12102016Headline:

Le pape François parle de “premier génocide du XXème siècle”

Genocide allemend

Ce dimanche, le pape François a pris un risque diplomatique. Il a cité Jean-Paul II en parlant du “premier génocide du XXe siècle” pour qualifier le massacre de masse des Arméniens perpétré par l’empire ottoman entre 1915 et 1917. Ce génocide dont le bilan varie de plusieurs centaines de milliers à 1,5 million de victimes selon les sources, est un fait historique avéré n’est plus guère contesté que par une infime minorité d’observateurs (en dehors de la Turquie, s’entend).
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Sans nous prononcer sur la querelle diplomatique et sans rentrer dans la moindre considération normative, nous pouvons affirmer que le pape s’est trompé en qualifiant les événements de 1915-1917 de “premier génocide du XXe siècle”.

Pourquoi cela? Tout simplement parce que d’un strict point de vue factuel ce génocide, qu’il soit reconnu comme tel ou pas, n’est pas “le premier du XXe siècle”. Ce triste déshonneur revient en effet au génocide perpétré par l’Allemagne coloniale en Namibie à partir de 1904. Le premier génocide du XXème siècle et également la première fois que l’Allemagne utilisa des “camps de concentration”.

A l’époque, l’Allemagne tente de rattraper son retard par rapport aux autres puissances coloniales européennes. Elle fonde une colonie dans le sud du continent noir, sur les terres qui sont actuellement celles de la Namibie.

Les ambitions coloniales allemandes se heurtent à une résistance non anticipée des autochtones et plus particulièrement des guerriers de l’ethnie des Hereros.

“Si la race blanche voulait dominer, alors elle devait se battre contre la race noire et l’éliminer”

La réponse allemande à cette résistance sera sans pitié et radicale: les Hereros doivent disparaître.

“Ce qui s’est passé en Afrique pour les Allemands était une bataille pour l’avenir des races. Si la race blanche voulait dominer, alors elle devait se battre contre la race noire et l’éliminer”, précisait l’historien Casper Erichsen, dans un documentaire récent.
Namibie, le génocide du IIe reich

L’empire allemand envoie pour mener cette mission à bien, le général Lothar von Trotha. Ses instructions sont des plus claires : les Hereros, combattants ou civils, femmes et enfants compris, ont le choix entre quitter le pays ou trépasser. “Moi, le grand général, j’envoie ce message au peuple héréro. A l’intérieur des frontières allemandes, chaque homme héréro avec ou sans armes, avec ou sans bétail, sera abattu ; je n’accepte aucune femme, aucun enfant ; qu’ils s’en aillent ou je laisserai mes hommes leur tirer dessus” Un ordre d’extermination qui sera étendu aux Nama en 1905.

C’est à l’occasion de cette opération d’extermination d’une ethnie entière que l’Allemagne crée pour la première fois des camps régis par un système concentrationnaire. Mise en esclavage des prisonniers et commerce de (morceaux de) cadavres à des fins “scientifiques” y sont de mise. “Dans les camps, certains détenus étaient forcés de faire bouillir les têtes (des prisonniers décédés), qui pouvaient être celles de leur famille ou de leurs amis, (…) puis de gratter les chairs avec des bouts de verre. Ils devaient les nettoyer afin que les crânes puissent être envoyés en Allemagne”, relate encore l’historien Casper Erichsen. Les Allemands vont jusqu’à empoisonner les puits, l’objectif est bien d’exterminer, indistinctement ce peuple qui lui résiste.

Les opérations ont fait près de 100 000 morts selon les derniers travaux en date sur le sujet. Moins d’un cinquième de la population Herero a survécu à cette extermination scrupuleusement documentée par le régime impérial allemand.

Les descendants des victimes et des survivants demandent aujourd’hui des réparations et des excuses officielles au nom de l’Allemagne qui n’ont toujours pas été présentées.

Dans la capitale de Windhoek, un monument à la gloire des soldats colonisateurs, ceux-là même qui ont exterminé les populations herero et nama, trônait encore fièrement jusqu’en décembre 2013, date à laquelle il a été retiré de l’espace public.

@julienvlass

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