11242017Headline:

FPI: Lettre ouverte de Richard Dacouri à AFFI Nguessan

affi

Monsieur le président, je vous écris cette lettre par presse interposée parce que toutes mes tentatives pour échanger avec vous en privé sont restées vaines. J’ai pris un temps de réflexion avant de me décider à écrire cette lettre pour ne pas trahir ma Conscience et la mémoire de l’histoire.
En effet, le congrès du FPI prévu pour les 11, 12, 13 et 14 décembre 2014 s’annonce très mouvementé eu égard à l’atmosphère pré-congrès qui est très inquiétante.
Ce congrès à la sauce élective, se trouve au carrefour de l’histoire de notre lutte commune pour la démocratie et la liberté dans notre pays.
A cette occasion, il me paraît impérieux que nous nous interrogions sur le pilotage du navire et de la direction à prendre dans une visibilité rassurante.
Cher camarade, la marche d’un combat politique aussi noble que le notre, mérite qu’un bilan à mi-parcours soit fait, afin qu’il serve de repère de réflexions pour éviter que nous nous aventurions dans des champs d’erreurs.

Je voudrais donc saisir l’opportunité que m’offre les derniers développements de l’actualité politique de notre pays, qui cristallise l’opinion nationale et internationale sur la candidature du président Laurent Gbagbo et la votre à la présidence du parti, pour me prononcer sur certaines questions qui me paraissent fondamentales.
Je n’ai pas l’intention ou la prétention dans cette lettre de faire un bilan exhaustif à mi-parcours de votre pilotage, mais je ne saurai me soustraire au débat qui suscite des polémiques au sein du parti du président Laurent Gbagbo pour qui nous payons un lourd tribut, du fait de notre attachement à sa vision politique salvatrice auréolée de non violence pour la résurrection de notre AFRIQUE paralysée dont les béquilles ont été brisées par les vautours et rapaces affamés et insatiables.
Je m’exercerai dans cette analyse à faire un petit inventaire de votre gestion à la tête du FPI qui est la faîtière de ce vaste mouvement pro-Gbagbo après votre sortie de prison.
Au delà de la subtilité du discours dans le champ sablonneux des intempéries politiques où la variabilité du langage s’accommode de calculs politiciens, il me plaît de relever deux actes majeurs de votre démarche qui ne m’ont pas laissé indifférent et qui laissent transparaitre le sentiment d’un désamour pour la cause commune ; c’est-à-dire la libération du président Gbagbo.
La création d’un secrétariat chargé de la libération de notre leader et le dépôt de votre candidature nonobstant celle du « woudy » de Mama sont deux actes forts qui achèvent de nous convaincre sur la dichotomie axiale de votre action politique en faveur de l’icône pour l’indépendance vraie de notre belle et très Afrique.

