09242017Headline:

En voulant couler Gbagbo et Blé Goudé, la CPI attaque Bédié et Ouattara

ala bedie gbagbo

Le Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) Fatou Bensouda a rendu public le 22 août 2014 son document de notification des charges contre Charles Blé Goudé. Comme il fallait s’y attendre, ce document est un brûlot contre l’ancien ministre de la Jeunesse mais également contre le président Laurent Gbagbo. Le Document jette par ailleurs quelques pierres dans les jardins de Ouattara et Bédié.

C’est un document long de 127 pages,qui replonge son lecteur dans la vie politique ivoirienne depuis les années 90 en mettant un accent particulier sur la période 2000 à la crise postélectorale de 2010 selon l’angle choisi par le Procureur de la CPI. Ce DCC est également, il faut le noter, un document qui brocarde particulièrement Gbagbo et Blé Goudé et démontre encore une fois le parti pris flagrant du Procureur dans la situation ivoirienne.

Fatou Bensouda reprend en effet les thèses et idées préconçues régulièrement distillées par le camp Ouattara. Elle ressasse sans recul des allégations sans fondement probant – juste pour mieux vilipender les accusés – quand il s’agit de Gbagbo et de Blé Goudé et utilise par moment un conditionnel prudent et des propos subtiles comme pour jeter un doute sur ce qu’elle dit concernant le camp Ouattara et les rebelles ivoiriens. Cette distance qu’elle prend visà-vis des informations qu’elle relaie dans son DCC, parce que contrainte de le mentionner,vise à donner à son argumentaire un certain équilibrisme tout de même faussé qui saute aux yeux.

Dans ce qu’elle appelle le «contexte» qui a servi de base à la rédaction de son Document, la procureure gambienne ne fait pas de cadeau au président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) Henri Konan Bédié. «Suite à la mort de Houphouët-Boigny en 1993, la Côte d’Ivoire fait face à de fortes divisions, conséquences notamment des différentes luttes menées pour lui succéder. Ces divisions sont exacerbées par les questions de nationalité, d’appartenance ethnique et de «l’Ivoirité», un concept introduit par Bédié et visant à priver les non-autochtones notamment du droit de vote et d’éligibilité aux élections présidentielles», charge Fatou Bensouda.«Après son intérim, Bédié est élu président en 1995, l’Ivoirité étant le thème central de sa campagne. Il est élu avec 96,44% des votes», insiste-t-elle.

Dans sa volonté de couler Gbagbo et Blé Goudé, le Procureur s’en prend, peut-être sans le vouloir, à Ouattara, l’accusant d’avoir recruté des mercenaires burkinabé pendant la crise postélectorale dans un conflit pourtant interne : «À partir du 23 février 2011, l’Ouest de la Côte d’Ivoire est devenu le théâtre d’un conflit armé ne revêtant pas un caractère international entre les forces pro- Gbagbo et les forces fidèles à Ouattara. Ces dernières comprenaient les Forces Nouvelles et disposaient du soutien d’un groupe de défense appelé les dozos,qui étaient issus de différentes tribus, et d’un groupe de miliciens burkinabé. Les forces fidèles à Ouattara avançaient en provenance du nord, ouest et centre en direction du sud de la Côte d’Ivoire pour atteindre Abidjan le 31 mars 2011».

Bensouda lève le voile sur sa collusion avec Ouattara Dans son document de notification des charges contre Blé Goudé, le Procureur de la CPI, au lieu de restituer les faits, fait des commentaires parfois surprenant en accusant Gbagbo de ne pas vouloir aller aux élections. «En dépit des efforts de Gbagbo,depuis au moins 2005, pour reporter les élections, il a dû céder aux pressions exercées par la communauté internationale et a annoncé, en 2010, l’élection présidentielle », soutient-elle sans mesure. Pourtant, c’est le refus des rebelles de désarmer qui a fait traîner ces élections. C’est écrit noir sur blanc dans l’Accord de Ouaga.

Ça, Bensouda ne le dit pas. Elle s’érige même en analyste politique de la situation ivoirienne, soutenant que Ouattara était le favori de l’élection présidentielle de 2010.

Aucun sondage par exemple pour étayer son propos là où on attend plutôt d’elle un travail d’investigation minutieux et de prouver les charges qu’elle colle aux accusés. Cela n’est pas étonnant : ce sont les thèses répétées par le camp Ouattara qui ont principalement servi de bréviaire à son travail d’enquêtes sur le terrain. «Gbagbo avait le soutien de «La Majorité Présidentielle» («LMP »), une alliance entre son Front Populaire Ivoirien (« FPI ») et d’autres partis politiques, mais Ouattara, fort de l’appui du PDCI et des autres partis politiques du RHDP, devenait le favori pour gagner l’élection», commente dangereusement Bensouda. « Gbagbo a alors mis en oeuvre le Plan commun afin de rester au pouvoir en utilisant la violence contre les militants de Ouattara et des civils perçus comme soutenant l’opposition », poursuit-elle.

Alors qu’on se souvient que pendant la crise postélectorale, les violences dans la ville d’Abidjan ont été déclenchées par le commando invisible pro-Ouattara dont le Procureur ne parle même pas. Pourtant,l’actuel ministre du pétrole et de l’énergie Adama Toungara soutenait en 2011 que Guillaume Soro, actuel président de l’Assemblée nationale et patron officiel de la rébellion ivoirienne de 2002 était le «père» du commando invisible. Cette milice inféodée au pouvoir actuel sévissait notamment à Abobo et avait engendré un exode massif des populations vers d’autres communes ou hors d’Abidjan.

Les propos et slogans de campagne de Gbagbo dévoyés

Ce Document consacré à Blé Goudé revient longuement sur Gbagbo.

