12062016Headline:

Désarmement, libération des sites… : Ça grogne encore très fort au sein des ex-combattants

hamed frci

Les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) ont entamé, depuis lundi dernier, une vaste opération de libération des sites occupés par des ex-combattants communément appelés ”éléments associés aux Frci”. Cette opération fait suite à des instructions formelles données par le chef de l’État, Alassane Ouattara, lors de sa visite d’État effectuée le samedi 11 avril dernier à Tiassalé.

En sa qualité de chef suprême des Armées, le président de la République s’est montré très ferme ce jour-là, en enjoignant tous ces ex-combattants qui occupent des sites et arborent la tenue militaire, à prendre contact avec l’Autorité pour le désarmement, la démobilisation et la réinsertion (Addr) pour leur reconversion à la vie civile. Car, il n’y a plus de place dans l’armée. Ce discours du chef de l’État a sonné comme la fin de l’espoir chez certains de ces ex-combattants, qui le font savoir dans l’ombre. Ils grognent et se montrent à la limite menaçants. Très remontés contre la décision du chef de l’État de ne plus faire de recrutement dans l’armée, ces plaignants encore en tenue se sont confiés à nous. Ils estiment que les contraindre à la vie civile n’est pas la bonne manière de les remercier. Ils crient à l’injustice, car ils pensent avoir tout donné pour la paix en Côte d’Ivoire. Selon eux, c’est une trahison de la part de l’actuel pouvoir de ne pas respecter les promesses à eux faites. Evoquant les sacrifices qu’ils ont consentis, au «péril» de leur vie, pour l’avènement au pouvoir du président Ouattara. «Nous étions traités comme des militaires et étions soumis aux servitudes militaires. Pourquoi ne veulent-ils plus nous insérer dans l’armée?», s’interrogent-ils. Mais, au fond, que reprochent-ils au pouvoir pour crier à la «trahison»? «En quittant le nord, relate un ex-chef de guerre, on nous avait classés en deux groupes. Le groupe des Ads, qui étaient déjà réinsérés, et qui savaient déjà ce qui les attendait, leurs destinations.

Des chefs de détachement dans la tourmente

Puis le groupe des Ean (Eléments à l’armée nouvelle), prévus pour intégrer directement l’armée». Depuis le profilage, précise le militaire encore à la tête d’une troupe dans la banlieue d’Abidjan, le numéro 39 avait été attribué à ceux qui sont dans ce groupe des Ean. «Tous ceux qui ont les numéros commençant par 39 étaient considérés d’office comme des militaires». Grand est son étonnement quand après les avoir fait attendre, des camarades et lui, sont sommés de quitter les sites qu’ils occupent. «Nous sommes des chefs de détachement. Les chefs de détachement, ce sont ceux qu’on a affectés dans des localités et qui dirigent chacun une base sur place avec leurs éléments. Comment demander à un chef, qui a des éléments sous sa responsabilité, d’aller à l’Addr pour déposer tenues et armes au même titre que ces derniers. Voyez ce que çà donne comme frustration…», explique,avec un ton teinté de plaidoirie et de fermeté, l’ancien chef de guerre, qui doute que l’Addr soit la solution idéale que le pouvoir ivoirien puisse trouver à leur situation. Ce, eu égard à des passifs que ses camarades et lui relèvent dans la gestion de cet organe. «On demande aux gens d’aller au profilage avec l’Addr pour recevoir leur pécule de démobilisation. Mais, ça fait plus d’un an, des gens ont été démobilisés, ils ont tous leurs papiers, mais n’ont pas reçu leurs 800.000 F Cfa promis». Selon nos interlocuteurs, qui insistent pour déplorer la tourmente dans laquelle les instructions données par le chef de l’État les met, le président de la République n’est certainement pas informé de tout ce qui se passe dans la gestion des ex-combattants. Y compris cette question des pécules non encore parvenus à leurs destinataires. «Demandez, ils sont nombreux qui sont concernés. Les comptes qu’on a ouverts pour eux sont vides. Ils ne sont pas approvisionnés. On ne sait pas où se trouve l’argent, et çà grogne. Il faut faire attention». Nos interlocuteurs, auxquels se sont ajoutés des éléments installés sur le site de regroupement 2 de Km 17, expliquent qu’il y a eu beaucoup de deals qui ont été faits lors des recrutements dans l’armée.