Mon premier axe de réflexion va porter sur la création du poste de secrétaire chargé de mener des actions en faveur de la libération du président.
A première vue, les non initiés à la compréhension des évènements politiques se satisferont de cette « machine » et la glorifieront comme un acte salutaire et sincère pour la réussite du combat.
En réalité, ce poste que vous avez mis en place est une fuite en avant et un abandon subtile et définitif du combat pour la libération de notre champion.
Je ne mets pas en doute les qualités intellectuelle et militante de madame la présidente Agoh Marthe dont je salue d’ailleurs la pugnacité, la détermination et la fidélité à la vision commune, mais je refuse que cette dame puisse porter à elle seule le fardeau de cette lutte en lui confiant un véhicule sans moteur.
Le fait de lui confier cette tâche accablante est visiblement le fruit de votre désintéressement au noble combat que mènent les intellectuels, les patriotes et les panafricanistes amoureux de notre cause.
A travers cet acte qui est très explicite, vous nous dites que ce combat appartient désormais à madame Agoh Marthe et que toute la direction du parti ( moteur de la lutte) y compris vous, avez d’autres préoccupations inscrites dans votre agenda secret à exécuter.
Quel bon débarras !
Dire le contraire serait une antinomie à « l’intelligence expériencée » des faits que l’histoire met à notre disposition.
Pour mieux illustrer mon propos, je voudrais vous inviter à jeter un regard rétrospectif dans la vie militante de grandes figures qui ont marqué l’histoire de l’humanité et notre civilisation.
Après la crucifixion et la résurrection du seigneur JESUS, les disciples conduit par l’apôtre Pierre ont reçu pour mission de la part de leur maitre, de proclamer son nom et le royaume des cieux afin que toute la gloire revienne au père céleste, créateur du ciel et de la terre.
Dans le livre des actes des apôtres,(actes 5 verset 28 à 32) le « sanhédrin » qui est la cour de justice des Juifs fit convoquer les apôtres pour expressement leur interdire de prêcher au nom de JESUS et de ne pas le présenter comme le sacrifice expiatoire et propitiatoire de toute l’humanité.
La réponse à cette injonction a été cinglante et sans tremblement.
Pierre s’adressant au « sanhédrin » dit en substance qu’il faut obéir à DIEU plutôt qu’aux hommes.
En dépit des menaces et des sévisses corporelles qu’ils ont subies, ils n’ont pas faibli dans leur mission d’évangélisation pour le salut des Hommes et l’éclatement de la vérité divine.
Les disciples du Christ sont restés constants dans la vision du seigneur et aujourd’hui son nom est célébré dans tout le monde entier.
Pour revenir aux luttes émancipatrices des peuples, Nelson Madiba Mandela bien que n’étant pas à la tête de l’ANC, a acquis une légitimité et une notoriété du fait de son charisme et de son éloquence qui l’ont imposé comme leader incontesté et incontestable de cette organisation politique.
Pendant les moments de braise, le nom de Mandela qui rimait avec terrorisme ne faisait pas partie des priorités des occidentaux et du régime raciste des années tristes et sombres de l’Afrique du sud.
Malgré toutes les salissures dont il a été objet dans le but de l’éloigner de son peuple et de ses camarades de lutte, toute la classe politique à l’intérieur et l’extérieur du pays, c’est-à-dire, toute la puissante machine de l’ANC s’est mobilisée comme un seul Homme pour demander et exiger la libération de Mandela et de tous les autres prisonniers politiques.
La mobilisation pour sa cause qui est imbriquée à celle de son peuple est restée insubmersible par la force inextinguible de la détermination de toutes les forces vives sud africaines et de tout le continent noir.
La bataille a été rude mais le peuple noir n’a pas démordu et baissé les bras ; bien au contraire, ils ont réussi à l’imposer comme leur leader et digne porte-voix.
Ceux qui se battaient dehors ne l’ont point renié dans le combat.
Et c’est à juste titre que le nom de Mandela a fait le tour du monde à travers des chansons d’artistes de renom.
Vingt sept ans plus tard, ces tortionnaires d’hier s’étant aperçu de sa force de mobilisation malgré son incarcération, seront alors obligés de discuter avec lui pour faciliter la réconciliation du peuple sud africains sans exclusion.
Les luttes émancipatrices des peuples ne présentent certes pas les mêmes caractéristiques, mais comme des branches, elles sont greffées à l’arbre de l’espoir et produisent en commun le fruit de la douleur.
Il est vrai que l’Afrique du Sud n’a pas la même histoire que notre pays, mais les deux peuples poursuivent en commun dans leur combat, les délices sublimes de la liberté et de la dignité de l’homme noir.
