08212017Headline:

Depuis Bouaké, un ex agent fait un témoignage troublant./ La gestion qui a bouleversé la vie des ex-combattants démobilisés (documents)

ADDR en Côte-d’Ivoire: Une gestion qui a bouleversé la vie des ex-combattants démobilisés (documents)

-Depuis Bouaké, un ex agent fait un témoignage troublant.
-Comment les premiers bénéficiaires (cellule 39) ont été écartés du programme d’insertion ?
-Les révélations d’un consultant, ex- conseiller de l’ADDR.
-Une gestion opaque de M. Fidèle Sarassoro révélée. Comment l’ex DG justifiait les sorties de fonds ?
-La liste des principaux acteurs et leur nouvelle vie.
-Ce qu’il en reste des fonds

Créée par le décret n° 2012-787 du 8 août 2012, l’Autorité pour le Désarmement, la Démobilisation et la Réintégration( ADDR) des ex-combattants , a vu ses activités prendre officiellement fin par un décret pris en conseil des Ministres le mercredi 24 juin 2015. Deux ans après , l’opinion nationale et internationale se rend à l’évidence que la superstructure dont le Gouvernement (déclaration du porte-parole Bruno Nabagné Koné le mercredi 24 juin 2015 en conseil des ministres) , l’ONU (Processus DDR , « la Côte d’Ivoire ,un exemple de réussite » selon l’ONU In le quotidien Le Jour Plus du 23 juin 2017 ) et l’ex DG M Fidèle Sarassoro (répondant aux questions d’un confrère le 8 juin 2017 , « ils (parlant des pays intéressés par le DDR ivoirien), ont adressé des courriers au Chef de l’État, Alassane Ouattara. Au demeurant la réunion de New York répond à cette exigence-là. Car, on considère que c’est une expérience qui a réussi et qui mérite d’être partagée ») vantaient les prouesses, est aujourd’hui rattrapée par son passé. Une fronde sociale de plus en plus grandissante est observée au sein des « oubliés » que constituent les ex –combattants dits démobilisés(?) Et cette affaire pour le moins abracadabrante fâche de plus en plus, tant la gestion de ladite structure laisse à désirer. Et ce, au vu des réactions récurrentes observées au sein des démobilisés. En témoignent aussi et surtout des propos d’ex agents ADDR qui, sous le sceau de l’anonymat, ont décidé de délier la langue.
Pour mieux comprendre cette scandaleuse affaire, remontons dans le temps : pendant la crise ivoirienne, entre 2007 et 2009 avant juste les présidentielles de 2010, les ex combattants regroupés au sein des Forces Nouvelles (FN) pour les civiles et les Forces Armées des Forces Nouvelles (FAFN) pour la branche militaire, étaient identifiés et profilés par des structures existantes. En effet, ces structures créées sous les auspices du gouvernement de transition (FPI-G7), avaient travaillé progressivement dans la recherche aux solutions d’identification, profilage, démobilisation, encasernement par attribution de matricules pour aboutir à un résultat final : le désarmement, processus capital devant aboutir à l’organisation des élections présidentielles. Interrogé sur la question, l’un des responsables, M. Daniel Kossominan Ouattara , l’ex premier responsable du PNRC a déclaré que la particularité du DDR à l’époque (2005 à 2009) , « réside dans le fait que sur la base de la confiance , les parties en conflit se sont assises autour d’une table pour valider les opérations de DDR conformément à leurs aspirations de sécuriser la sortie de crise pour une stabilité définitive en Côte d’Ivoire . Raison pour laquelle, le DDR en Côte d’Ivoire a été excellent pour l’Etat. » Ajoutant que « la Commission nationale de désarmement, démobilisation et réinsertion( CNDDR), le Programme national de désarmement, démobilisation, réinsertion et réhabilitation communautaire (PNDDR /RC), l’ Accord politique de Ouagadougou (APO), le Programme national de réinsertion communautaire (PNRC) et le Centre de commandement Intégré (CCI) (deux structures importantes) ont permis d’aller aux élections. »

L’homme s’est offusqué de ce que tout ce travail mené en parfaite coopération avec l’ONUCI à l’époque, n’ait pas été utilisé par la suite : « Pourquoi ne pas exploiter le fichier du PNRC. Quel intérêt à ne pas utiliser le fichier du PNRC ? » . Bien qu’ayant remis tous les dossiers afférant à l’ADDR, grand fut son étonnement de constater qu’aucune exploitation n’ait été menée par le responsable de l’ADDR.