Des griefs contre leurs hiérarchies

«Des personnes recrutées n’ont rien à voir avec les ex-combattants. Ce sont des protégés de hauts cadres du régime. Même les différents commandants ont mélangé les listes à un moment donné pour intégrer leurs familles et leurs connaissances». Joint pour mieux comprendre ce dossier, un expert de l’ex-Programme national de réinsertion et de réhabilitation communautaire (Pnrrc) a confirmé l’existence des Ean au moment de la descente des ex-combattants des ex-Forces nouvelles sur Abidjan. Selon ce cadre, ils étaient au nombre de 6000 éléments avant les élections, qui étaient concernés. Mais, la crise post-électorale va engendrer une autre catégorie d’ex-combattants appelés les ”jeunes associés”, qui se sont rajoutés à cette liste. «Le Pnrrc avait leur traçabilité. Mais, à un moment donné, on ne sait plus qui les a gérés». Pendant ce temps, révèle-t-il, certains chefs de guerre avaient recruté beaucoup de ces ”jeunes associés” dans leurs rangs, «moyennant quelque chose». «Il y a eu trop d’interventions dans le processus, à une certaine époque, qui a tout mélangé. Chacun a préféré faire rentrer un membre de sa famille en lieu et place des véritables ex-combattants», déplore le haut cadre de l’ex-Pnrrc, qui dénonce que l’opération du Ddr soit transformée en «fonds de commerce». Il confirme l’idée selon laquelle des manœuvres souterraines plombent ce processus conduit par Fidèle Sarassoro. Notamment des changements de noms opérés au niveau de certains chefs militaires, des recrutements de complaisance au détriment des vrais ex-combattants, la vente des matricules des véritables bénéficiaires, etc.Des pratiques peu orthodoxes que les plaignants attribuent à des ”ex-comzones”, sans épargner l’État-major également mis à l’index. Du côté de l’Addr, on récuse formellement toutes ces allégations faites, même si notre interlocuteur reconnaît quelques retards accusés parfois dans la mise à disposition des pécules. «Ils (les plaignants) tirent un peu trop sur le temps. Un an, c’est trop. Il y a eu quelques petits retards certes, mais il y a à savoir qu’il y en a à qui on a viré l’argent et dont il y a eu des problèmes sur les comptes sans que ce ne soit leur fait. Le fait s’est avéré, et une solution a été trouvée». Au sujet de la vente des matricules, notre source à l’Addr nous renvoie à l’État-major. Au cabinet du général Soumaïla Bakayoko, c’est l’omerta. Rien à dire, discipline militaire oblige. Seul la haute hiérarchie est autorisée à aborder ces questions. N’empêche, un officier lâche quelques mots, off record. «On a recruté ceux qui correspondaient aux critères pour être à la douane, à la police ou à la gendarmerie. Quand le quota a été atteint, l’opération s’est arrêtée», a juste livré notre source. Etaient-ce effectivement les bénéficiaires qui avaient fait partie de ce quota atteint? Y a-t-il eu des recrutements parallèles, qui ont laissé sur le carreau de vrais ex-combattants promis à la fonction militaire? Le débat reste entier. Toujours est-il que l’opération lancée, pour aseptiser le territoire ivoirien de tous ces hommes en tenue en dehors des casernes, reste un sujet préoccupant. Avec tous les bruits que cela suscite dans le milieu des ex-combattants, il y a à redouter d’autres brouilles en cette période sensible, juste à quelques mois des prochaines échéances électorales.

Félix D.BONY

L’INTER

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