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La Photographe de Soro livre des secrets: «C’est plus facile pour une femme de rentrer dans l’intimité d’une personnalité»

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Madia Touré (Photographe de Guillaume Soro) livre des secrets: «C’est un homme rigoureux en même temps doux»
«C’est plus facile pour une femme de rentrer dans l’intimité d’une personnalité»
«Certains pensent que la photographie, c’est se battre pour avoir des images»

Photographe de profession exerçant dans un quotidien de la place, le destin de Madia Touré, passionnée de photographie, bascule quand elle prend le risque, en 2002 d’aller capter des images de la rébellion qui s’était installée dans la moitié nord de la Côte d’Ivoire.

Femme de challenges et de risques, première femme photographe sous nos cieux à occuper ces hautes fonctions, Madia Touré pense que son goût du risque et du travail bien fait ont été ainsi récompensés par un homme, Guillaume Soro. Aujourd’hui, la dame photographie du président de l’Assemblée nationale a décidé de lutter pour le positionnement et la revalorisation du métier de photographe avec le prix qu’elle a institué.

Photographe, Conseiller technique du président de l’Assemblée nationale, Déléguée générale du Prix Guillaume Soro pour la photographie, vous devez avoir un ‘’gros’’ parcours…

Parlant de parcours, j’ai un Bac A2 et je suis en ce moment en train de faire une Licence en communication. Au plan professionnel, juste après le Bac, compte tenu du fait que j’avais voulu faire de l’art, je n’ai pas été orientée à l’université. C’est ainsi que j’ai postulé pour un stage de photographie à Fraternité Matin. C’est ainsi que je me suis retrouvée à Ivoir Soir. Par la suite, je suis partie au quotidien Le Jour. En 2002, en pleine rébellion, mon journal m’a envoyée pour un reportage à Bouaké. Le président de l’Assemblée nationale, alors secrétaire général des Forces nouvelles, a vu mon premier reportage quand il est passé dans le journal. Et quand je suis partie pour un second reportage, il a demandé que je travaille à son secrétariat. C’est ainsi que tout est parti. Et depuis, nous faisons chemin ensemble, de la Primature et ce jusqu’à l’Assemblée nationale aujourd’hui.

Comment ont réagi vos proches et votre rédaction de vous voir, à cette époque, rejoindre en quelque sorte la rébellion?

Il faut dire qu’à cette époque, ce n’était pas facile, de surcroît pour une femme, d’aller dans cette zone et en plus pour faire un reportage. C’est donc sûrement mon courage qui a payé et s’est vu récompenser. Je dirai aussi que la qualité de mon travail y a été pour quelque chose. Alors, je ne pense pas que cela soit sujet à interprétations. Quand on m’a demandé de venir, mes chefs n’ont fait aucun obstacle et m’ont libérée.

Qu’est-ce qui a pu pousser une femme reporter-photographe à aller dans cette zone où beaucoup d’hommes refusaient de s’aventurer ?

Je suis une femme de challenges, qui aime le risque. D’ailleurs, ne dit-on pas que qui ne risque rien, n’a jamais rien? Et puis, quand je suis allée pour la première fois, j’ai découvert que la rébellion n’avait pas le visage qu’on nous présentait dans les journaux. Je me sentais bien donc…

Donc, lorsque vous rejoignez le secrétariat des Forces nouvelles, c’était pour quoi en réalité ?

Bien évidemment pour être photographe, parce qu’à cette période, ils n’avaient vraiment pas de photographes professionnels. C’était surtout des photographes professionnels occasionnels qui allaient juste faire des boulots ponctuels. Ainsi, mon travail a consisté à suivre toutes les activités des Forces nouvelles, à rendre compte et à faire une mémoire. Ce n’est donc pas faux de dire que je suis l’une des grandes mémoires de cette rébellion.

Pour vous qui avez travaillé tout ce temps avec Guillaume Soro, comment pouvez-vous le qualifier?

C’est un homme rigoureux en même temps doux. Rigoureux quand il s’agit du travail et doux quand il s’agit d’intervenir dans le cadre social. Il est facile d’accès et toujours à l’écoute de ses employés. En tout cas, notre collaboration depuis ce temps s’est toujours bien passée. Franchement, je ne m’imaginais pas avoir un patron aussi gentil et qui a la main sur le cœur.

Ce sont donc ses largesses qui l’ont poussé à vous bombarder Conseiller technique?

Ah, non, pas ‘’bombardée’’! C’est le résultat de tout un cheminement. Parce que je suis une femme qui aime le risque et le travail bien fait. D’ailleurs, en son temps, quand j’ai été embauchée au secrétariat des Forces nouvelles, tous se demandaient si en tant que femme je pouvais faire ce travail. Mais j’ai fini par m’imposer. Et quand nous sommes arrivés à la Primature et qu’il fallait constituer un cabinet, mon travail étant connu de tous, j’ai été nommée chargée d’études. Quand nous sommes arrivés à l’Assemblée nationale, vu que j’avais fait correctement mon travail, j’ai été nommée Conseiller technique. Et puis, pour ceux qui ne le sauraient pas, j’ai été lauréate pour le compte de la Côte d’Ivoire, au Prix de meilleur photographe de la Francophonie en 1999. Meilleure photographe de Côte d’Ivoire à cette époque, après avoir représenté mon pays à cette tribune de la Francophonie, j’ai décroché la médaille de bronze.