Propos de l’ancien responsable du PNRC qui apparemment corroborent avec ceux d’un ancien agent de l’ADDR qui a préféré garder l’anonymat. L’homme a affirmé qu’avant la création officielle de l’ADDR, une équipe pilote avait été mise en place avec pour mission de réaliser un travail préliminaire devant consister à réceptionner tous les dossiers antérieurs relatifs à l’application intégrale de l’Accord Politique de Ouaga(APO) dont la finalité était le règlement total de la question de la démobilisation des ex combattants issus de l’ex –rébellion et de leur intégration tant dans l’administration ivoirienne( douanes , impôts , trésor) que dans la vie active par la création d’activités génératrices de revenus. Ceux également désireux de retourner à leurs métiers antérieurs, bénéficiaient d’un filet de sécurité conséquent. Mais il en fut autrement. D’où sa grande déception : « Nous avons su que cela n’allait pas aboutir ! » Avoue notre source qui ajouta qu’après la création officielle de l’ADDR, l’effectif du personnel a connu un pic, passant du simple au triple. Et grave, sur la base du copinage, du paternalisme etc. :’Des recrutements tous azimuts par ci, par-là. L’on s’est retrouvé avec un personnel atteignant 100 à 150. » Et l’homme de s’interroger : « Est-ce qu’il y’a eu DDR ? Je me rappelle que nous nous étions rendus un jour sur un site dans une localité environnante d’Abidjan afin d’y rencontrer d’anciens ex combattants. Et ces derniers nous ont fait savoir ce que l’ADDR était prête à concéder s’ils déposaient les armes pour retourner à la vie civile. Ayant promis de revenir après avoir étudié la question profondément et sortir un programme concret répondant aux différents cas, aucune garantie n’a été donnée par la hiérarchie pour un désarmement réel. » Une autre révélation de taille concernant le désarmement : « 2/3 des armes déposées à l’époque ne fonctionnaient pas. Des personnes supposées ex combattants venaient, qui avec un chargeur ou des étuis, qui avec des armes blanches. Et grave, beaucoup sont ces jeunes venus faire un simulacre de désarmement : Ils étaient totalement inconnus des fichiers antérieurs. En clair, ils n’ont jamais combattu ! » A qui la faute ? Et la source de me répondre de façon instantanée : « La faute au DG et à certains membres de l’équipe ADDR qui ont vu dans ce processus une source d’enrichissement. Vous déposez même un chargeur vide d’une arme et l’on vous inscrit comme ex combattant démobilisé alors que nous disposions d’anciens fichiers qui constituaient des souches. »

Les ex agents des Forces Nouvelles dont certains remplissaient les conditions et aptes à intégrer la fonction publique, ont également fait les frais de personnalités politiques véreuses et avides d’argent. Le cas du député de Bayota M. Abel Gbakayoro Djohoré est raconté par plusieurs sources. En effet, l’ancien collaborateur de l’actuel président de l’Assemblée nationale profitant de la confiance de son ancien patron à l’époque, selon notre source de l’ex ADDR, a également botté à la touche la liste à lui remise par sa hiérarchie pour s’ériger en prédateur de gains faciles. L’homme a préféré vendre les places. Ce qui lui a valu à l’époque la colère de sa hiérarchie qui voyait dans cette pratique mafieuse une trahison. En effet, elle n’a pas accepté qu’après tant d’années passées avec ces jeunes pour la plupart étudiants et anciens compagnons de lutte syndicale (FESCI), ils soient délaissés. Ces jeunes qui, aux yeux de Soro ont passé près de dix ans à ses côtés, ne méritaient pas cette marginalisation de la part du député Abel Djohoré.

