09222017Headline:

Exclusivité / Education nationale ivoirienne- Baisse des moyennes de passage en classe supérieure, parents divisés

L’école ivoirienne en ses cycles primaire et secondaire connaîtra de grands bouleversements avec les modalités de passage en classe supérieure. En exclusivité Politikafrique. lève le voile.

Selon les dispositions transitoires portant modalité de passage en classe supérieure dans l’enseignement primaire et secondaire pour l’année 2016-2017, les élèves en classe de CP1, CE1 et CM1 passent automatiquement en classe supérieure.

Pour les classes de CP2 et CE2, l’élève passe en classe supérieure si sa moyenne  générale annuelle (MGA) est supérieure ou égale à 4/10. Si cette note annuelle est inférieure à 4/10, l’élève redouble.

Dans l’enseignement secondaire, de la 6ème à la 3ème  la MGA minimale pour accéder en classe supérieure est 9/20. Si la moyenne de l’élève est comprise entre 7/20 et 8,99/20, l’élève redouble. Si la moyenne est inférieure à 7/20, l’élève est exclu, sauf cas d’exception.

Toutes ces réformes doivent désormais s’imbriquer dans l’esprit de tout ivoirien. Ndja Kolé, proviseur du Lycée Djédjé Amondji d’Adjamé se prononce, interrogé sur la question par Politikafrique.info, soutient que, pour l’heure, les enseignants, élèves et parents d’élèves s’accrochent aux anciennes dispositions d’évaluation. « Hier, j’étais à la Dren, la Direction régionale de l’enseignement nationale. Cela n’a pas été au menu des discussions. Mais, dans notre esprit, nous enseignants et  dans l’entendement des élèves, il faut toujours avoir 10 sur 20 de moyenne au minimum pour aller en classe supérieure. C’est comme une balise déjà installée… Sinon, les moyennes inférieures à 10 sont rares. » Un enseignant, sous couvert d’anonymat, soutient l’avis du proviseur, indiquant que « Si vous faites 20 divisé par 2 vous trouverez 10. Vu de cette manière, chaque enseignant et chaque apprenant, se donne singulièrement les moyens pour progresser dans les études », renchérit le professeur.

Le président de l’Unapeeci, Union nationale des parents d’élèves et étudiants de Côte d’Ivoire, Capitaine Aka Tanoh Edouard rencontré le 10 avril 2017 par politikafrique.info à son bureau à Treichville, en réunion avec M. Séka, le président du Cnapelci, Conseil national des parents d’élèves de l’enseignement laïc de Côte d’Ivoire ont bien voulu donner leurs avis sur la réforme à venir.

« A ma connaissance, nous n’avons pas eu de représentants à la décision de ces nouveaux barèmes. Mais, aujourd’hui, renvoyer un enfant à bas âge de l’école, n’a plus son sens. Nous sommes à une époque où la technologie montre une nouvelle génération d’élèves pour l’apprentissage. Donc, casser les moyennes pour aider les écoliers, collégiens et lycéens  à passer en classe supérieure, je suis d’accord », défend Tanoh Aka. « De notre position, il faut être regardant, objectif et faire confiance aux techniciens du ministère. Ils s’y connaissent et travaillent à s’allier aux temps nouveaux, pour le meilleur» justifie-t-il.

Le Directeur de cabinet du Ministre Kandia Camara, Kabran Assoumou, aborde quelque peu le sujet avant de nous orienter vers le Directeur de la pédagogie et de la Formation Continue(DPFC), Silué Nanzouan.

Pour le Directeur de Cabinet,  «  Quand on dit 4/10, cela choque. Mais, ce n’est pas pour encourager la médiocrité. Les classes de CP1 et CE1 sont dites de niveau. Celles de CP2 et de CE2, sont des classes de renforcement. Il ne faut donc pas boucher les tuyaux. Sachez que les redoublements coûtent à l’Etat ivoirien 87 milliards de FCFA par an. Et, le redoublement empêche certains élèves à avoir des places dans les écoles », explique Kabran Assoumou.

