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Fanny Pigeaud “il ya des centaines de prisonniers politiques dont 200 sont introuvables en Côte-d’Ivoire”

prisonier politique

De nombreux rapports et témoignages indiquent qu’il y aurait aujourd’hui près de 470 détenus d’opinion en Côte-d’Ivoire, dont plus de 200 sont introuvables. Les autorités démentent, ne reconnaissant que des prisonniers de droit commun.

Selon ses proches, Assoa Adou, 70 ans, « a bon moral et lit beaucoup ». Grande figure de la gauche ivoirienne, ce médecin et ancien ministre proche de l’ex-président Laurent Gbagbo est pourtant en prison depuis janvier 2015 en Côte-d’Ivoire. Motif : « atteinte à la sûreté de l’État ». Il n’a pas été jugé. Sa famille n’a pas de nouvelles récentes de son dossier et attend que la justice décide s’il y aura un procès ou non. Il est détenu au « camp pénal » de Bouaké, à 350 km d’Abidjan où résident les siens. De nombreuses voix syndicales, politiques, associatives considèrent qu’il est un « prisonnier politique » : tout indique que sa détention n’est pas motivée par des faits réels mais par des raisons politiques.

Assoa Adou n’est pas le seul dans ce cas : d’après le décompte du parti de Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI, socialiste), jugé crédible par des observateurs de la société civile, il y avait, en mars 2016, 241 détenus d’opinion dans les prisons en Côte-d’Ivoire. Il y en a eu beaucoup plus, mais les autorités ont procédé à plus de 300 libérations depuis 2014 dans le cadre d’accords passés avec une partie de l’opposition et après des pressions internationales.

Ces détenus sont aussi appelés « prisonniers de la crise postélectorale » : une grande partie d’entre eux sont emprisonnés depuis avril 2011, date de fin de la crise politico-militaire qui a opposé Gbagbo à l’actuel président Alassane Ouattara. La formule « prisonniers pro-Gbagbo » est également utilisée, puisqu’il s’agit de proches de l’ancien président, de membres et de sympathisants avérés ou présumés du FPI. « Beaucoup de questions posées à ces prisonniers par ceux qui les ont arrêtés en 2011 tournaient autour de leur vote lors de l’élection présidentielle : ils leur demandaient pour qui ils avaient voté, pourquoi ils avaient voté pour Gbagbo », raconte un membre d’une association de la société civile.

Les autorités ivoiriennes contestent en bloc. Le ministre de la justice a affirmé à plusieurs reprises : « Il n’y a aucun prisonnier politique en Côte-d’Ivoire ». « Je défie quiconque de prouver le contraire », a-t-il dit début 2016. Le 1er mai 2016, Ouattara a lui-même manifesté publiquement son agacement : il faut que « cette intoxication » cesse, a-t-il lancé. Il a assuré : « Il n’y a plus de prisonniers de la crise postélectorale dans les prisons. […] Nous définissons la crise postélectorale comme ayant pris fin à l’occasion de ma prestation de serment en mai 2011. Toutes les personnes arrêtées dans ce cadre, à l’exception de trois ou quatre pour lesquelles il y a des crimes graves, ont été libérées. » Mais le président ivoirien a été contredit peu après par l’Église catholique : le 22 mai, le porte-parole des évêques ivoiriens a plaidé pour la « libération des prisonniers de la crise postélectorale de 2011 ».

Couverture d’un rapport d’Amnesty International en 2013

Si la majorité des prisonniers politiques est embastillée depuis 2011, d’autres ont été, comme Assoa Adou, arrêtés bien après. Des dizaines de jeunes ont été mis en prison à partir d’août 2012, à la suite d’attaques, aux contours flous, contre la nouvelle armée créée par Ouattara. Amnesty International a parlé d’« arrestations motivées par des considérations politiques ». Des cadres du FPI ont été aussi mis derrière les barreaux en mai 2015 : deux ex-ministres, Sébastien Dano Djédjé et Hubert Oulaye, et un responsable de la jeunesse du FPI, Justin Koua, ont été arrêtés, après avoir organisé un événement interne au FPI concernant la nomination de Gbagbo à la présidence du parti – en proie à des luttes internes depuis que Gbagbo est au centre de détention de la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye. En septembre 2015, des gardes pénitentiaires ont été à leur tour emprisonnés pour avoir prévenu la famille de Dano Djédjé que ce dernier était gravement malade.

eburnienews

mediapart.fr

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