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La France, la Turquie, le PKK et le nord syrien

Pour l’ambassadeur turc, depuis ces années funestes, Ankara a eu l’occasion de démontrer sa résolution à lutter contre le groupe État islamique : “Dès 2017, nous avons montré que nous étions prêts à nous battre au corps à corps contre les terroristes de Daech, nous avons perdu de nombreux soldats, dont 72 officiers à AI-Bab, lorsque nous avons mis 4 000 terroristes de l’EI hors d’état de nuire.” À l’époque en effet, Ankara avait mobilisé des moyens importants et la violence des confrontations lui avait valu la rancœur tenace du groupe État Islamique.

#Syrie à coups d’attentats kamikazes l’#EI reprend les positions de l’armée turque & des rebelles / la #Turquie déplore 4 morts

— Wassim Nasr (@SimNasr) December 21, 2016

Fin décembre 2016, le groupe État islamique avait publié une vidéo de 19 minutes dans laquelle deux hommes présentés comme des soldats turcs étaient brûlés vifs. Pour Ali Onaner, il ne peut plus y avoir de doute sur la fiabilité et la crédibilité de la Turquie dans la lutte contre le groupe État islamique, la qualité de la coopération antiterroriste entre les services français et turcs en constitue une preuve supplémentaire. Il reproche donc à Paris de ne “pas avoir eu le courage de mettre les hommes et les moyens nécessaires pour affronter la menace de Daech”. Il poursuit : “Notre détermination à mettre hors d’état de nuire tout individu ayant commis des crimes terroristes est totale. Nos opérations ciblées en Syrie continueront si nécessaire, jusqu’à ce que nos alliés n’aient plus aucun terroriste du PKK avec lesquels collaborer”.

Dans la roue américaine
Avec ce type de discours, Ankara cherche à convaincre la France de travailler avec elle plutôt qu’avec les milices kurdes. Mais c’est trop tard. Car en réalité, cette décision n’appartient pas à Paris – ou plutôt, n’appartient plus à Paris – depuis le jour où Washington a choisi le PYD, faute d’alternative, après l’échec des programmes de formation de l’Armée syrienne libre. La France reste dans la roue américaine et finira donc elle-même par abandonner les groupes kurdes si les États-Unis décident de partir.

Ce qui arrivera, Ali Onaner en est persuadé : “Les Américains sont partis, d’Irak ou d’Afghanistan, de manière parfois fort peu satisfaisante, mais ils sont toujours partis”. L’ambassadeur veut croire qu'”ils réalisent chaque jour un peu plus que leur collaboration avec les terroristes du PKK/PYD/FDS ne peut pas durer. Et quand ils partiront, pensez-vous que les Français pourront rester seuls à soutenir ces groupes ?”

L’histoire de l’alliance de fait de la France avec ces groupes armés kurdes du nord syrien, au détriment de ses relations avec Ankara, est en réalité celle de l’échec de la révolution syrienne, de l’apparition et de la montée en puissance du groupe État islamique, des atermoiements de la Turquie, et d’un choix américain.

Reste le problème de fond, celui de la résolution politique de la question kurde, que résume ainsi Hisyar Özsoy : “40 millions de gens natifs du Moyen-Orient ne se sentent en sécurité nulle part, ni en Turquie, ni en Syrie, ni en Irak, ni en Iran. Où serons-nous en sécurité ? Qui nous protégera ?”

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