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Entretien à JA: Les propos d’Alassane Ouattara sur son éventuelle candidature à la présidentielle de 2020

Les propos d’Alassane Ouattara sur son éventuelle candidature à la présidentielle de 2020 ont fait l’effet d’une bombe.

Au sein de la classe politique et même en dehors, beaucoup en sont à s’interroger sur les vraies intentions du chef de l’État, surtout sur sa stratégie. Il est possible d’analyser la sortie d’Alassane Ouattara à deux niveaux.

Le premier niveau d’analyse est de penser que l’ancien Premier ministre de Félix Houphouët-Boigny, contrairement à ce qu’il suggère dans son interview à Jeune Afrique, ne sera pas candidat à la présidentielle de 2020. Cette interprétation suppose qu’Alassane Ouattara est parfaitement conscient des risques possibles que ferait planer sur le pays, son maintien au pouvoir au-delà de ses deux mandats. Cela suppose que le chef de l’État a tiré les leçons d’un passé récent et qu’il sait que ses compatriotes attendent, impatiemment, un fait inédit dans le pays : le passage de témoin entre un président sortant et un nouveau président élu.

On peut croire, en considérant cette première hypothèse, que l’allié de Henri Konan Bédié n’a rien oublié de ses professions foi, qu’il reste, nonobstant les apparences, dans la dynamique d’un retrait de la Présidence de la République au terme de son deuxième mandat. La déclaration d’Alassane Ouattara serait alors purement stratégique. Le chef de l’État ne sera pas candidat à sa succession, mais, en laissant croire le contraire, il espère ne pas précipiter la guerre de succession dans son propre camp. Son intention serait d’amener collaborateurs et partisans à se concentrer sur la gestion des affaires, et répondre aux préoccupations quotidiennes des Ivoiriens, plutôt que de verser dans des querelles de positionnement dans la perspective de 2020. Le moment venu, très certainement, M. Ouattara annoncera clairement sa décision de ne pas rempiler.

Ce premier niveau d’analyse se heurte, toutefois, à quelques vérités. En affirmant que la nouvelle Constitution l’autorise à faire deux autres mandats à partir de 2020, Alassane Ouattara fait peser sur sa personne, une forte présomption. Il nous amène à croire que, quand bien même il ait défendu à l’époque une position contraire, sa véritable intention en introduisant une nouvelle Constitution était de s’aménager la possibilité de faire un troisième, voire un quatrième mandat. En octobre 2016, en pleine campagne référendaire dans la ville de Bouaké, et devant les soupçons qui le visaient, Alassane Ouattara donnait cette assurance : « Le président Bédié et moi avons pour ambition, en 2020, de transférer le pouvoir à une nouvelle génération » (in Fraternité Matin du vendredi 28 octobre 2016).

Que moins de deux ans après cette sortie, le chef de l’État tienne un discours nouveau, en invoquant la « paix » et la « stabilité », nourrit forcément des inquiétudes. Ses propos à Jeune Afrique ne peuvent être que difficilement entendus comme relevant d’une pure stratégie de diversion. D’abord, parce qu’il ne rassure pas ses propres partenaires du Rassemblement des Houphouetistes pour la démocratie et la paix, en particulier le Pdci, ensuite, parce qu’il offre à ses compatriotes l’image dégradée du dirigeant africain qui veut se maintenir indéfiniment au pouvoir.

Si, comme voudrait croire une partie de l’opinion, l’astuce d’Alassane Ouattara est de détourner l’attention de la présidentielle de 2020, et focaliser les efforts sur le présent, alors sa communication laisse entrevoir quelques failles.

 

 

linfodrome.com

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