09212020Headline:

Depuis La haye : Gbagbo charge Ouattara voici ce qu’il dit…

 

Gbagbo à la Haye pensif

Détenu depuis trois ans à prison de Scheveningen à La Haye aux Pays-Bas, Laurent Gbagbo n’avait plus eu l’occasion de faire entendre sa voix depuis son intervention à l’audience de confirmation des charges le 28 février 2013.

Bien des propos et messages que l’on lui avait prêtés jusque-là étaient ceux délivrés par son porte-parole ou qui ont été dits de la bouche de ses avocats. Cette fois, c’est lui-même qui donne de la voix. L’homme semble n’avoir rien perdu de sa pugnacité d’opposant. Depuis sa cellule, il « ouvre le feu » sur le régime Ouattara, via le courrier adressé à ses anciens compagnons de parti, pour faire acte de candidature à la présidence du Front populaire ivoirien( Fpi).

Dans ce document, en date du 25 novembre 2014 et qui est signé de ses mains, l’ex-chef de l’Etat prend prétexte de la justification de sa candidature pour tirer à boulets rouges sur son successeur à la tête du pays. Laurent Gbagbo se montre, en effet, très critique à l’égard de la gestion du pays par Alassane Ouattara. A l’entendre, le pays va à vau-l’eau depuis qu’il n’est plus aux affaires. « Tout ce que nous avons construit tout au long des années depuis l’indépendance est menacé », charge-t-il d’entrée. Sous Ouattara, laisse-t-il entendre, le pays a perdu de sa superbe ; les acquis socioéconomiques voire démocratiques sont en déliquescence. Et le mentor du Fpi de se faire plus explicite en dénonçant l’absence d’Etat de droit. « Les institutions étatiques sont bafouées. L’Etat de droit n’est plus qu’une coquille vide. Les règles, la Loi sont volontairement ignorées », assène Gbagbo, reprenant ainsi à son compte les récriminations de certains de ses partisans, qui se disent victimes d’exactions de la part du régime Ouattara. Il s’insurge par ailleurs contre la propension des nouveaux maîtres du pays à vouloir « étouffer l’expression démocratique populaire ».

Toujours aussi incisif, le célèbre prévenu de Scheveningen estime que les tenants actuels du pouvoir font passer les intérêts de leur camp, de leur communauté au-dessus des intérêts de la nation. Il avance, en effet, que « l’égoïsme individuel et communautaire a remplacé l’intérêt général ». Toutes choses qui lui font en déduire que « notre pays est en grand péril ». C’est du reste pour sauver le pays de ce « grand péril » qu’il dit être candidat à la présidence de son parti. « J’accepte de répondre favorablement à cette demande », répond-il à la requête de son fils Michel et de certains barons du Fpi, qui l’ont appelé à reprendre les rênes du parti.

Ces faits qui font mentir l’ex-chef d’Etat

Depuis La Haye où il est détenu, l’ex-chef de l’Etat a dressé un tableau pour le moins sombre, de la situation qui prévaut au pays depuis la fin de la crise post-électorale. A en croire Laurent Gbagbo, le pays va mal, même très mal. Pourtant, vu d’Abidjan, avec réalisme, tout n’est pas aussi noir qu’il veut le faire croire. En tout cas pas aussi sombre et triste que le fond d’une cellule.

Oh , loin de nous toute intention de soutenir que tout est rose ou que tout va bien dans le meilleur des mondes depuis le 11 avril 2011. Mais force est de reconnaître que la situation du pays est loin d’être désastreuse voire désespérante au point d’avancer, un rien alarmiste, que « tout ce que nous avons construit tout au long des années depuis l’indépendance est menacé ». Bien au contraire. Aux acquis des années d’indépendance sont venus s’ajouter de nouvelles infrastructures socioéconomiques comme le troisième pont, et bien d’autres ouvrages en construction tels que le barrage de Soubré, le pont de Jacqueville, le pont de Bouaflé. Sans compter la réhabilitation des universités aux bâtiments défraîchis depuis des lustres, le reprofilage des routes rendues impraticables durant les années de ni paix ni guerre. L’économie également a été remise à flot au point que les organisations crédibles comme la Banque Mondiale ne tarissent point d’éloge devant les progrès réalisés, trois ans seulement après la guerre post-électorale.

Certes la pauvreté est loin d’avoir disparu de nos rues. Mais celles-ci ont été assainies, débarrassées de leurs encombrements, au point de donner aujourd’hui fière allure à nos cités. Qu’il est loin le temps de ces espaces aux visages lépreux comme l’ex-Sorbonne au Plateau ou le campus universitaire de Cocody ! Le pays, vu d’Abidjan, a changé. Et en bien. Les partis politiques de tous bords vaquent à leurs occupations, librement ; les citoyens circulent, sans être limités dans leur déplacement par d’innombrables barrages et des contrôles intempestifs d’identité. L’Assemblée nationale fonctionne, la Justice aussi. Quand bien même elle présenterait de réelles insuffisances, on ne saurait dire qu’elle est moins crédible que celle qu’il nous a été donné de voir sous le régime Gbagbo. C’est donc fort de café de d’affirmer que « les institutions étatiques sont bafouées » et que « l’Etat de droit n’est plus qu’une coquille vide ». Vu d’Abidjan, la réalité est tout autre.

Assane NIADA

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