Quant à M. Silué Nanzouan, premier responsable de la DPFC, indique que « Pour bien comprendre ce texte de modalités de passage en classe supérieure,  il faut revoir la Nouvelle Constitution de Côte d’Ivoire et la  nouvelle loi sur l’école ivoirienne datée de septembre 2015. Dans notre pays, l’école est obligatoire de 6 ans à 16 ans. Et, aucun élève ne peut être sorti du système éducatif normal et technique.  C’est  aussi, une justification des cours du mercredi  qui vise à combler les lacunes et mettre en phase l’enseignant et ses élèves, parce que le temps permet de mieux apprendre.  Ainsi, 90%  du temps d’apprentissage est reparti en 50% pour le français, 40% pour les sciences, les Mathématiques et 10% pour les autres disciplines. Pour cela, 2/3  des enseignants ont été formés sur les méthodes pédagogiques. De notre temps et cela continuera, c’est tout un dispositif pédagogique qui est mis en amont » développe le directeur.

Il situe les enjeux. « Nous voulons aboutir à une notation standard. En Suède, en Amérique, il n y a pas de note d’évaluation. Ce sont des lettres  de précision de la valeur du travail accompli par l’apprenant. Aussi,  en France, comme en Côte d’Ivoire, c’est cette année que les cours du mercredi ont été instaurés. Sauf que, c’est sur la durée que nous percevrons les résultats », fait savoir Silué Nanzouan.

Les nouvelles moyennes de passage en classe supérieure peuvent créer la polémique. Pourtant, pour les personnes contactées, placées en première ligne de l’administration, de la pédagogie ainsi que les parents d’élèves, sont optimistes sur la portée de cette réforme. Qu’en sera-t-il du niveau général de l’enfant dans un contexte de baisse décriée du niveau des apprenants?

Sur la question, quelques parents d’élèves interrogés par Politikafrique.info ne partagent pas la vision de réforme à la baisse des moyennes de passage en classe supérieure. Vazoumana Koné de Divo dit comprendre « pourquoi nos diplômes ne valent rien hors du pays. Je pense que le ministre devrait plutôt se pencher sur l’amélioration de la bonne gouvernance en milieu éducative ». « Le problème éducatif n’est pas de faire passer les élèves en classe supérieure.Que fait-on déjà de toutes ces intelligences qui périssent dans la rue? «  interroge Vazoumana Koné.

« Pour moi, cette reforme contribuera à baisser davantage le niveau des apprenants. Un  élève qui sort de ce système aura un niveau très bas. Je dirai qu’il sera déformé et constituera un danger pour lui-même et pour la société » s’inquiète Samuel Konan à Yamoussoukro. Poursuivant, il fait savoir que « Selon une étude de la Banque mondiale, pour qu’un enfant sache lire correctement et de façon irréversible, il faut qu’il ait le niveau 3e. Mais, un enfant qui évolue avec 4/10 jusqu’au CM2 et ensuite 9/20 jusqu’en 3e aura quel niveau ? Quel acteur de développement pourrons-nous formé avec ces moyennes ? C’est pathétique pour notre système éducatif » se désole Samuel Konan.

Valérie Diby, secrétaire dans une entreprise à Man abonde dans ce sens. « En tout cas, je ne suis même pas d’accord pour cette décision car cela amènera les enfants à ne pas fournir assez d’efforts » assure-t-elle.

« Pour être franc, toutes ces reformes concourent à la baisse du niveau des apprenants mais les décideurs, sans une véritable réflexion, continuent de reformer. On ne change pas pour  changer. C’est une mesure qui a été décidée l’an passée. Mais son application n’était pas possible car nous étions quasiment en fin d’année! » indique un enseignant, syndicaliste sous le sceau de l’anonymat.

La mesure rentrera en vigueur à la rentrée 2017-2018. Bien avant, il faudrait une intense communication en direction des élèves, des parents et des enseignants pour éviter des incompréhensions comme sur les cours de mercredi qui ont conduit à des grèves et bras de fer.

Moïse ACHIRO.
Source : Politikafrique

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