique nationale est régulièrement rythmée par des déclarations qui, loin de ramener la paix, attisent les tensions et peuvent engendrer de graves incidents (…) ces propos menacent le fragile équilibre de notre société (…) Si l’on n’y prend garde, demain, nos principaux acquis démocratiques, économiques et sociaux pourraient être balayés’’, analyse le journaliste Alain Toussaint, ex-porte-parle de l’ancien président Laurent Gbagbo.

SKO / ALERTE INFO

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