01222017Headline:

L’ANALYSE d’Alain Toussaint sur le cas Soro…

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MON ANALYSE. Confronté à une forte pression judiciaire, Guillaume Soro a donc choisi la fuite pour regagner dare-dare la Côte d’Ivoire à bord d’un vol spécial affrété par l’Etat ivoirien. Conscient de ce que la “vive protestation” du Gouvernement resterait lettre morte, le président de l’Assemblée nationale a préféré prendre la tangente par les airs. Exprimant, une bonne fois, son refus de s’expliquer devant la juge Sabine Kheris.
La moisson de sa visite privée – ou officielle, c’est selon – en France reste calamiteuse. Primo, en dépit des déclarations erronées de ses avocats – ils le reconnaissent -, Soro reste visé par le mandat d’amener décerné lundi à son encontre. Secundo, le fugitif est “considéré comme mis en examen” par la juge. Autant dire que son prochain périple en France est attendu avec intérêt. En “(exigeant)” que le mandat d’amener à l’encontre de Guillaume Soro soit “annulé”, le Ministre des Affaires étrangères, Charles Koffi Diby, a commis deux graves erreurs de jugement.
D’abord, le mandat d’amener est un acte judiciaire qui ne peut être contesté que par la voie judiciaire et non par la voie politique ou diplomatique. Ensuite, dans un Etat de droit, le Ministre – Laurent Fabius en l’occurrence – ne peut pas appeler un juge pour lui donner des directives. Pis, l’exécutif ivoirien a beau se prévaloir de son “amitié” avec Fabius, destinataire de la missive de “vive protestation”, et le président Hollande – Jean-Pierre Mignard, l’un des avocats de Soro, est un intime du locataire de l’Elysée -, cette double proximité n’y changera rien. Surtout lorsque ces mêmes autorités ont, dans un passé récent, refusé d’exécuter deux commissions rogatoires internationales émises par la justice française qui souhaitait gentiment entendre le secrétaire général des Forces nouvelles à… Abidjan. Foulant aux pieds la convention d’entraide judiciaire qui lie la France et la Côte d’Ivoire – et qu’elles invoquent aujourd’hui !
Or, c’est en application de cet accord du 24 avril 1961 que, par exemple, Simone Gbagbo, Première dame et députée, ainsi que Bohoun Bouabré, Ministre d’Etat, avaient été entendus le 23 avril 2009 dans les locaux de la Cour suprême, à Abidjan, par les juges français Patrick Ramaël et Nicolas Blot, en charge de l’enquête sur la disparition de Guy-André Kieffer, un journaliste franco-canadien enlevé le 16 avril 2004. A la grande joie des opposants d’hier devenus les actuels gouvernants au pouvoir.
Depuis lundi, dans un subtil élan de “solidarité” sur fond d’indignation feinte et d’hypocrisie, les autorités manifestent leur soutien au député de Ferké. Exactement comme la corde soutient le pendu. Car, en réalité, elles n’ont fait montre d’aucune volonté politique pour vider ce contentieux, contribuant ainsi à son pourrissement. En effet, la Présidence et le Ministère des Affaires étrangères, dûment informés depuis plusieurs mois, ont cautionné l’obstruction brutale faite à l’instruction en refusant d’autoriser l’audition de Guillaume Soro sur commission rogatoire.
De plus, outre l’interdiction arbitraire signifiée à Michel Gbagbo de se rendre en France afin d’y être entendu, les dirigeants ivoiriens ont aussi fermé les yeux sur l’attitude dilatoire de Guillaume Soro qui n’a eu de cesse de narguer la juge Sabine Khéris en multipliant les entraves et les provocations. Cette négligence coupable donne une image désastreuse de la Côte d’Ivoire, de sa diplomatie et de sa classe dirigeante. Et, à l’arrivée, un imbroglio fort dommageable pour ses institutions, en particulier l’Assemblée nationale qui paiera, à n’en point douter, le contrecoup des turpitudes judiciaires de son arrogant chef. Une addition bien salée. – AT

blog -Alain Toussaint

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