10212017Headline:

FRAGILE COTE D’IVOIRE/Michel Galy, politologue français fait une analyse de la situation actuelle du pays

Plus de cinq ans après le coup d’état ayant permis l’installation d’Alassane Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire, Michel Galy, politologue français, spécialiste de l’Afrique subsaharienne nous propose une analyse de la situation actuelle d’un pays qu’il caractérise de fragile.

Plus de cinq ans après l’intervention franco-onusienne en Côte d’ivoire (avril 2011), la mutinerie militaire vient rappeler à quel point le pays est divisé et fragile. Coup d’État, mouvement corporatiste, mutinerie? Un peu de tout cela à la fois, à ceci près que comme des récentes émeutes de Bouaké – à caractère plus civil et plus social (mouvement contre la cherté de la vie, notamment la hausse exponentielle des factures d’électricité) –, tout se passe à l’intérieur du camp Ouattara, l’actuel chef de l’État.

Les mutins, qui ont pris sans coup férir et sans mort d’hommes les principales villes du pays, y compris une partie d’Abidjan, réclament beaucoup, sans doute pour avoir moins : une villa et une «prime Ecomog» de 5 millions de francs CFA pour chaque soldat soit en tout 45 milliards de francs CFA… pour le moment! Et quelques avantages annexes: des loyers gratuits, un grade d’adjudant pour tous… Cette armée mexicaine est en principe dirigée par les ex « com-zones » de la rébellion pro Ouattara, souvent analphabètes et toujours plus intéressés par les prébendes et les trafics (à tel point que jusqu’ici la partie nord du pays est rackettée par eux et non soumise à l’autorité de l’Etat) que par le bien-être de leur soldatesque.

Le secret de polichinelle sécuritaire est hélas bien connu: la Côte d’Ivoire n’a plus d’armée. Ceux qui ont été formés (les ex FDS de l’armée officielle jusqu ‘en 2011) sont désarmés, ainsi d ailleurs que les policiers et les gendarmes, dont le régime se méfie, en fonction de leur fidélité supposée au président Laurent Gbagbo (aujourd’hui incarcéré à La Haye, et se défendant dans un interminable et controversé procès à la CPI).

On l’a bien vu pendant la mutinerie de Bouaké: à la fois dans l’expression et dans les pratiques, les anciens rebelles sont bien issus du lumpen proletariat à la fois urbain, du Nord ivoirien, des pays sahéliens en particulier du Burkina. Cette «mouvance mandingue» vient à la fois des déshérités urbains de la capitale, des sans terre du Nord, de jeunes aventureux sahéliens, parfois de délinquants ou marginaux de la sous-région: rien ne les incite, de par leurs itinéraires chaotiques, une fois les coups de feu interrompus, à former une armée régulière et disciplinée.

L’intervention militaire française 2011 a été facilité par un consensus mou, en France, entre une droite interventionniste et une gauche mollétiste se reflétant dans de nombreux médias «embarqués» comme disait Daniel Schneidermann dès 2004, dans un soutien à nos armes sans grand recul critique, et sans remise en cause rétrospective, comme cela a été le cas sur d’autres champs de bataille comme l’Irak ou la Libye.

Or les différentes «élections» aussi partielles que partiales, auraient du alerter de longue date sur la fragilité d’un régime, d’un pays profondément divisé, qui ne tient que par un appui militaire renforcé et une débauche d’aide financière sans grand contrôle. « Gagbo kafissa ! » disent ainsi spontanément les vendeuses d’Adjamé, quartier d’Abidjan pro Ouattara: «c’était mieux» sous le régime précédent, tellement le petit peuple s’est appauvri. Car quelle autre explication qu’une corruption massive de la Famille et des affidés, entre une croissance à deux chiffres basée sur l’appui extérieur ou un endettement faramineux, et le niveau de vie dégradé des populations dont les mutins, ex rebelles, ne sont au fond qu’ un exemple militaire?

«Qui t ‘a fait Roi ?» demandent explicitement les mutins? Les 8500 ex rebelles ne sont qu’une partie émergée des 12500 combattants, dont des chômeurs et des démobilisés précités qui partis du Burkina et du Nord de la Côte d’Ivoire ont porté le «pouvoir dyoula» (Malinkés de Ouattara qui, en guise de « rattrapage ethnique » (sic) trustent l’appareil d’Etat, accessoirement Sénoufo de son chef de guerre, Guillaume Soro). Ils ont été 20000 à demander les primes de démobilisation, et non formés, quelque part extérieurs à la nation ivoirienne, ils attendent du pouvoir actuel le bénéfice de l’insurrection: leur solde, en tout sens, de leur mercenariat.

Mais d’autres éléments permettent à l’observateur impartial de déconstruire aisément l’image d’«éléphant d’Afrique», d’une Côte d’Ivoire pacifiée et en pleine croissance, qu’entretient à grands frais le régime, vie de grandes agences de communication africaines et françaises comme la fameuse «Image7» à Paris.

Que font les 300 prisonniers politiques dans ce tableau à la Potemkine, pourrissant à petit feu, depuis plus de 5 ans sans jugement?

Michel Galy

moacinter.com

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