09232017Headline:

CPI/Procès Gbagbo du 29 sept 2016/le temoin P-238« Les FRCI ont commit les exactions par esprit de vengeance.. »

frci et homme a genoux

L’avocate des victimes interroge le témoin sur « le ciblage de certaines populations »

Suite de l’interrogatoire de P-238 ce jeudi 29 septembre à la Cour pénale internationale. Une bonne partie de l’audience s’est déroulée à huis clos partiel, pour ne pas risquer de révéler l’identité du témoin. La représentante légale des victimes a pu poser ses questions avant de passer le relai à la défense de Laurent Gbagbo.

Par Camille Dubruelh

C’est sur les crimes commis contre la population civile et « le ciblage d’une partie de la population » que Paulina Massida, représentante légale des victimes, souhaitait interroger le témoin. En début de semaine, cette dernière avait adressé une requête au président de la Chambre dans ce sens, précisant que ses réponses pouvaient être « d’une importance capitale ». « Cela pourrait permettre à la Cour de comprendre l’ampleur de la tragédie », avait-elle expliqué. Les juges avaient accepté cette demande au motif qu’elle n’empiétait pas sur les droits de la défense.

Ainsi, suite aux derniers échanges entre le témoin et le substitut de la procureure, l’avocate a posé quelques questions à P-238. « Vous avez dit qu’avoir un nom à consonance nordique était un souci, pourquoi ? », a-t-elle voulu savoir. Le témoin a expliqué qu’un tel nom pouvait être associé « au Commando invisible », qui comptait une majorité de personnes venues du nord du pays. « Les gens avaient dans la tête que le Commando invisible allait venir faire des actes de sabotage », a-t-il affirmé. D’autres raisons pouvaient-elles expliquer les « contrôles, arrestations et exactions », commises contre ces populations ?, a repris Paulina Massida. « Les gens était devenus comme fous », a poursuivi le témoin, « on associait les noms nordiques à Alassane Ouattara, on se dit que vous êtes du parti du président Alassane ». Le reste de l’interrogatoire de la représentante légale des victimes se déroulera à huis clos partiel, avant que la défense de Laurent Gbagbo ne prenne la parole.

Des exactions supposées commises par le FRCI par vengeance, selon le témoin

En public, il a été question de l’après-crise, et notamment d’un certain quartier, dont le nom a été cité à huis clos partiel. Emmanuel Altit, l’avocat principal de Laurent Gbagbo, a voulu savoir si le témoin avait une idée de ce qu’il était advenu des« personnes arrêtées par les FRCI ». « Je ne sais pas », a répondu P-238. « Les FRCI ont-ils commis des exactions ? », a ensuite demandé l’avocat. « Sûrement », suppose le témoin, « par esprit de vengeance ».

Autre sujet abordé par la défense, les attaques contre le camp du Bataillon sol-air (BASA). D’après le récit du témoin, ce jour-là, un premier tir d’un hélicoptère de la mission de l’ONU en Côte d’Ivoire a visé le garage où étaient stockées les munitions.« Ça a explosé et le camp est parti en fumée », raconte-t-il. Dans un second temps, ce sont des hélicoptères appartenant probablement aux Français qui ont visé les positions des Bi-tubes du BASA, seules armes avec lesquelles l’unité aurait pu répliquer. « Ils connaissaient leur emplacement », affirme P-238. Une seconde attaque de même type a suivi le lendemain selon ses dires. Le témoin a par ailleurs affirmé qu’il ignorait si l’ONUCI coopérait avec les rebelles mais qu’il avait entendu dire que la force onusienne « ravitaillait » l’Hôtel du Golf.

C’est sur le thème des affrontements entre les Forces de défense et de sécurité (FDS) et les rebelles, notamment à Abobo, que s’est achevée la journée. Plus tôt ce matin, l’accusation avait questionné le témoin sur l’utilisation par le BASA de mortiers de 120 mm en zone urbaine lors de la crise postélectorale. P-238 avait confirmé qu’il s’agissait en principe d’une pratique illégale, d’une part « à cause des dégâts que cela peut faire », d’autre part parce qu’ils étaient utilisés contre des assaillants dotés d’armes moins lourdes, des AK47 et des lance-roquettes RPG. La défense a rebondi sur ce thème en fin d’après-midi, interrogeant le témoin sur la force de frappe des rebelles. P-238 a évoqué les « méthodes pas conventionnels » des ennemis, qui se dissimulaient pour attaquer les FDS, et ce de façon récurrente. Il a mentionné que les membres du BASA « avaient effectivement peur » lorsque venaient leur tour d’être envoyés à Abobo et « remerciaient Dieu » une fois de retour au camp.

— contact@ivoirejustice.net.-

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