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Législatives en Tunisie : “Le principal risque pour le pouvoir, c’est la rue”

Après la débâcle des législatives du 17 décembre dernier, où seuls 8,8 % des Tunisiens ont été voter, le président Kaïs Saïed se retrouve délégitimisé pour mettre en place les réformes budgétaires du pays en proie à une profonde crise financière. Désabusés, les Tunisiens pourraient se faire entendre dans la rue, selon certains observateurs.

La débâcle des élections législatives va-t-elle permettre au pouvoir tunisien de mettre en place les réformes financières qu’il prévoit ? Le camouflet du scrutin, marqué samedi 17 décembre par une abstention record de plus de 90 %, permet d’en douter. Le président Kaïs Saïed, dont l’opposition réclame le départ, se retrouve très affaibli pour redresser une économie à la peine.

Seuls 8,8 % des électeurs tunisiens se sont rendus aux urnes pour participer aux élections législatives en vue d’élire un nouveau Parlement, privé de pratiquement tout pouvoir, dernière étape de la transformation du pays en régime ultra-présidentiel sous la houlette de Kaïs Saïed.

“Le principal risque pour le pouvoir tunisien, c’est la rue, estime Vincent Geisser, politologue et sociologue au CNRS. On peut s’attendre à des manifestations relayées par le syndicat national historique, l’UGTT (Union générale tunisienne du travail), qui pourrait être du côté de la population dans les protestations et se réconcilier avec ses anciens alliés pour former un bloc d’opposition face à un président de plus en plus isolé.”

La Tunisie est en proie à une profonde crise financière qui s’est traduite ces derniers mois par des pénuries récurrentes de certains produits de base (sucre, lait, riz…), dans un contexte d’inflation galopante de 9,8 %, selon le dernier chiffre officiel publié début décembre.

Les dépenses prévues de l’État en 2023 devraient atteindre les 53,9 milliards de dinars (16 milliards d’euros) et les recettes 46,4 milliards de dinars (près de 14 milliards d’euros), a précisé la ministre des Finances Sihem Boughdiri. La loi de finances prévoit un budget total de près de 70 milliards de dinars (21 milliards d’euros), a-t-elle ajouté lors d’une conférence de presse à Tunis en présence de tous les ministres du gouvernement dirigé par Najla Bouden.

Pour parvenir à l’équilibre budgétaire, l’État devrait recourir à des emprunts extérieurs de plus de quatre milliards d’euros et à des prêts de l’ordre de trois milliards d’euros sur le marché local. Pour augmenter ses recettes fiscales, le gouvernement a notamment mis en place un nouvel impôt sur la fortune de 0,5% sur les biens immobiliers dont la valeur nette dépasse les trois millions de dinars (900 000 euros).

Dans ce contexte, il est peu probable que les Tunisiens se mobilisent au second tour des législatives, prévu au plus tard en mars 2023. “Non pas parce que le peuple est forcément massivement opposé au président Kaïs Saïed, affirme Vincent Geisser, mais parce qu’il est résigné et concentré sur les problèmes sociaux et économiques du pays.”

 

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