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L’Égypte, une “porte d’entrée” pour la Chine sur le monde arabo-musulman

À la suite de la visite du ministre chinois des Affaires étrangères en Égypte et pour comprendre les relations entre les deux pays, Emmanuel Véron, docteur en géographie et spécialiste de la Chine contemporaine et des relations internationales à l’Institut national des langues et civilisations orientales, livre son éclairage. Entretien.

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Qin Gang, ancien ambassadeur aux États-Unis, a achevé, dimanche 15 janvier, une série de visites sur le continent africain en se rendant en Égypte. Au Caire, le chef de la diplomatie chinoise a rencontré son homologue égyptien, Sameh Shoukry, le secrétaire de la Ligue des États arabes, Ahmed Aboul Gheit, ainsi que le président Abdel Fattah al-Sissi.

Dans un tweet, l’ambassade de Chine en France a indiqué que lors de cette visite, “les deux parties ont convenu de renforcer la coordination multilatérale, de sauvegarder conjointement les normes fondamentales régissant les relations internationales et de défendre l’équité et la justice internationales”.

Emmanuel Véron : Vu de Pékin, cette relation est articulée autour de la place d’acteur politique et stratégique important que représente l’Égypte au sein du monde arabo-musulman et du Moyen-Orient. Pour Pékin, l’Égypte est une sorte de ‘porte d’entrée’ pour discuter avec l’ensemble du monde arabo-musulman et des pays du Moyen-Orient.

Par ailleurs, l’Égypte est, avec le passage stratégique du canal de Suez, sur les grandes routes commerciales Europe-Asie : mer Rouge, Méditerranée, et océan Indien.

À partir de ces sujets politiques et stratégiques, mais aussi géoéconomiques avec la question des routes maritimes, la relation entre l’Égypte et la Chine a toujours été importante. C’est le cas depuis l’ancien président égyptien Gamal Abdel Nasser, les années 50-60 et la proclamation de la République populaire de Chine en 1949.

Quels intérêts ont les Égyptiens, partenaires historiques des États-Unis dans la région, à s’ouvrir à la Chine ?

Cette relation avec la Chine, c’est une manière pour l’Égypte, qui est un pays important dans la région, de tisser des liens avec la deuxième puissance économique mondiale. Les grandes motivations du Caire sont les débouchés et la complémentarité économique et commerciale avec Pékin. C’est également important pour l’Égypte de nouer des liens durables avec la Chine.

Structurellement, l’Égypte n’est pas en forme : avec une pauvreté endémique, de la corruption, une instabilité sécuritaire et sociale… mais il y a une logique d’être connecté avec cet acteur économique chinois pour trouver des débouchés.

Et, par exemple, quand on regarde depuis Pékin, et les investissements en direction de l’Égypte, il y a un grand nombre d’opérateurs industriels et commerciaux chinois qui participent à la construction des villes nouvelles et au dédoublement de la capitale du Caire (à 35 km à l’est de la capitale actuelle, NDLR).

Comment peut-on caractériser les relations sino-égyptiennes ?

Cette relation est importante, non pas tant du point de vue de Pékin mais surtout du point de vue du Caire. On est dans un partenariat et une relation qui sont asymétriques. La force de frappe de l’Égypte est beaucoup moindre que celle de la Chine en matière commerciale, économique voire diplomatico-militaire.

Mais c’est une relation qui s’est construite du temps de la guerre froide, concurrence à l’époque avec l’Union soviétique, et qui est aujourd’hui continue. Il est important pour la Chine d’avoir cette ‘porte d’entrée’ dans le monde arabo-musulman en discutant de très près et en tissant des liens forts avec l’Égypte, quel que soit le gouvernement. On avait une Chine proche de l’Égypte sous (Hosni) Moubarak, proche de l’Égypte lorsque les Frères musulmans ont été au pouvoir pendant quelques mois (après la révolution de 2011, NDLR), et proche de Abdel Fatah al-Sissi pour ces raisons économiques, commerciales et diplomatiques.

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