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CPI-L’integralité de La conférence de mise en état de Gbagbo et Blé Goudé comme si vous y étiez

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La première conférence de mise en état depuis la jonction des affaires Gbagbo et Blé Goudé a eu lieu mardi 21 avril à La Haye. Elle s’est déroulée dans une ambiance relativement tendue mais a apporté un certain nombre d’éléments nouveaux. Ivoire Justice était présent et vous fait le compte rendu de cette journée, comme si vous étiez vous aussi venu à la Cour pénale internationale (CPI).

Ce mardi 21 avril, la CPI s’est transformée en un lieu de pèlerinage. Un pèlerinage modeste certes, mais il y avait indéniablement quelque chose de l’ordre du sacré pour la quarantaine d’Ivoiriens venue assister à la première conférence de mise en état de l’affaire opposant la procureure à Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé.

Venus surtout de Paris, ils ont fait le déplacement pour prouver leur soutien indéfectible aux deux célèbres prisonniers de La Haye. Dès l’entrée dans le bâtiment, les esprits s’échauffent un peu. « Ils veulent nous intimider », affirme un homme âgé après avoir constaté la présence de policiers néerlandais autour du groupe. « Eh bien qu’ils essayent ! », lui rétorque un autre. « Taisez-vous ! », sermonne un troisième qui souhaite calmer les troupes avant l’arrivée dans l’arène de la CPI.

Laurent Gbagbo absent mais les familles au premier rang

Dans la salle d’audience de la Chambre de première instance, le public est composé majoritairement d’Ivoiriens pro-Gbagbo, mais quelques curieux, quelques journalistes et diplomates et membres d’ONG sont aussi présents. Parmi la cinquantaine de spectateurs, des membres des familles des accusés s’installent au premier rang. Mais les bonnes places sont chères. « Je veux voir mon frère », prosteste la sœur de Charles Blé Goudé qui trouve finalement une place de choix tout devant.

À 9h30, les vitres qui séparent le public du tribunal s’illuminent et les volets s’ouvrent. À gauche, Charles Blé Goudé est installé, souriant. Les supporters le saluent et l’encouragent presque comme on encouragerait un boxeur avant un combat. La chaise prévue pour Laurent Gbagbo est vide. Le président du tribunal, le juge Geoffrey Henderson, rappellera au cours de l’audience que Laurent Gbagbo ne s’est pas présenté au tribunal une seule fois depuis l’audience de confirmation des charges.

Leur casque sur les oreilles, les spectateurs écoutent l’audience et ne manquent pas de faire connaître, de temps à autre, leur mécontentement par des tchip plus ou moins discrets.

L’ensemble des preuves transmises à la défense d’ici fin juin

L’audience du jour est assez technique car elle vise à préparer le procès. On parle essentiellement de la divulgation des preuves du bureau de la procureure. Mais malgré tout, l’ambiance est loin d’être apaisée. En effet, dès la première heure de la conférence, la défense de Laurent Gbagbo par la voix de Jennifer Naouri, porte des allégations très fortes à l’encontre du bureau de la procureure : « le procureur n’a pas transmis tous les éléments à décharge. C’est grave (…) un certain nombre d’éléments nous ont été cachés ». Le bureau du procureur, qui a obligation d’enquêter à charge et à décharge, doit également partager l’ensemble des preuves qu’il a en sa possession avec la défense.

Passablement agacé par les propos tenus par la défense, Eric MacDonald, substitut du procureur, a répondu avec une certaine véhémence : « le bureau de la procureure ne cache aucune preuve ! » Ce dernier a notamment affirmé sa bonne foi et dit avoir toujours œuvré à partager les preuves en sa possession malgré « des erreurs commises par inadvertance, par négligence ». MacDonald affirme alors que son bureau aurait effectivement dû divulguer certaines informations. Ce genre de propos fait réagir le public : on entend des rires moqueurs et empreints de mépris à l’égard du substitut de la procureure.

Finalement, après ces discussions, l’accusation s’engage auprès de la Chambre à divulguer l’ensemble des éléments qui constituent l’ensemble de sa preuve d’ici fin juin.

