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Côte d’Ivoire/Une journaliste française fait de graves révélations sur la situation socio-politique: Ce qu’elle dit

ouattara et gbagbo

Dans une interview sur Radio France internationale (Rfi), ce samedi 19 septembre 2015, la journaliste Fanny Pigeaud parle de la Côte d’Ivoire. Auteure du livre ”France-Côte d’Ivoire : une histoire tronquée”, enquête publiée aux éditions ”vents d’ailleurs”, la journaliste y va de ses commentaires et…révélations.

S’il y a un sujet qui fâche, c’est celui des relations entre la France et la Côte d’Ivoire.

Oui, en tout cas, qui pose beaucoup de questions. Mais dans le livre, j’ai essayé de montrer pourquoi, de dérouler les évènements qui se sont produits entre, à peu près à la fin de la présidence du président Houphouët Boigny et aujourd’hui. Il s’est passé beaucoup d’évènements qui ont mobilisé beaucoup d’acteurs et qui ont cristallisé beaucoup d’attention et de passion.

Vous attaquez beaucoup de sujets difficiles, sensibles. Vous avez écrit en 2011 un livre sur Paul Biya, qui a lui aussi, déclenché la polémique. A propos de ce livre, ”France-Côte d’Ivoire : une histoire tronquée”, pourquoi ce sous-titre, pourquoi cette histoire tronquée, qui a écrit cette histoire tronquée ?

J’ai commencé cette enquête parce que je me suis rendue compte que l’histoire qu’on racontait en 2010-2011, qui était un moment de crise post-électorale en Côte d’Ivoire après une élection qui opposait Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara, il y avait un certain nombre d’évènements que je n’arrivais pas à comprendre. Notamment pourquoi l’Onu et la France se sont mis à bombarder Abidjan ? Ça me semblait totalement surréaliste. Et il n’y avait pas vraiment d’explication rationnelle qui apparaissait dans les médias, par exemple. Donc je me suis penchée là-dessus, je suis revenue en arrière et je me suis rendue compte que l’histoire qu’on nous avait racontée pendant pratiquement 20 ans, ne collait absolument pas.

On vous accuse de parti pris et de nier quelques réalités. On dit que vous revisitez l’histoire de la Côte d’Ivoire de façon univoque.

C’est leur avis. Ce n’est pas l’avis de tous. J’invite les lecteurs à se faire leur propre opinion en lisant le livre. Moi, j’ai essayé vraiment de coller le plus justement les faits aux évènements et à ne pas avoir ce parti pris qui est évident de la part de certains nombre médias, on va dire ainsi, mais de dirigeants occidentaux qui se sont tous organisés pour faire partir Laurent Gbagbo de la présidence. Ce sont des conclusions auxquelles je suis arrivée au terme de mon enquête.

On a l’impression, en vous lisant, qu’il y a Laurent Gbagbo d’un côté, tout seul, et le monde contre lui.

Ça a été effectivement ça, en tout cas à la fin. Il avait des soutiens africains, Laurent Gbagbo, qui n’ont pas pu s’exprimer, ou qui ont simplement reculé comme l’Afrique du sud. Mais il avait des soutiens qui l’ont soutenu jusqu’à la fin en 2011 quasiment, comme la présidence sud-africaine, qui finalement l’a lâché sous pression des Occidentaux, en particulier de la France. Pourquoi Gbagbo était aussi combattu ? Pour plusieurs raisons. Parce qu’il a remis en cause les intérêts de la France, au moins verbalement. Il a dit des choses qui, en France, ne passent absolument pas. Il a remis en cause le système du franc Cfa, même s’il n’a pas fait grand-chose sous sa présidence pour essayer d’y mettre un terme. De toute façon, c’était un pari très risqué pour lui. Mais un certain nombre d’actes qu’il a posés et surtout de choses qu’il a dites, qui ont profondément choqué. Je crois qu’il a essayé d’instaurer un rapport d’égal à égal entre ses partenaires français. Cette ancienne métropole française, parce qu’en réalité, je crois que la France considère la Côte d’Ivoire, je ne suis pas la seule à le constater, comme une de ses colonies, donc a du mal à accepter qu’un chef d’État ivoirien veuille se comporter comme le chef d’État d’un État indépendant.

Que pensez-vous des leaders politiques qui poussent les jeunes dans la rue et nient toute responsabilité devant d’éventuels incidents ? On a vu la même chose au Burundi.

On a vu la même chose, précédemment, dans l’histoire de la Côte d’Ivoire. Soit ce qui est train de se passer avec ce type de manifestations montre qu’il reste un problème, que l’élection de 2010 n’a pas réglé un certain nombre de choses, et qu’aujourd’hui la situation reste tendue. Le débat n’est absolument pas apaisé en Côte d’Ivoire, aujourd’hui.

La situation économique du pays s’améliore, le contexte est meilleur, mais vous, vous dites que sur le fond, rien n’est réglé !

Rien n’est réglé, et je pense qu’il faut s’inquiéter parce qu’il y a toujours ces dizaines de milliers d’armes qui ont été distribuées en 2011 aux combattants pro-Ouattara, notamment. Il y a des centaines de personnes en prison depuis 2011, sans être jugées. Il y aussi des dizaines de milliers de personnes en exil hors du pays, un certain nombre d’éléments qui montrent qu’il y a problème. Et puis, il y a cette question qui revient en permanence, la question de l’éligibilité de l’actuel président, Alassane Ouattara. Voilà, il y a des problèmes profonds qui n’ont pas été réglés et qui peuvent donner d’autres problèmes, à l’avenir.

Vous rappelez beaucoup de dates dans le livre. Vous remontez à la disparition d’Houphouët-Boigny. On peut dire depuis maintenant 22 ans, la Côte d’Ivoire va de crise en crise !

Elle était déjà en crise sous Houphouët-Boigny. On se souvient que la situation économique était dégradée. Sur le plan politique, on va de crise en crise comme vous l’avez dit. Il y a plusieurs tentatives de coup d’État en 2002, puis en 2004, finalement, cette crise politico-militaire.

Un pays coupé en deux en 2002 !

Qui l’est resté jusqu’en 2010. 60 % du territoire est contrôlé par les Forces nouvelles, donc les rebelles qui avaient leurs armes jusqu’en 2010, ce qui fait que les élections de 2010 n’ont pas pu se dérouler correctement. On va de crise en crise jusqu’à quand ? Je ne sais pas.

Il y aura dix candidats à la prochaine élection présidentielle, en octobre, dans un mois. Il y a aujourd’hui un contexte démocratique ?

On peut le dire comme cela, mais si on se penche précisément sur les éléments du processus électoral, on se rend compte que la Commission électorale indépendante est majoritairement composée des membres du même bord politique que l’actuel président, ce qui n’était pas le cas en 2010. Ce qui montre qu’on va vers quelque chose qui ne va pas être démocratique, en réalité.

Vous voulez dire qu’il y aura sans doute vote, mais qu’il y aura peut-être des résultats douteux ?

C’est ce qu’on peut se dire en voyant la manière dont s’est passé 2010 et la manière dont les choses, finalement, n’ont pas évolué.

Sachant qu’Alassane Ouattara est déjà présenté comme le grand favori ?

Présenté comme grand favori, je ne sais pas, parce qu’il contrôle les organes du processus électoral. Ça, ça me semble évident en tout cas !

Retranscrite par César DJEDJE MEL

l’inter

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