10232020Headline:

Deux semaines après la chute de Compaoré, Pourquoi l’armée se soulève contre Ouattara

compaore et ado

Deux semaines après la chute de Compaoré, pourquoi l’armée se soulève contre Ouattara. Les casernes en ébullition. Le début du cercle vicieux de l’affaiblissement puis de la chute.
Alassane Ouattara et Blaise Compaoré. Image d’archives.
Effet de contagion ou simple frémissement ? Difficile de l’affirmer. Les Forces Républicaines de Côte d’ivoire (FRCI), un cocktail d’anciens rebelles et d’anciens soldats des forces de défense et de sécurité qui forment la nouvelle armée de Côte d’ivoire, ont violemment manifesté mardi pour de l’argent, deux semaines seulement après l’insurrection populaire qui provoqué la chute de Blaise Compaoré.
Il y a des visiteurs qui donnent certainement de la poisse, pourrait-on en rire sur les bords de la Lagune Ebrié. Il a fallu que Blaise Compaoré, le dictateur déchu du Burkina Faso, pose son baluchon en Côte d’ivoire pour que l’armée ivoirienne qui paraissait soumise à Ouattara, se révolte. Un mouvement d’humeur que les autorités ivoiriennes voyaient venir et qu’elles pensaient contenir. Mais cette fois, elles ont été surprises par l’ampleur du mouvement car il s’est étendu sur l’ensemble du territoire. De quoi rappeler de beaux souvenirs aux concepteurs de coups fourrés et rébellions. Pour une la fois depuis l’accession d’Allassane Ouattara à la magistrature suprême, l’armée dans son ensemble revendique dans le désordre le plus total de l’argent, l’amélioration de conditions de vie, et la revalorisation de grades. Ce genre de revendications en désordre rappelle toujours un mauvais pressage. Le gouvernement ivoirien, paniqué par ce vent d’humeur, a accepté dans une célérité déconcertante, de satisfaire les grognons en armes.
Ainsi les arriérés de soldes de près de 400 soldats seront régularisés, les arriérés de frais de déplacements des militaires seront régularisés ainsi que le pécule lié au bail des maisons.
Il n’en fallait pas plus pour mettre en branle des milliers d’anciens rebelles toujours sans statuts réels, sans matricules. Eux aussi réclament désormais leur insertion réelle dans l’armée. Pis, ces anciens combattants exigent chacun la somme de 5 millions de Fcfa que leur aurait promis les tenants actuels du pouvoir. Le régime de Ouattara est confronté à une dangereuse réalité des armées africaines dont les revendications créent l’appétit du pouvoir. Pour ce qui est de la Côte d’ivoire, toutes les casernes du pays sont en ébullition et ce n’est que le début du cercle vicieux qui conduit à l’affaiblissement puis á la chute.

L’effet Compaoré

Tous les spécialistes du continent ont parié sur un effet de contagion de la récente révolution du peuple Burkinabé en omettant soigneusement de citer la Côte d’ivoire. Ils ont plutôt parié sur les régimes qui tenaient à modifier leurs constitutions pour demeurer au pouvoir. On a cité le Congo Brazzaville, le Congo Kinshasa, le Burundi, le Rwanda, tutti et quanti. L’on a omis, c’est selon, d’évoquer que la Côte d’Ivoire, malgré le calme apparent, est dans une situation volatile. Le courage du peuple Burkinabé qui a ‘’déboulonné’’ Compaoré a donné des idées sur les bords de la Lagune Ebrié. Les securocrates du régime ont vite fait d’arrêter le bouillant David Samba, le président de la Coalition des indignés de Côte d’Ivoire qui projetait des manifestations de protestation. Ce fut le faux cheval ! Il fallait plutôt écouter dans les casernes et les camps de fortune des Frci.
Blaise, le parrain, le protecteur, celui qui était capable d’envoyer plusieurs régiments mater une insurrection armée en Côte d’ivoire, est lui-même reclu dans une belle villa à Yamoussoukro. Qui pour sauver le régime Ouattara dans ce cas d’espèce ? Il est de notoriété qu’ Allassane Ouattara a gagné la guerre contre Laurent Gbagbo grâce à une coalition de plusieurs groupes armés sous commandement de plusieurs autres chefs de guerre. Ouattara arrive donc au pouvoir en 2011 sans une armée à lui, comptant sur le Burkina de Blaise, les forces françaises et les casques bleus de l’Onu. Dans sa logique de se bâtir une armée qui lui obéit, il éloigne de la grande muette les chefs de guerre qui l’ont aidé à prendre le pouvoir, et sur qui planent des mandats d’arrêt de la cour pénale internationale. Les anciens chefs de guerre communément appelés Com-Zone sont éloignés de leurs troupes, et envoyés en formation dans des pays lointains. Tirent-ils les ficelles de ce mouvement d’humeur qui ne fait que commencer ? Qui donc pour aider Ouattara en cas de pépin ? Pas question de compter sur l’armée burkinabé préoccupée à se réorganiser en plaçant de nouveaux hommes, encore moins l’armée française sous François Hollande, qui a lâché trois chefs d’états ( Bozizé, Amadou Toumani Touré et Blaise Compaoré). Que réclameront demain les Dozos, le plus grand danger contre la sécurité nationale.

Kondo Christ David

NB: Le titre est de la rédaction.

Lebandama.com

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