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Forte présence des étrangers en Côte d’Ivoire, Bédié menacé d’ être arrêté : voici ce que dit la loi

Le juriste et politologue Geoffroy-Julien Kouao a répondu, par courriel, à nos questions relatives aux propos du président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), Henri Konan Bédié, et à la résurgence du débat sur la nationalité.

Les récents propos du président du Pdci-Rda, Henri Konan Bédié, ont donné lieu à une réaction du gouvernement qui, dans un communiqué, rappelle que « le racisme, la xénophobie, le tribalisme et la discrimination raciale ou religieuse sont constitutifs d’infractions prévues et punies par la loi pénale. » Peut-on envisager que le président du Pdci-Rda, un ancien président de la République, soit entendu sur ses récentes déclarations ? D’aucuns prétextent qu’il pourrait être arrêté ? Que dit la loi ?

M. Bédié, président du Pdci-Rda et ancien président de la République, pénalement, ne bénéficie pas d’un statut spécial. Les propos par lui tenus ne l’ont pas été dans l’exercice de ses fonctions de président de la République (1993-1999). De ce qui précède, il est justiciable comme tout citoyen ivoirien, tout au plus, il pourra bénéficier d’un privilège de procédure, c’est-à-dire, en cas de besoin, il ne sera entendu, interrogé comme un délinquant ordinaire.

Les propos du président du Pdci-Rda sur l’orpaillage clandestin et la fraude sur la nationalité divisent la classe politique et les Ivoiriens. Il y a d’un côté, ceux qui condamnent la sortie de M. Bédié ; de l’autre côté, ceux qui appellent à ouvrir le débat sur des sujets importants. Que dites-vous ?

M. Bédié est le président du Pdci-Rda, parti politique qui se réclame du centre-droit qui a pour socle idéologique la protection des intérêts nationaux. C’est dans cette dynamique politique que se situent les propos de M. Bédié. Evidemment, en politique, toute action appelle une réaction. On comprend alors les sorties médiatiques du Rhdp et du gouvernement pour démentir les affirmations du parti septuagénaire. Je pense que pour ne pas éluder cette question importante qui enflamme les réseaux sociaux, il faut l’élucider par des débats publics contradictoires entre le président du Pdci et le chef du gouvernement ou celui du Rhdp. Ce serait tant mieux pour notre démocratie. Dans tous les cas de figures, la question de l’exploitation minière artisanale est juridiquement encadrée par le code minier du 24 mars 2014. Les articles 53 et suivants de ce code disposent que l’autorisation d’exploitation minière artisanale ou semi-industrielle est accordée aux seules personnes physiques de nationalité ivoirienne. De ce qui précède, il n’y a pas de débats. Dans l’espèce évoquée par le patron du Pdci-Rda, il s’agit de l’exploitation clandestine, donc une activité illégale dont le régime juridique est l’interdiction et la répression. Il appartient donc à l’administration de veiller à l’application effective des lois que nous sommes librement données.

Par ailleurs, la préférence nationale est une idéologie politique. En France, par exemple, la première force politique, le Rassemblement national est pour la préférence nationale. La question des étrangers en Côte d’Ivoire ne doit pas être un sujet tabou. Dans une démocratie républicaine, il n’y a pas de sujets tabous. Le problème est de savoir si nous avons les instruments et les aptitudes démocratiques nécessaires pour aborder de telles questions pour en faire une dynamique de développement. La qualité de notre personnel politique et l’absence de débats publics contradictoires me laissent sceptique.

Avant la polémique sur la sortie du président Henri Konan Bédié, il y eut une controverse sur la nationalité de la nouvelle reine de la beauté ivoirienne, Miss Tara Gueye. D’aucuns redoutent un retour en force de l’ivoirité avec ses dérives. Ceux-là ont-ils raison ?

Non je ne pense pas qu’ils aient raison. L’ivoirité n’est pas une faute politique encore moins une erreur idéologique. Elle met l’accent sur la préférence nationale. C’est tout. Le problème, c’est que notre démocratie n’est pas assez forte pour porter et construire qualitativement le débat public. Personnellement, je pense que l’étranger, ce n’est pas le mal, c’est un atout, un avantage. Nous pouvons faire de l’intégration des étrangers une dynamique de développement. C’est ma position. Cependant, je comprends que des personnes et des forces politiques ou sociales aient des opinions contraires. Les débats publics contradictoires organisés régulièrement par la presse publique et privée devraient permettre aux citoyens d’avoir une idée claire des différentes opinions politiques et de les départager dans les urnes le moment venu. La démocratie est simple.

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