02232024Headline:

« Coup d’Etat » de Macky Sall au Sénégal, docilité coupable de la CEDEAO

Le président sénégalais Macky Sall a déclenché une tempête politique en annonçant le report des élections présidentielles à trois semaines de l’échéance. Un coup d’État civil que ne condamne pas la CEDEAO, donnant ainsi raison aux dirigeants du Mali, du Niger et du Burkina Faso qui viennent de claquer la porte de l’organisation… Analyse.
Macky Sall force le passage, et que fait la CEDEAO ?
Le Président Macky Sall a pris tout le monde de court en annonçant le report de la présidentielle au Sénégal, dit-il, pour organiser des consultations soi-disant inclusives pour apaiser le climat politique national. Le chef de l’État sénégalais s’est bien gardé d’annoncer son départ du pouvoir, réalisant ainsi un coup d’État civil ni plus ni moins que la CEDEAO, déjà pointée du doigt pour ses deux poids deux mesures, ne condamne pas.

Cette décision controversée de Macky Sall, samedi 3 février, reportant l’élection présidentielle qui devait se tenir le 25 février, a immédiatement suscité des critiques acerbes de l’opposition sénégalaise et de certains membres du gouvernement, qui ont bien compris le jeu de Macky Sall.

Étant donné que son régime avait plus de cinq ans pour se préparer à ce moment crucial de la démocratie sénégalaise, personne ne peut comprendre cette attitude d’un homme à la gouvernance marquée par des tensions savamment entretenues avec son opposition.

Sall justifie cette action en affirmant que le pays n’est pas prêt pour les élections. Le Sénégal, qui est depuis longtemps, la vitrine de la démocratie en Afrique francophone, perd de sa superbe avec son actuel président.

Cette décision soulève forcément des questions sur les intentions politiques de Macky Sall. Bien qu’il ne puisse pas se représenter, la perspective d’un troisième mandat avait clairement traversé son esprit. Cependant, la crainte d’une révolte civile qui l’aurait dégagé du pouvoir l’a contraint à abandonner cette idée. Son dernier revirement est pourtant un retour sur son idée de départ.

Contraint au choix d’un dauphin, Macky Sall ne croit pas en une élection de Amadou Ba qui pourrait d’ailleurs démissionner de la primature. Les sondages commandités annoncent clairement la perte prochaine du pouvoir par le parti au pouvoir. La lente progression d’Amadou Ba dans les intentions de vote motive surement la décision antidémocratique de Macky Sall. En repoussant les élections, Sall espère accorder à son dauphin plus de temps pour gagner en popularité et rallier davantage de partisans à son programme.

Les États de l’AES confortés par les deux poids deux mesurent de la CEDEAO
À l’évidence, cette manœuvre ne devrait produire que l’effet contraire. Les Sénégalais ne sont pas dupes. Ils savent bien ce que fait Macky Sall qui ne peut forcer l’élection de son candidat trop peu populaire.

Cette manœuvre politique est fermement contestée par certains acteurs. Le ministre de l’Agriculture, de l’Équipement rural et de la Souveraineté alimentaire, Aly Ngouille Ndiaye, bien qu’avec Sall, s’oppose lui aussi catégoriquement à tout report des élections, affirmant que cela mettrait en péril la démocratie sénégalaise. « Nous nous opposons à une annulation ou un report de l’élection présidentielle 2024 », a-t-il confié dans son désaveu du gouvernement.

Mieux, il a annoncé qu’il ne sera plus à son poste après la date prévue de la fin du régime Sall, c’est-à-dire le 2 avril prochain.

Pendant ce temps la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) semble tolérer cette violation apparente de la démocratie par Macky Sall. Par un communiqué plus que docile et donc coupable, l’organisation semble valider l’idée d’une prolongation du régime de Macky Sall.

En ne le contraignant pas au respect des échéances électorales prévues depuis cinq ans ou même à faire un appel dans ce sens, la CEDEAO envoie un signal troublant. Cette attitude favorise une forme de coup d’État civil puisque la décision de Macky Sall de prolonger sa gouvernance de facto est une violation flagrante de la démocratie.

Cette situation pose la question de la cohérence des positions de la CEDEAO en matière de démocratie en Afrique de l’Ouest. Alors qu’elle condamne les coups d’État militaires dans la région et prend des sanctions contre leurs auteurs, elle paraît moins disposée à critiquer les manœuvres politiques des dirigeants civils qui sapent également les fondements démocratiques.

Si la CEDEAO laisse passer la forfaiture activée par Macky Sall, elle devra à jamais fermer les yeux sur les agissements des régimes militaires au Burkina Faso, au Mali et au Niger.

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