05262017Headline:

CPI /Procès Gbagbo – Blé Goudé/ Protection des témoins : Voici Ce qu’il faut craindre

cpi gbagbo

Dans le procès conjoint Gbagbo-Blé Goudé, la protection des témoins passe, aujourd’hui, pour un gros souci à la CPI.

On aurait pu considérer le fait anecdotique et prétexter d’une indélicatesse ponctuelle. Sauf que pour être répétitive, la divulgation de noms de témoins « protégés » passe pour un signe caractéristique du procès conjoint Laurent Gbagbo-Charles Blé Goudé qui se joue à La Haye, depuis bientôt cinq mois.

Plusieurs fois, l’identité des témoins a été révélée : souvent, le fait des déposants eux-mêmes, d’autrefois, le fait de l’une des parties au procès (Défense ou Accusation), ou encore, celui du greffe. Les cas sont légion. On en retiendra les plus pertinents.

Mercredi 3 février 2016, cinq jours après le début du procès, le premier témoin de l’Accusation, désigné sous le nom de code P 547, donnait accidentellement son identité. Le témoin racontait comment les forces loyales à l’ex-président, Laurent Gbagbo, avaient ouvert le feu sur des manifestants non armés. Sous le feu des questions, l’homme a révélé son nom. Cuno Tarfusser, le juge-président, avait immédiatement mis fin à l’audience et ordonnait aux journalistes de ne pas publier le nom du témoin.

Jeudi 4 février, les noms de quatre témoins étaient révélés dans une scène, pour le moins ubuesque : le micro de la Cour est resté bien ouvert en plein huis clos et les noms de plusieurs témoins ont fuité. Parmi ces témoins, se trouvaient de hauts responsables de l’armée sous Laurent Gbagbo, dont l’un, Philippe Mangou, avait fait une déclaration écrite, mentionnant qu’il avait lui-même souhaité déposer « sans camouflage ». Embarrassée comme jamais, la Cpi décidait d’ouvrir une « enquête », dont les résultats sont toujours attendus.

On aurait pu penser la série bouclée à la suite de l’incroyable bévue du micro ouvert. Que non ! Lundi 9 mai, après bientôt deux mois de suspension, le procès Gbagbo-Blé Goudé reprenait avec l’interrogatoire d’un témoin…protégé. Entre explications et questions de compréhension du substitut du Procureur, le témoin se dévoilait, sans s’en rendre compte. « C’est là où je m’arrêtais pour appeler à la prière », soufflait P 441, en réaction à une question de l’Accusation.

Tout est allé très vite par la suite. Les auditeurs ont procédé par déduction : le témoin ne peut être que le muezzin de la mosquée Doukouré de Yopougon. La toile s’est enflammée avec l’image d’un homme, vêtu de boubou, qui serait le témoin P 441. A la reprise, mardi 10 mai, Cuno Tarfusser faisait une mise en garde à l’endroit des journalistes et autres web activistes qui s’essayaient à divulguer l’identité des témoins. « La divulgation de l’identité des témoins est interdite », s’est échiné à expliquer le juge-président.

Mercredi 11 mai. Nouvelle séquence. L’avocat principal de Laurent Gbagbo demandait la parole. Emmanuel Altit souhaitait contester la crédibilité du septième témoin de l’Accusation c’est-à-dire le prochain témoin après P 441, le présumé muezzin. L’avocat français a signifié à la Cour que le témoin à venir (P 369) ne saurait être considéré comme témoin parce qu’il est un chercheur appartenant à l’Organisation non gouvernementale Human Rights Watch. Selon Emmanuel Altit, l’homme s’est rendu, pendant la crise post-électorale, « à de très rares reprises à Abidjan »et  ne peut « attester directement la réalité des faits s’étant déroulés lors de la crise post-électorale ».

En présentant P369 comme un membre de Human Rights Watch, Emmanuel Altit venait de donner des précisions sur le prochain témoin. P 369 sera-t-il un témoin protégé ? Les cas multiples de divulgation de noms de témoins ne sont pas de nature à rasséréner les déposants. Quand bien même certaines mesures sont prises (visage flouté, voix déformée), les questions formulées pendant l’interrogatoire ou le contre-interrogatoire orientent très souvent sur la probable identité des déposants.

Dans le procès conjoint Gbagbo-Blé Goudé, la protection des témoins passe, aujourd’hui, pour un gros souci à la Cpi. Quelles mesures supplémentaires pourraient être prises pour rassurer les prochains témoins ? Peut-on raisonnablement parler de témoin protégé lorsque le nom d’un tiers est divulgué ? Il y a à redouter que les incidents à répétition découragent certaines personnes dans leur volonté de témoigner. La conséquence serait alors implacable : Accusation et Défense pourraient manquer de témoins. Pourtant, ce sont bien ceux-là qui sont censés aider à la manifestation de la vérité. L’équation est à la fois simple et complexe.

Kisselminan COULIBALY

linfodrome.com

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