06072020Headline:

« La Côte d’Ivoire sous Ouattara en 2020 n’est pas un Etat de droit, un pays privé de ses libertés démocratiques fondamentales », Franklin Nyamsi

La persistante existence des prisonniers politiques en Côte d’Ivoire sous Ouattara. Une analyse de Franklin Nyamsi, conseiller de Guillaume Soro.

La présente réflexion ne se fonderait pas sur l’objectivité de la science si nous osions croire le discours délirant du président du RHDP selon lequel le sieur Hamed Bakayoko, son fils de circonstances, aurait été le premier prisonnier politique de Côte d’Ivoire ! Les universitaires membres du RHDP qui ont osé assister impassible à un tel péché contre la mémoire de la nation ivoirienne se sont à jamais discrédités, disons-le tout net. La prison politique, qui se définit comme l’incarcération de citoyens par le pouvoir, en raison de leurs opinions politiques opposées à celles du pouvoir, est un phénomène ancien et chronique dans ce pays.

Qui ne se souvient point, dans les années 60, des prisonniers d’Assabou, victimes des faux complots du régime naissant du Président Houphouët-Boigny ? Qui a oublié les camps de punition militaire des années 70, tels celui de Séguéla, où se rencontrèrent pour la première fois de leur histoire, un certain capitaine Robert Guéi et un opposant politique nommé Laurent Gbagbo, alors syndicaliste enseignant ? Qui donc nous dira que le règne du parti unique PDCI-RDA de 1960 à 1999 ne vit pas de nombreux opposants politiques, jetés en prison ? On oublierait ainsi les étudiants brutalisés par le gouvernement Ouattara dès 1990.

On oublierait ainsi la violence avec laquelle le 18 février 1992, le premier ministre d’un Houphouët vieillissant, Alassane Ouattara, encore lui, jetait en prison toute la direction de l’opposition ivoirienne dont notamment le couple Gbagbo, pour simple fait de manifestation publique ! On oublierait qu’en fin d’année 1999, la direction du RDR de Ouattara, qui avait lui-même fui vers l’exil, était jetée en prison sous le pouvoir Bédié, avant le coup d’Etat fatidique du 24 décembre/ Qui dira que sous le régime Gbagbo de 2000 à 2010, des Ivoiriens ne connurent point la prison politique ? Des brutalités d’octobre 2000 aux massacres de mars 2004, des traques de militaires pro-opposition aux drames comme l’assassinat des Camara Yèrèfè ou du journaliste français Jean Hélène, le FPI au pouvoir eut ses pages noires dans la gestion des libertés individuelles de ses opposants politiques. Non, trois fois non : ni le PDCI-RDA, ni le FPI, ne peuvent dire aujourd’hui aux Ivoiriens qu’il n’y eut pas de prisonniers politiques sous leurs magistères respectifs à la tête de l’Etat.

Et ce n’est donc surtout pas le pouvoir Ouattara qui viendrait faire exception dans cette histoire sombre. Pourtant, Alassane Ouattara avait juré, lors de la campagne présidentielle 2010, qu’il n’y aurait « plus jamais de prisonniers politiques sous Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire », reconnaissant par-là même qu’il avait emprisonné à tour de bras des opposants ivoiriens lorsqu’il était premier ministre d’Houphouët entre 1990 et 1993. Or qu’avons-nous obtenu à la suite du retour de Ouattara au pouvoir d’Etat ?

Arrivé au terme d’une guerre fratricide au pouvoir le 11 avril 2011, Alassane Ouattara a dû emprisonner massivement des militaires, des cadres, des militants et des sympathisants du régime FPI de Laurent Gbagbo pour asseoir et stabiliser son pouvoir. Ministres, militaires, militants de base, jeunes et vieux dirigeants du FPI ont massivement rejoint les geôles de Ouattara ou l’exil. Des morts par centaines furent comptés dans cet embastillement et cet exode massifs des frontistes. Ouattara a maintenu, contre toute volonté de réconciliation nationale, son prédécesseur le Président Laurent Gbagbo en exil, après 7 ans de prison à La Haye, tout comme Charles Blé Goudé.

IL leur a fait infliger par une justice aux ordres des peines préventives de 20 ans de prison qui s’appliqueraient s’ils remettaient à court terme les pieds en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui encore, l’essentiel des détenus militaires de cette période demeure emprisonné. A la suite de la rupture d’alliance entre le PDCI-RDA du président Bédié et le RHDP Unifié fraîchement créé par Alassane Ouattara en juin-juillet 2018, ce fut le tour de nombreux cadres et militants du PDCI-RDA de subir l’arbitraire du régime : avec les Jacques Mangoua et Akossi Bendjo, icônes des persécutés du PDCI-RDA, de nombreux militants et sympathisants du PDCI-RDA, croupissent aujourd’hui dans les geôles de Ouattara. Mais la part maudite de la répression de Ouattara contre les opinions politiques opposées au RHDP a été incontestablement réservée à Guillaume Kigbafori Soro et ses compagnons de Générations et Peuples Solidaires. Une violence inouïe, surtout après que le 12 octobre 2020, Guillaume Soro se soit officiellement déclaré candidat à l’élection présidentielle d’octobre 2020.

Aux limogeages massifs de cadres des Forces Nouvelles qui ne se sont pas soumis au RHDP, se sont très vite ajoutées des purges de militaires soupçonnés sans preuves de sédition, des éliminations sommaires d’Ivoiriens soupçonnés de proximité avec Guillaume Soro, et des arrestations de députés, de cadres de la direction de GPS, accélérées notamment depuis la traque massive lancée le 23 décembre 2019 par le pouvoir Ouattara. Alassane Ouattara, pour qui Guillaume Soro et ses compagnons se sont battus et ont laissé nombre de leurs vies sur le carreau, a depuis le 23 décembre 2019, contraint le leader de GPS et bon nombre de ses compagnons à l’exil, désertifiant ainsi pour l’essentiel le leadership de l’opposition politique présente sur le terrain ivoirien.

Ainsi, des militants, parlementaires, cadres de GPS, croupissent en prison depuis plus de trois mois, au mépris de tous leurs droits, platement et banalement bafoués, malgré les dénonciations de Human Rights Watch, d’Amnesty International, de l’Union Européenne, de nombreux observateurs français, américains et britanniques de la scène politique ivoirienne.

Nous pouvons donc conclure cette première partie de notre analyse : à moins d’être d’une mauvaise fois démoniaque, nul ne peut nier aujourd’hui en Côte d’Ivoire l’existence des prisonniers politiques en grand nombre dans les geôles d’Alassane Dramane Ouattara qui s’avère ainsi être un immense parjure devant la conscience nationale. Sa promesse de respecter le pluralisme politique n’a pas été tenue. De surcroît, et nec plus ultra, des imams, des pasteurs, des internautes citoyens, ont connu la prison politique pour leur opinion, comme les opposants politiques.

Connaît-on un seul pays africain où un député se soit retrouvé jeté en prison comme l’honorable Alain Michel Lobognon, pour un simple tweet de 140 caractères ? Non, la Côte d’Ivoire sous Ouattara en 2020 n’est pas un Etat de droit. La réalité est désolante et atteste de tout le contraire : un pays privé de ses libertés démocratiques fondamentales. Mais pourquoi s’obstine-t-il à détenir, me direz-vous ? Pourquoi Ouattara ne veut-il pas sortir de l’Histoire par la grande porte, comme le Président qui aurait pardonné, réconcilié, rassemblé en Côte d’Ivoire ? Ces interrogations méritent d’être approfondies à présent, afin que nul n’en ignore.

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