Je m’arrêterai sur cette référence historique pour vous dire monsieur le président que le combat pour la libération du président Gbagbo doit être inscrit en lettre d’or de la mission qui vous a été confiée par les militants.
Il est primordial et vital que toute la direction du parti se joigne aux militants, aux patriotes, aux associations et organisations panafricaines avec à sa tête le premier responsable du parti pour emboucher la trompette du combat dans une action concertée.
La pénibilité de la mission commande que ce projet aussi exaltant bénéficie de l’apport de tous.
Hélas !
Mon deuxième axe de réflexion porte sur votre candidature
Camarade président, je voudrais attirer votre attention sur le climat qui prévaut actuellement et qui projette l’image d’un parti aux abois au grand plaisir de nos adversaires impénitents et à notre désavantage.
Il est juste de dire que l’exercice de la démocratie passe inéluctablement par l’expression du vote afin de lui donner ses lettres de noblesse ; toutefois, la recherche du suffrage qui nous y conduit ( c’est-à-dire le vote) doit être revêtue de l’éthique politique.
A ce jour, le comité de contrôle a enregistré deux candidatures ; celle du président Laurent Gbagbo et la votre qui alimentent et secouent en ce moment la maison bleue.
Certains de vos camarades ont décidé de porter la candidature de notre icône à la présidence du FPI pour l’impliquer davantage dans le processus de réconciliation.
La question est de savoir si le père fondateur du parti donne son accord à ses camarades qui le sollicitent à briguer sa présidence.
Vous êtes sans ignorer que le célèbre prisonnier de la Haye ne peut expressément et officiellement annoncer sa candidature.
La seule voie crédible qui s’offre à lui est celle de son conseil qui est habilité à parler en son nom et pour son compte.
A cet effet, Maître Altit a affirmé dans une déclaration récente que la candidature du président Gbagbo à la tête du parti était une bonne chose et qu’elle confirmait qu’il est un acteur important dans le processus de réconciliation nationale.
La limpidité de cette déclaration ne souffre d’aucune ambiguïté quant à sa volonté à diriger la maison bleue.
Camarade président, vous avez manqué de sens de responsabilité dans la crise qui secoue actuellement le parti.
En tant que leader, vous auriez dû faire preuve d’anticipation préventive dans une démarche de rapprochement plutôt que de laisser perdurer une polémique qui aurait pu être circonscrite par la finesse d’un échange constructif avec ceux qui ne partagent pas votre vision.
Pour vous rassurer sur la fiabilité de la candidature du chef, il aurait été sage d’envoyer une délégation auprès de lui pour comprendre ses réelles motivations.
L’homme politique français Jean Jaurès dans une de ses célèbres citations nous instruit suffisamment dans cet dicton : « c’est en allant vers la mer que le fleuve reste fidèle à sa source ».
Cette option à l’avantage de vous rassurer sur la sincérité et la stratégie de combat de notre leader et elle nous aurait ainsi permis de faire l’économie de tout ce « vuvuzellement » insupportable.
Cher camarade, dans toutes vos déclarations, vous annonciez avec assurance que le combat pour la libération de Gbagbo est une préoccupation majeur pour vous et que personne n’a le monopole de l’amour du chef.
A cet égard, je voudrais avec enthousiasme me satisfaire de cet amour et dire que rien ne devrait par conséquent vous opposer à ceux qui ont décidé d’adouber et d’accompagner sa candidature à ce congrès.
Camarade président, peut on pleurer que la famille du défunt ?
Est-il politiquement correct de vouloir affronter le président Gbagbo dans cet environnement politique exceptionnel ?
Pourriez-vous dans ces conditions de suspicion légitime ou illégitime convaincre la majorité des militants de la justesse de votre candidature face à Gbagbo pour qui vous disiez vous battre ?
La présidence du parti n’est-elle pas un tremplin pour lui dans les futures négociations ?
Si nous sommes d’accord sur la politisation juridique du procès du président, il serait politiquement altruiste de votre part de lui céder le fauteuil pour que sa défense soit dotée d’un appui politique.
Le contexte et les enjeux politiques de ce congrès méritent une analyse synoptique chargée de repère historique et détachée de tout égocentrisme.
En guise de conclusion, je voudrais vous inviter à une très bonne méditation intellectuelle, politique et spirituelle afin qu’elle aboutisse à issue heureuse de la crise pour le triomphe de notre cause.
Monsieur le président, l’avenir du parti est immanquablement subordonné à votre juste décision.
Veuillez agréer monsieur le président, l’expression de mon profond respect.

RICHARD DAKOURI
Exilé politique en Angleterre.

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