03312020Headline:

« Le régime du criminel de guerre Gbagbo fut le règne de la déchéance morale, mentale et intellectuelle », Said Penda

Said Penda revient sur les agoras en Côte d’Ivoire… Selon lui, le régime Gbagbo fut le règne de la déchéance morale, mentale et intellectuelle.

Ce jour de 2006, l’actualité était plutôt morose et j’ai décidé d’aller faire un reportage (de couleurs comme on dit dans notre jargon), sur les agoras à Abidjan. Je me retrouve donc dans la principale agora sur l’esplanade cernant l’Hôtel de ville d’Abidjan, non loin du palais présidentiel. Se succèdent sur le pupitre un professeur d’université, un pasteur évangéliste qui promet plein de miracles à tous ceux qui assisteront au culte dans son église ; un charlatan qui jure pouvoir guérir toutes les maladies « même le sida » et affirme disposer de potions magiques capable de rendre riches les pauvres ; un leader de jeunes qui développe les thèses conspirationnistes les plus débiles ; etc.

L’auditoire est constituée de jeunes et de moins jeunes, de chômeurs et de travailleurs qui profitent de leur pause pour venir « s’informer » gratuitement sur la situation du pays et du monde et s’abreuver de la dose « patriotique » quotidienne. Après deux heures sur place, je suis reparti avec le sentiment d’avoir perdu deux heures de ma vie, car je ne pouvais consciencieusement faire de reportage sur une telle foire de la comédie, sans avoir l’impression de présenter tous les Ivoiriens comme des clowns.

J’avais peut-être un grand mépris pour ses dirigeants, mépris fondé sur la manière rocambolesque avec laquelle ils gouvernaient ce grand et beau pays, mais ma grande sympathie et mon affection pour les Ivoiriens restaient intactes. Le régime gbagbo était peut-être devenu fou, mais l’unanimité des Ivoiriens ne l’étaient pas. Et par respect pour ce peuple ivoirien, je n’ai jamais fait ce reportage qui aurait été très beau esthétiquement, avec des propos qui auraient fait pleurer de rire les auditeurs de la BBC.

Tenez par exemple, le professeur d’université en vedette ce jour-là sorti l’une des inepties qui deviendra le des fake news le plus cité par la gbagbosphère : « la France n’a pas encore élaboré son budget, car elle attend que la Côte d’Ivoire publie le tien pour savoir la part du budget ivoirien qui viendra renforcer le tien ». En d’autres termes c’est la Côte d’Ivoire de Gbagbo qui accorde des formes d’aides budgétaires à la France.

J’ai beau expliqué à quelques individus dans l’assistance que j’ai interviewés l’incongruité d’une telle affirmation compte tenu du fait que le budget de la Côte d’Ivoire ne valait même pas celui d’une ville française moyenne, c’est moi que mes interlocuteurs prenaient pour un inculte qu’ils plaignaient pour son incrédulité face à ce qu’ils considéraient comme une vérité ne laissant la place à aucun doute.

Très sincèrement, le régime du criminel de guerre Gbagbo fut le règne de la déchéance morale, mentale et intellectuelle. Et les agoras furent ces « universités » à ciel ouvert de l’abrutissement à la vitesse grand V, et une usine de production d’imbéciles à la chaîne. Même des professeurs d’université l’étaient devenus, un peu comme ceux qui, sur les plateaux télé au Cameroun, continuent de soutenir le vieux dictateur Biya, dont il semble de plus en plus évident que les jours à la tête de l’Etat sont désormais comptés.

Ce qui est vrai, est vrai !

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