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Covid-19: comment la Chine est passée du «zéro Covid» au «full Covid»

Il y a deux semaines, la commission nationale de la santé en Chine annonçait le relâchement des mesures de prévention et de contrôle de l’épidémie. Une façon, sans le dire officiellement, de mettre fin à la stratégie dite « zéro Covid » qui bloquait le moindre foyer d’infection depuis trois ans. En deux semaines, le pays est passé de la terreur du virus à vivre avec Omicron.

La vague est arrivée sans prévenir. Un véritable tsunami des infections que les habitants de Pékin et de sa région ont reçu en pleine face. Des mesures prises quelques jours plus tôt, comme la fin de l’obligation de présenter un test Covid négatif de moins de 48 heures à l’entrée des transports, donnaient déjà un aperçu de la révolution en cours. Mais peu de Pékinois s’attendaient au bouleversement du mercredi 7 décembre.

Avalanche de moutons sur les réseaux
Parmi les dix consignes formulées le 7 décembre par la Commission nationale de la santé, la fin du confinement en centre de quarantaine collectif a été un vrai soulagement pour les familles.

Avant les gens auraient eu peur, aujourd’hui, on m’a simplement conseillé de boire beaucoup d’eau, de prendre des vitamines et de bien dormir.

Cela a aussi déclenché une avalanche de questions sur les groupes WeChat. Après les années de contrôle absolu des comités locaux de prévention et de contrôle de l’épidémie (CDC), chacun se retrouve en 24 heures « responsable de sa santé », comme le dit sans détour le nouveau slogan officiel.

L’impression d’un premier saut en parachute pour de nombreux internautes : « Que faire, alors que notre comité de résidence nous dit de nous débrouiller seuls ? », « On dirait que les gardes blancs ont disparu, que faire ? » ou encore « j’ai fait un test PCR dans une station de dépistage dans la rue et mon résultat n’est pas revenu. » Avec trop de retours positifs dans les éprouvettes des tests collectifs au sein des stations PCR à l’extérieur, les laboratoires sont débordés.

Les emojis « moutons » envahissent alors les réseaux sociaux. La pauvre bête n’a rien fait, mais en mandarin, le caractère « positif » sonne comme celui de l’animal. La capitale chinoise était jusqu’à présent une bulle sanitaire dans la bulle sanitaire mais en quelques jours, les proches, la famille, les collègues de travail ont affiché un mouton sous leur profil. Ce qui a eu aussi pour effet de donner à Pékin un air de printemps 2020.

Les rues se sont vidées. Les cartonniers et les cantonniers autour des résidences, en contact avec les déchets des tours d’habitations, sont tombés malades parmi les premiers. Puis, les livreurs et finalement tous les commerces, les institutions qui ont dû arrêter provisoirement leurs activités le temps d’être remis sur pied.

Levée rapide du « zéro Covid »
Pourquoi la Chine a prolongé sa politique « zéro Covid » un an de plus que les pays qui suivaient aussi cette stratégie de blocage du virus comme la Corée du Sud ou Taïwan ? D’abord, une raison politique : le pouvoir chinois avait besoin de stabilité jusqu’à la réélection du chef de l’État, Xi Jinping, et ne voulait pas prendre le risque d’ouvrir les vannes du Covid avant le 20e Congrès du Parti communiste chinois en octobre 2022. Jusqu’à cette grande messe quinquennale de la politique chinoise, l’on a pu assister à un défilé de responsables promettant que la Chine ne « s’allongerait » jamais devant l’épidémie, autrement dit refusait de « vivre avec le virus » comme à l’étranger. Après le Congrès, des déclarations ont laissé penser à un allègement des mesures.

Autre raison de cette prolongation du « zéro Covid », le retard des vaccins. À l’heure actuelle, un vaccin ARNm chinois est en cours d’essai, mais les laboratoires n’ont toujours rien à distribuer. Or, la Chine n’a pas voulu autoriser les vaccins étrangers.

Dans les raisons qui ont accéléré le mouvement, à l’inverse, l’on compte cette fatigue de la population devant les contraintes liées au passe sanitaire sur les smartphones et aux tests PCR à faire tous les deux ou trois jours depuis mai dernier. La colère contre les confinements à répétition et les palissades de métal ou les grillages entourant les communautés ont donné lieu, fin novembre, à des manifestations simultanées dans plusieurs villes de Chine. Cela ne s‘était pas produit depuis plus de trente ans.

La grogne sociale et l’impératif économique – la croissance chinoise devrait atteindre 3% contre les 5,5% annoncée cette année – ont aussi poussé à cette fin précipitée du zéro Covid. Aussi, la nécessité fait loi. Comme l’a laissé entendre l’OMS, il était peut-être déjà trop tard. Il n’était plus possible de stopper Omicron, sauf en mettant Pékin sous cloche, comme l’a été Shanghai au printemps 2022.

D’ailleurs, le pouvoir central ne s’était pas caché de vouloir changer de cap, mais beaucoup s’attendait à un changement de stratégie par étapes, au printemps prochain, et après avoir terminé la campagne de vaccination des plus âgés. Finalement, le changement a été radical, et s’est opéré du jour au lendemain.

Immunité de troupeau
Dans tous les pays, les statistiques Covid sont sujettes à caution. Mais c’est encore plus vrai en Chine, avec le pare-feu de la censure et de la propagande qui réécrivent l’histoire de l’épidémie. Les termes « zéro Covid » ont ainsi quasi disparu des journaux chinois. Les médias d’État ont eu pour consigne de ne plus les utiliser. Après trois ans de terreur ou le virus était combattu à chaque coin de rue par une armée d’agents sanitaires en combinaisons blanches de protection, la pneumonie virale a été rebaptisée « virus infectieux » pour ne pas effrayer la population.
Les personnes asymptomatiques ne sont plus prises en compte dans les bilans et les critères de qualification des morts du Covid ont été réduits. L’on obtient donc ce décompte improbable – 7 décès sur tout le territoire depuis le relâchement des restrictions sanitaires depuis début décembre -, alors que les funérariums tournent à plein régime à Pékin.

La Chine est donc passée du jour au lendemain du zéro Covid à « l’immunité de troupeau », ce qu’on appelle en chinois “快速达峰”, la course pour « atteindre le pic (des contaminations) au plus vite ». Et d’après l’une des grandes figures de la lutte anti-épidémie en Chine, pour aboutir à un retour à la « vie normale » d’ici mars 2023.

Cet objectif de 80% de la population immunisée « naturellement » par l’infection, ou via les vaccins, pourrait intervenir au moment de la réunion du Parlement chinois, qui doit valider l’entrée en fonction des dirigeants élus pendant le 20e Congrès du PCC à l’automne 2022.

Désormais, l’inquiétude se fait sentir surtout pour les campagnes et les villes moyennes, qui devraient être gagnées par cette première vague de Covid au moment des vacances du Nouvel an lunaire, fin janvier. Les modélisations sont toujours compliquées en termes d’épidémies, mais certains experts annoncent entre 300 000 et 1,5 million de morts. Avec cette question : ces morts auraient-ils pu être évités avec une sortie du zéro Covid moins abrupte ?

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