Vous êtes l’une des rares femmes, sinon la seule femme photographe à un poste de Conseiller technique ou de Chargées d’études dans des institutions aussi prestigieuses. Comment l’expliquez-vous cette ascension?

En effet, je crois que j’ai eu la chance de travailler avec quelqu’un qui reconnaît le mérite, le travail bien fait et qui encourage.

Comme quoi, la photographie n’est pas un sous-métier ?

Ah, non, pas du tout! Malheureusement, sous nos cieux, les gens ont tendance à penser que la photographie, c’est pour ceux qui n’ont pas réussi à l’école, ce qui n’est pas vrai. Pour preuve, j’ai un Bac A2, je prépare une Licence et je compte aller jusqu’à la Maîtrise. La photo se conçoit d’abord dans l’esprit avant de se mettre sur un support ou un papier. Autant le journaliste qui va en reportage choisit un angle pour ses articles, autant le photographe choisit un angle pour sa photo. Et cela ne peut se faire sans un bagage intellectuel. C’est pourquoi je ne suis pas d’accord avec ceux pensent que ce métier doit être exclusivement réservé aux hommes. Certains pensent à tort que la photographie, c’est aller se battre pour avoir des images. Je dis non, la bataille se passe dans la tête et avec la maîtrise des outils de travail.

En tant que femme, quelle est la plus-value que vous apportez contrairement aux hommes, dans ce métier?

Notre côté artistique, la finesse, cette écriture particulière de la femme, ce regard de femme que véhiculent mes images. L’autre aspect très important, c’est le fait qu’en tant que femme, on rentre facilement partout, les gens ayant beaucoup plus confiance en nous. C’est ce plus qui nous permet de revenir très souvent avec des images que les hommes ne peuvent pas avoir. Des images comme capter par exemple le sourire de Guillaume Soro qui n’est pas facile à avoir. C’est donc plus facile pour une femme de rentrer dans l’intimité d’une personnalité parce qu’il n’y a pas de méfiance.

Vous avez donc pu rentrer dans l’intimité de Guillaume Soro ?

Oui, j’ai l’occasion de lui faire des photos à la maison, à ses enfants et à sa famille.

Votre amour pour la photographie vous a conduit à instituer un prix baptisé ”Prix Guillaume Soro pour la photographie”…

Tout cela est parti du constat qu’en Côte d’Ivoire, il y a plusieurs prix excepté celui de la photographie. Alors que nous méritons bien d’avoir un prix pour le combat que nous menons. Avec la fonction que j’ai aujourd’hui, en instituant un tel prix, c’est un plaidoyer que je fais pour la cause des photographes. Cela pour leur permettre d’avoir la reconnaissance et une revalorisation de cette profession. D’où cette idée de leur créer ce prix qui consiste, dans un premier temps à les faire connaître et saluer leur travail. Aussi, ce prix pour dire merci au président de l’Assemblée nationale, qui, je pense, est la première personnalité de Côte d’Ivoire à ‘’élever’’ une photographe au rang de Conseiller technique. À l’issue de ce concours, nous avons décerné, le 16 décembre 2015, trois prix dans les catégories de la meilleure photographie d’art, du reportage et celui de l’innovation et de la créativité.

Quel est votre prochain challenge?

Ce sera la revalorisation du prix Guillaume Soro pour la photographie, c’est-à-dire apporter une grande consistance au niveau des lots. Également, le challenge sera d’amener les photographes à prendre conscience de l’importance de leur métier.

On vous sait très chargée avec en prime de nombreux voyages. Comment arrivez-vous à gérer votre vie de couple ?

Ce n’est vraiment pas facile, mais qui veut arrive toujours. Mon époux et mes enfants me comprennent. Ils sont tous conscients que la photographie, c’est ma passion.

Pendant toutes ces années, ne vous est-il jamais arrivé de vouloir quitter ce milieu suite à un événement particulier ?

Travailler plus de dix ans aux côtés d’une personnalité, c’est le connaître, vivre et partager son quotidien. Ces temps-ci, je suis beaucoup bouleversée, parce qu’avec tout ce que mon patron vit, ça me touche énormément. Je ne crois pas que tout ce qui se dit sur le compte de mon patron soit la vérité, moi qui partage disons son quotidien. Tout cela a failli me pousser à tout abandonner.

Un message à d’autres femmes et d’autres personnes voulant embrasser une carrière de photographe comme vous?

D’abord encourager les femmes à embrasser tous les métiers et leur faire comprendre qu’il n’y a pas de métier exclusivement réservé aux hommes. Qu’elles s’orientent donc sans complexe dans tous les corps de métiers. Aux photographes, je les invite à se prendre au sérieux et à surtout relever leur niveau pour aller de l’avant. À l’ère du numérique, si les photographes ne se mettent pas à niveau, ils risquent d’être laissés pour compte.

Philip KLA

StarMagplus

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