L’accusation consolide ses preuves, la défense s’alarme du nombre de témoins

Notamment pour justifier le délai de divulgation des preuves, le bureau de la procureure a aussi fait savoir au cours de l’audience qu’elle avait plusieurs éléments de preuves qui étaient en ce moment en laboratoire pour y être vérifiés et analysés. L’accusation affirme en effet qu’elle a notamment en sa possession des vidéos de certains incidents, dont celui du 3 mars 2011 lors de la manifestation de femmes à Abobo. Eric MacDonald a indiqué qu’on peut y voir des corps, des blessures mais aussi les assaillants. Des éléments à charge sur lesquels l’accusation compte beaucoup pour renforcer ses témoignages.

Et des témoignages il y en aura. « Trois fois plus de témoins que dans la moyenne des autres affaires traitées par la CPI », a fait savoir Emmanuel Altit, l’avocat de Laurent Gbagbo. Il y aura évidemment des témoins victimes de la crise, des témoins oculaires mais aussi des témoins-experts qui viendront à la barre pour donner leur avis sur leur sujet d’expertise qui sera tantôt sur les pathologies physiques (les blessures), tantôt sur les discours politiques. En effet, un expert ivoirien spécialisé dans l’analyse des discours de haine est actuellement recherché par l’accusation, qui concède cependant qu’il est difficile de trouver une personne neutre et impartiale.

La discussion, qui s’oriente sur la communication interne au sein de la CPI, semble commencer à ennuyer le public des supporters de Gbagbo. En fin de matinée, certains Ivoiriens présents se sont assoupis. Mais avant la pause déjeuner, Charles Blé Goudé obtient la parole car il n’assistera pas à la suite de l’audience l’après-midi. Il s’excuse de partir mais assure qu’il est toujours présent avec plaisir car il veut tout savoir : « c’est la procédure de ma vie. » Le public se lève alors et les supporters effectuent de grands gestes de la main pour dire chaleureusement au revoir à celui que certains appellent encore le « Général de la rue ».

MacDonald : « on suggère même que Gbagbo pourrait être candidat ! »

Au retour de la pause, le président du tribunal appelle à une atmosphère calme et collégiale. L’ambiance restera relativement sous tension.

Le public est, quant à lui, plus clairsemé qu’auparavant. Certains se réinstalleront et s’endormiront aussitôt avant de se réveiller à l’évocation, par le substitut du procureur, de l’élection présidentielle de 2015. Les parties au procès discutent en effet de la date de début de commencement du procès. Dans le public, on se réveille et on exprime son mécontentement, notamment lorsque MacDonald fait part de ses inquiétudes sur l’impact du procès s’il avait lieu en pleine élection présidentielle, surtout dans une « société ivoirienne (…) très polarisée ». Une petite partie du public s’agite. L’agent de sécurité de la CPI rappelle régulièrement à l’ordre les spectateurs les plus expressifs.

Le substitut du procureur évoque aussi le danger que la tenue d’un tel procès à ce moment pourrait représenter pour les témoins, qui risqueraient de surcroît d’être grandement influencés. Il finit par ajouter : « on suggère même que Gbagbo pourrait être candidat ! »

Le procès aura lieu en 2016, pas forcément la réconciliation

Défense et accusation sont finalement plutôt d’accord sur le fait que le procès ne peut avoir lieu en octobre 2015. La défense de Laurent Gbagbo estime alors qu’avril 2016 serait raisonnable. Geert-Jan Knoops, l’avocat de Blé Goudé, précise lui que « les mois accordés en plus en 2016 seront toujours bénéfiques » pour la défense de son client ; face au manque de force de la requête, la défense de Gbagbo semble passablement agacée. L’accusation, elle, plaide pour le mois de janvier. La décision sera rendue prochainement.

À la fin de l’audience, les pro-Gbagbo n’avaient plus qu’à retourner chez eux, à Paris ou ailleurs. Ce qui est sûr, c’est que cette journée n’a fait changer personne d’avis. Pour les pro-Gbagbo, la société ivoirienne n’est pas polarisée, elle est toute entière derrière l’ancien président. A l’extérieur, Audrey N’Guessan, ancienne secrétaire aux affaires sociales au FPI, nous avait précisé qu’il n’y a qu’un seul moyen possible de réconcilier les Ivoiriens : le retour de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire.

Source: Ivoire Justice

 

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