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CPI: Le témoin liberien de Bensouda fait des révélaions” On ne m’a pas donné un centime pour venir témoigner comme les ivoiriens”

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Côte d’Ivoire: Le témoin de Bensouda dit n’avoir pas été bien traité à la Haye

Comme nous l’indiquions dans un précédent article, le procès conjoint de Laurent Gbagbo et Blé Goudé suspendu depuis une dizaine de jours a repris ce mardi à la Haye.

La 23è personne présentée par l’accusation serait un ancien mercenaire qui a combattu depuis la crise de 2002 auprès de ex Forces de Défense et de Sécurité (FDS) restées loyales à Laurent Gbagbo.

Ce dernier qui se surnomme « Gbagbo Junior » a tenu à clarifier un fait à la fin de l’interrogatoire du bureau de la procureure Fatou Bensouda.

Il a révélé à barre n’avoir été bien traité à son arrivée à la Cour Pénale Internationale (CPI), il cite entre autre pour preuves la confiscation de son passeport ainsi que le fait de n’avoir reçu quelconque centime pour venir témoigner, contrairement aux ivoiriens qui ont déjà fait le déplacement de la juridiction internationale dans le cadre de la même affaire.

« Avant de lever la séance je voudrais dire des choses. Quand je suis arrivé ici, je n’ai pas été bien traité », a-t-il révélé d’entrée avant de poursuivre. « On ne m’a pas donné un centime pour venir témoigner comme les ivoiriens. On a pris mon passeport. Ce sont les amis et ma famille qui s’occupent de moi. Quand je suis arrivé je n’ai pas pu me reposer. Je suis venu directement à la cour. Je suis venu ici pour dire des choses importantes. Je n’ai pas été traité de façon équitable. Dans l’avion j’avais des problèmes. Depuis que je suis arrivé ici on ne m’a rien donné. J’ai une famille dont je dois m’occuper », et au juge Cuno Tarfusser  de demander. « Qui ne t’a pas bien traité ? « Ce sont les gens de la sécurité que j’ai rencontré ici. Ils m’ont pris mon passeport », a-t-il répondu. Et le président de la chambre de conclure. « Vous êtes ici pour plusieurs jours donc vous n’avez pas besoin de votre passeport. Je ferai de mon mieux pour comprendre ce qui s’est passé. »

C’est sur ces échanges que l’audience a pris fin pour reprendre mercredi à 9h, toujours avec l’interrogatoire de l’accusation, avant que la défense ne prenne la relève certainement le même jour par la suite.

Donatien Kautcha, Abidjan

Un ancien du Lima témoigne au procès Gbagbo

Un Libérien a fait son apparition au procès de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ce mardi 15 novembre à la Cour pénale internationale. Jérôme Tarlue Junior, plus connu sous le nom de « Junior Gbagbo » a été interrogé par l’accusation. Le témoin est revenu en détails sur la période de 2002, lorsqu’il combattait dans l’ouest ivoirien.

Par Camille Dubruelh

La confusion régnait ce jour à l’audience du procès de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé. Il faut dire qu’au-delà du débit très rapide du témoin, le recours à trois interprétations simultanées, anglais libérien, anglais et français, a encore complexifié la situation. En effet, c’est un ressortissant libérien, ancien combattant, qui est apparu à la barre ce mardi. Jérôme Tarlue Junior, alias « Junior Gbagbo », a répondu non sans difficultés aux premières questions de l’accusation. Face aux requêtes précises du bureau de la procureure, le témoin a réclamé à plusieurs reprises le droit de « s’exprimer », de revenir en détail sur les tenants et les aboutissants de certains faits ainsi que sur la chronologie de son parcours.

Le « Model » créé pour renverser Charles Taylor

Né au Libéria, issu de la tribu Tchien, Jérôme Tarlue Junior a fui la guerre pour rejoindre la frontière ivoirienne en 1990, avant de s’installer dans un camp de réfugiés avec sa famille à Guiglo. Alors qu’il résidait à Abidjan au début des années 2000, la vie du jeune homme a pris un nouveau tournant. « Junior Gbagbo » a en effet assisté à la naissance du groupe « Model », dont l’objectif était « de renverser Charles Taylor », le président du Libéria. Dirigé par plusieurs personnalités libériennes de l’ethnie Krahn, tel le général Baybo, le groupe a pu voir le jour grâce à l’impulsion de l’Ivoirien Paul Richard, le « père » et « médiateur en chef », le relai avec les autorités ivoiriennes, selon les dires du témoin.

 

En vrac, l’ex-combattant libérien a ensuite évoqué l’assassinat de Robert Gueï, la prise de Bouaké, le début de la guerre en 2002, alors qu’il était de retour à Guiglo ou encore l’élection de Laurent Gbagbo. Déplorant une fois encore le fait qu’on ne le laissait pas s’exprimer, « Junior Gbagbo » a tenté d’expliquer la genèse et la chronologie des événements. A cette période, des membres de l’ethnie Gio du Libéria avaient rejoint les Gio de Côte d’Ivoire pour venger la mort du général Robert Gueï, a-t-il assuré. Mais le président élu Laurent Gbagbo ne faisait de son côté aucune différence entre les Libériens, qu’il considérait tous comme des « rebelles ». Pour être « libres » et pouvoir « rentrer au Libéria » pour accomplir sa mission, le « Model » va donc choisir de se rallier au gouvernement ivoirien. C’est dans ce contexte que le groupe se transforme en « Lima », sous l’impulsion de Maho Glofiéhi.

« Enfants de la guerre »

Ainsi, les combattants libériens vont mener des « opérations » aux côtés de militaires ivoiriens et « récupérer des localités », telles Toulepleu, Ziaglo, Bloléquin, gagnant peu à peu la confiance du gouvernement ivoirien. « On est des enfants de la guerre », a insisté le témoin, « on sait se battre et on est courageux ». Parmi les personnalités ivoiriennes entourant le groupe à cette époque, Paul Richard toujours mais aussi le colonel Yedess et Oulai Delafosse, commandant des combattants étrangers. Ce dernier fait office d’intermédiaire avec les autorités ivoiriennes pour tout ce qui concerne les questions militaires. Le témoin, l’un des rares combattants libériens qui parlait le français, a raconté comment il accompagnait régulièrement ce dernier à Abidjan pour récupérer « des vivres et autres » auprès de l’État-major. Quant à savoir si « autres » signifiait « des armes », les réponses de « Junior Gbagbo » ont été confuses. Il a assuré que lui-même n’était pas chargé de récupérer les munitions, ce rôle étant attribué à Oulai Delafosse. A la fin de la journée, le bureau de la procureure a également interrogé le témoin sur d’éventuels financements du groupe libérien. L’ancien combattant a assuré n’avoir « pas reçu d’argent » de la part de Laurent Gbagbo à cette époque.

Avant que le juge président ne mette fin à l’audience, le témoin a réclamé la parole. Il a tenu à déclarer publiquement qu’il n’avait « pas été bien traité » depuis son arrivée à La Haye. Il a dénoncé la confiscation de son passeport, l’absence de traitement suite à des problèmes d’oreille dans l’avion ou encore le manque de temps de repos.

/ivoirejustice

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