04242017Headline:

FRANC CFA / LA BALLE EST LANCE DANS LE CAMP DES CHEFS D’ETAT AFRICAINS, PLUS D’EXPLICATION….

 

Le président français sortant François Hollande a dernièrement déclaré que son pays reste ouvert à toutes les propositions des Etats membres de la « zone franc » relativement à l’avenir du franc CFA. La balle est donc désormais dans le camp des dirigeants des pays ayant en commun cette monnaie héritée de l’époque coloniale. Il reste à savoir si les chefs d’Etat concernés par la question oseront franchir le pas comme vient de le plaider le président burkinabé Roch Marc Christian Kaboré pour qui, le retrait du FCFA pour une monnaie commune permettrait, par exemple, aux pays de la CEDEAO de réaffirmer leur indépendance.

« C’est un gros défi lancé aux présidents de réfléchir pour qu’ensemble nous puissions avoir une monnaie ». Ces mots prononcés vendredi 17 mars dernier à Casablanca au Maroc par le président du Burkina Faso sonnent comme une réponse à l’annonce faite quelques jours plutôt par le président français sortant, lequel s’est dit « ouvert à toutes les propositions que les Etats membres de la zone pourraient formuler à cette occasion ».

Le contexte n’était certes pas le même, le président burkinabé intervenant en marge de la 5e édition du Forum international Afrique Développement (FIAD) où Roch Christian Kaboré était l’invité d’honneur, alors que François Hollande s’exprimait à l’occasion d’un entretien qu’il a eu, le mercredi 15 mars, avec son homologue ivoirien Alassane Dramane Ouattara.

Toutefois, en plein débat qui agite depuis quelques mois le continent sur l’avenir du franc CFA, les deux avis exprimés à quelques jours d’intervalle sont de nature à amplifier la polémique et surtout à mettre davantage de pression sur les dirigeants africains des pays membres de la « Zone franc » qui sont d’ailleurs régulièrement interpellé sur la question.

Kaboré favorable à l’«Eco» comme monnaie de la CEDEAO

Pour le président burkinabé, ce retrait du franc CFA en faveur d’une monnaie commune pour les pays membres de la CEDEAO, « permettra de réaffirmer notre indépendance, d’avoir une politique monétaire propre à nous et non pas attelée à une autre monnaie telle que l’euro ». Selon le quotidien burkinabé qui rapportait ces propos, le chef d’Etat burkinabé a estimé que « c’est un débat sur lequel il faut garder l’œil ouvert pour le faire à moyen terme ».  Roch Marc Christian Kaboré a toutefois émis des doutes sur la possibilité qu’une telle issue soit possible d’ici 2020, échéance que la CEDEAO avait, il y a plusieurs années, fixée comme date butoir pour l’adoption d’une monnaie unique et commune dans l’espace sous-régional ouest-africain. En rappel, c’est depuis les années 2000 que cette idée avait émergé au niveau de la CEDEAO avec la Déclaration d’Accra puis l’accord de Bamako de la même année, pour l’institution d’une monnaie unique, «l’ECO», qui sera commune aux 15 pays membres de la CEDEAO.

En mai 2009 et dans le cadre du même programme, le Conseil de convergence des ministres et gouverneurs de la Zone monétaire ouest-africaine (ZMAO) avait adopté, à l’issue de sa 24e session, une feuille de route globale pour la mise en place de l’Union monétaire de la CEDEAO à l’horizon 2020 avec parallèlement, l’établissement de la Banque centrale de la CEDEAO, ce qui ouvrira la voie à la mise en circulation de la monnaie unique. Sauf que depuis, et en dépit des réunions régulières du programme de coopération monétaire régional (la dernière en date s’est tenue du 3 au 10 février à Freetown en Sierra Leone) aucune avancée majeure n’a été enregistrée sur le terrain. D’ailleurs et selon l’agenda de la stratégie adoptée, l’union monétaire de la ZMAO devait être lancée en 2015 en commençant par les pays qui disposent de leurs propres monnaies (Gambie, Ghana, Guinée, Nigeria et Sierra Leone) auxquels viendront se greffer par la suite les 8 pays membres de l’UEMOA qui font partie de la Zone franc avec le CFA comme monnaie commune.

A l’heure actuelle et mis à part les rencontres statutaires de l’Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest (AMAO) ainsi que de l’Institut monétaire de l’Afrique de l’Ouest, le projet reste au stade de bonnes intentions alors que le débat sur la sortie de la zone franc bat son plein dans la sous-région et au delà.

Les chefs d’Etat de la zone franc mis au défi

Alors qu’une vaste campagne en faveur de la fin du franc CFA bat son plein en Afrique et même en Europe, avec le soutien d’acteurs associatifs et d’économistes comme le panafricaniste Kémi Séba et son association « Urgences panafricaines », la position des chefs d’Etat de « la Zone franc »par rapport à ce sujet va peut-être faire bouger les choses. D’autant plus que la pression va en s’amplifiant de jour en jour, surtout que le sujet revient fréquemment au devant de l’actualité africaine.

Jusque-là pourtant et contrairement à l’avis dominant au sein de l’opinion africaine et particulièrement des jeunes, seuls quelques chefs d’Etat des pays ayant cette monnaie en partage se sont publiquement prononcés en faveur du sujet. Avant la dernière réaction du président burkinabé, c’est le président tchadien Idriss Déby qui avait réactualisé le débat en prenant position en faveur du retrait, alors que ses homologues ivoirien et sénégalais étaient pour le maintien de la « zone franc ». En février dernier, dans une interview qu’il a accordé à l’hebdomadaire français Jeune Afrique, le président nigérien Issoufou Mahamadou a réitéré que l’objectif est d’aller vers une monnaie commune au sein de la CEDEAO à l’horizon 2020, tout en prenant soin de souligner que cette intégration ne vise personne même si « le débat actuel donne l’impression d’être motivé par une position contre la France ».

A présent que le chef d’Etat français a officiellement renvoyé la balle dans le camp des chefs d’Etat des pays membres de la Zone franc, « à qui appartient cette monnaie » selon les termes mêmes du communiqué publié par l’Elysée, c’est comme un défi qui est lancé aux principaux concernés. François Hollande est certes sur le départ, mais cela engage la France et à maintes reprises, des officiels français se sont abrités derrière cette posture pour ne pas s’immiscer dans le débat qui pourtant fait rage sur le continent et même dans certains cercles politiques et économiques français. En pleine campagne présidentielle, la candidate Marine Le Pen, s’est en tout cas insurgé contre le maintien de cette monnaie qui selon elle, « est un drame pour les économies africaines ».

A eux donc de la saisir en fonction des vrais enjeux ainsi que des intérêts économiques mais aussi politiques pour le continent. Si certains comme le gouverneur de la BCEAO justifient le FCFA par rapport à certains avantages qu’il garantit à la stabilité monétaire de la zone, pour beaucoup d’africains, c’est tout simplement une question de « souveraineté et d’indépendance » comme vient d’ailleurs de le remettre en exergue le président burkinabé.

Ce qui est sûr, c’est que le débat n’est pas prêt de s’estomper et les dirigeants africains de la Zone franc seront amenés tôt ou tard à se prononcer et à trancher sur la question. La prochaine occasion sera d’ailleurs la réunion des ministres en charge de l’économie et des finances de la zone franc qui est prévue pour avril prochain à Abidjan et nul doute que la question sera au centre des  échanges.

AFRIQUE MEDIAT

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