Au-delà même de l’intérêt financier qu’a suscité cette vente de « places », l’ADDR selon toujours notre source, a réalisé de nombreuses opérations financières opérées sur les fonds destinés à l’insertion des démobilisés. D’après notre source, l’ex DG pour justifier les dépenses, donnait ordre à M Penyagui Coulibaly qui était à la comptabilité, d’établir une justification qui en réalité était virtuelle. Le justificatif établi , permettait ainsi sans inquiétude , la sortie des fonds qui se retrouvaient dans les poches du DG et ses hommes de main dont Madame Manigan Ouattara chargée d’institutions à l’ADDR et précédemment dircab de la ministre Koné Mariatou. Elle était à la source de dissensions entre M. Karna et l’ex DG. M. Christian Agoh l’adjoint de l’ex DG Fidèle Sarassoro, actuellement membre du Conseil National de la Sécurité était l’un des hommes de mains opérant inopinément au sein de la structure sous les ordres de ses supérieurs. L’homme aurait investi dans des affaires aux Etats Unis de même que Didier Traoré aujourd’hui au Canada. Tous ses anciens responsables de la défunte ADDR sont aujourd’hui immensément riches grâce aux fonds détournés de l’ADDR.

Quant à l’ex DG, ses réalisations auraient même défié le cours normal des lois de la nature. En effet, déviant le cours du fleuve Bandama, il a transformé un site à l’image du site balnéaire d’Assinie. Un véritable paradis situé dans la localité de Sinématiali. Echo ferme de Lokoli est l’appellation de la page Facebook de cette gigantesque œuvre touristique. Et ce, pendant son exercice en tant que DG de l’ADDR.

Selon une autre source, l’ex DG actuel secrétaire général à la Présidence, n’a pas donné les vrais chiffres des fonds alloués au programme ADDR : Le montant de 107 milliards serait bien au-delà : 287 milliards de FCFA. Telle était la somme affrétée pour l’insertion des ex-combattants.

Après sa dissolution par le gouvernement, l’ADDR avait dans ses caisses six milliards au moment où les démobilisés inquiets, couraient vers le bureau de recensement situé à l’époque aux Deux Plateaux à l’emplacement de l’ex PSCN. Et les chiffres d’ex combattants avant 2010 qui étaient de 40 000 , a été estimé à 74 000 avec un taux d’insertion selon la structure de 85 %. Les six milliards restants ont été alloués à la nouvelle structure, la Cellule de coordination et de réintégration sociale (CCRS), placée sous la tutelle du Conseil national de la sécurité (CNS) et chargée de l’insertion des enfants dits « microbes » dont l’un des sites serait basé à Daoukrou.

Selon les autorités, Cette nouvelle cellule se chargera de l’accompagnement et du suivi des ex-combattants. A la vérité, le flou entretenu par la gestion de l’ADDR a laissé des ex combattants amers, appauvris et avec un sentiment profond d’avoir été trahis. L’on retiendra surtout que le processus mené par cette structure a été un échec patent. Mais jusqu’au mois de juin 2017, l’espoir se lisait sur les visages. En effet, le Chef de l’Etat par l’entremise du secrétaire général intérimaire du RDR M. Amadou Soumahoro lors de sa rencontre avec les démobilisés le 11 juin 2017 à Bouaké, a rassuré ces derniers de la volonté du Président de trouver une solution satisfaisante. Mais les récentes manifestations des démobilisés au corridor nord de Bouaké, laisse penser que la crise est loin de prendre fin. Ce que l’on constate de façon ahurissante, depuis que les ex combattants ont commencé les manifestations d’humeur, aucun audit n’est venu apaiser les esprits.

Toute idée qui leur donne le sentiment d’être abandonnés.
Guy Lasme Kouamé

connectionivoirienne

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