On croirait relire le DCC concocté contre Gbagbo à quelques exceptions près. «Dès l’accession de Laurent Gbagbo (« Gbagbo ») à la Présidence de la Côte d’Ivoire en octobre 2000, il a eu pour objectif de se maintenir au pouvoir (…) Dans les années suivantes,sachant une élection présidentielle inévitable,Blé Goudé, Gbagbo et l’entourage immédiat de ce dernier ont,conjointement, conçu et mis en oeuvre un Plan commun en vue de le maintenir à la Présidence par tous les moyens (…) Au plus tard le 27 novembre 2010, la mise en oeuvre du Plan commun a évolué pour inclure une politique d’État ou organisationnelle qui avait pour but une attaque généralisée et systématique contre les civils considérés comme soutenant Ouattara », affirme Fatou Bensouda en introduction de son Document de 127 pages. Les preuves pour soutenir ce plan commun ?

Bensouda soutient que Gbagbo a déclaré (c’était dans une interview à Jeune Afrique) avant la tenue de l’élection de 2010, «Je ne serai pas battu. J’y suis, j’y reste» ou encore que le slogan de sa campagne était «[o]n gagne ou on gagne». «Ce qui signifiait que ses partisans n’accepteraient pas qu’un autre candidat soit élu à sa place. Pour certains, ce slogan électoral signifiait que Gbagbo et son entourage immédiat avaient l’intention d’utiliser tous les moyens qui seraient nécessaires pour maintenir Gbagbo au pouvoir. Son camp avait également un autre slogan inventé par Blé Goudé : «Il n’y a rien en face. C’est maïs». D’après des témoins, cela signifiait qu’il n’y avait pas d’autre candidat que Gbagbo aux présidentielles», argumente faussement le Procureur.

Ces propos et slogans de campagne n’avaient qu’un seul but : mobiliser les militants et sympathisants de Gbagbo pour cette élection. Il ne s’agissait aucunement d’un plan commun mis en place comme le prétend le Procureur. Bien évidemment,Fatou Bensouda a fondé l’essentiel de son travail sur les thèses relayées par le camp Ouattara et les coupures de presse des journaux qui lui sont proches.

Aucune preuve tangible donc. Juste des allégations. Plus ridicule, à la fin de son document, le Procureur présente des schémas caricaturaux, qui montreraient les acteurs de ce plan commun, dont l’un présente la « Structure formelle des FDS » et l’autre la «Structure parallèle au sein des FDS » et enfin un « organigramme de la galaxie patriotique ».Mais Bensouda persiste dans ses contradictions.«En février 2007, profitant du dialogue direct initié par Gbagbo avec les Forces Nouvelles, Blé Goudé entreprend une vaste campagne de réconciliation nationale à travers la « caravane de la paix ». Pendant près de trois mois, Blé Goudé accompagné de leaders communautaires et politiques,sillonne le pays y compris les zones sous contrôle des Forces Nouvelles et diffuse des messages de paix et de réconciliation », explique le Procureur. D’abord, comment Gbagbo qui voulait se maintenir au pouvoir,initie-t-il de son propre chef, un dialogue direct avec la rébellion qui le combat en vue de l’organisation des futures élections ?

Comment Blé Goudé que Bensouda noircit tout au long de son Document sillonne-t-il volontairement toute la Côte d’Ivoire en compagnie des rebelles pour parler de paix?

Les tueries de Duékoué évitées par le Procureur En réalité, la lutte menée par Charles Blé Goudé s’est essentiellement focalisée sur les appels à la mobilisation pour des manifestations et des grands rassemblements aux mains nues de milliers voire des millions de jeunes pour faire face à la rébellion armée que le Procureur appelle cyniquement ‘’les forces dites « rebelles »’’ et refuse d’assumer cette appellation en mettant le mot toujours entre guillemets. Et ce,jusqu’aux élections présidentielles de 2010 puisque les rebelles n’ont pas déposé les armes jusqu’à cette échéance. Le Procureur le reconnait d’ailleurs : « Suite à ce coup d’État manqué de septembre 2002, Blé Goudé revient en Côte d’Ivoire. La scission du pays par les « rebelles » sert de déclencheur au nouveau combat de Blé Goudé – la lutte contre-insurrectionnelle ». « Par son charisme et ses qualités d’orateur, il galvanisait des milliers de personnes par ses seuls discours », poursuit-il dans son Document.

Charles Blé Goudé, que le Bureau du Procureur accuse d’être « co-auteur indirect » de 38 incidents, y compris cinq incidents pour lesquels il aurait engagé sa responsabilité pénale, s’est globalement battu,à travers l’Alliance des jeunes patriotes,pour faire barrage à la rébellion armée.«L’Alliance est créée en réaction à ce que Blé Goudé qualifie de « spectre de la rébellion en Afrique » et a comme objectif de mobiliser les populations afin de faire échec à la rébellion », fait remarquer Bensouda. C’est le début des grands rassemblements patriotiques qui ont commencé le 2 octobre 2002.

Dans son parti pris au profit du camp de l’actuel chef de l’Etat, Fatou Bensouda soutient qu’entre le 27 novembre 2010 et le 8 mai 2011, les forces pro-Gbagbo ont attaqué les civils considérés comme partisans de Ouattara à Abidjan et dans certaines localités de l’Ouest du pays. Elle évite toutefois d’évoquer les charniers du quartier Carrefour de Duékoué (les pires tueries de cette crise postélectorale) commis par les forces pro-Ouattara qui ont fait près de 1000 morts seulement les 28 et 29 mars 2011.

Par Anderson Diédri

Source : Le Nouveau Courrier

 

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