09232017Headline:

L’exceptionnelle réussite des Forces Nouvelles de Côte d’Ivoire mais,ils n’ont pas le même prix

Guillaume-Soros-Forces-nouvelles.

L’exceptionnelle réussite des Forces Nouvelles de Côte d’Ivoire :« Les moutons marchent ensemble, mais ils n’ont pas le même prix » (Lu pour vous sur guillaumesoro.ci)

Ainsi vont les humains. La victoire, dans l’euphorie qui la célèbre, a beaucoup d’amis. L’adversité assumée, quant à elle, est le lot des braves et rares combattants de la liberté, qui bien souvent, à travers la longue histoire de l’espèce humaine, disparaissent dans le mépris et l’arrogance de ceux-là mêmes qui jouissent crânement sur leurs tombes fraîches et abandonnées, des fruits de leur lutte vaillante.

Ne faut-il pas, contre les forces amnésiques de l’ingratitude politique, mobiliser toutes les ressources de la réflexion, de la mémoire, de l’éducation citoyenne et de la mise en perspective des justes luttes qui fécondèrent le monde meilleur dont bien de nos contemporains profitent allègrement dans une bien affligeante insouciance ? Ces leçons de choses, je vais le montrer dans la présente tribune, s’appliquent parfaitement à l’exceptionnelle réussite de la rébellion ivoirienne des Forces Nouvelles de Guillaume Soro dans l’Afrique contemporaine. On le verra, loin d’être osée, la thèse que j’énonce se fonde sur une saine appréciation des faits. La méthode de notre démonstration sera la suivante : on procèdera d’abord à une reconnaissance générale de la typologie des rébellions africaines des 20ème -21ème siècles ; on montrera ensuite comment la rébellion ivoirienne des années 2001-2007 se sera pleinement démarquée de la vulgate de ses consoeurs continentales ; on pourra enfin conclure, non seulement que toutes les rébellions ne se valent pas, mais que celles qui réussissent le coup de maître d’adjoindre le combat contre l’injustice d’Etat au travail de reconstruction de cités africaines démocratiques, méritent la considération de tous les observateurs sains d’esprit et de bonne volonté. On comprendra au bout du compte pourquoi je parle de « l’exceptionnelle réussite de la rébellion ivoirienne

Brève typologie des rébellions africaines

En prenant comme périodes d’observation les 20ème et 21ème siècles africains, on ne peut manquer d’observer que le phénomène de la résistance armée des groupes d’africains contre les Etats constitués, appartient au phénomène plus large de la guerre civile, que l’on distingue en général des conflits armés internationaux. Les facteurs de guerre civile, on le sait, varient en fonctions des contextes et des processus historiques spécifiques.

Rébellions anticoloniales

On peut cependant relever que les rébellions africaines naissent à l’entrée du 20ème siècle de la crise caractéristique des systèmes étatiques coloniaux instaurés par les grandes puissances occidentales qui se partagent le continent entre les 15ème et 20ème siècles. De la révolte des Abbey ivoiriens à la guerre des Algériens et des Kamerunais contre le colonialisme français, sans oublier la guerre d’indépendance du Zimbabwé ou la longue résistance sud-africaine contre le colonialisme racial de l’Apartheid, la rébellion anticoloniale se drape de la superbe autorité morale du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, reconnu très tôt par la Charte de l’Atlantique[1] en 1941.

Rébellions ethno-religieuses

Après le cycle des rébellions anticoloniales que les Indépendances africaines des années 60-70 vont clore, apparaît dans le cadre des Etats africains hérités de la géopolitique coloniale, le phénomène des rébellions ethno-religieuses. Peu importe qu’elles se justifient par les dogmes des religions traditionnelles ou des religions d’importation en Afrique. C’est la facture politique de ces rébellions qui nous intéresse ici. Considérant que les tenants du pouvoir pratiquent un tribalisme d’Etat discriminant une importante partie de la population en raison de sa différence culturelle en général et bien souvent religieuse en particulier, les mouvements rebelles ethno-religieux qui émergent au cœur des Etats africains revendiquent le droit à l’exception culturelle de leur communauté, quitte à instaurer en cas de victoire contre l’ennemi un tribalisme d’Etat à nouveaux frais. De la rébellion des Shebabs somaliens à celle du FIS algérien d’Abbassi Madani, de celle de la Lord Resistance Army d’Alice Lakwena ou de Joseph Kony en Ouganda à celle de Simon Kimbangu au Congo, la signature caractéristique des rébellions ethnoreligieuses sera leu cloisonnement dans une logique sectaire qui les isolera sur les plans national et international, inexorablement.

Rébellions à prétention démocratiques

Le troisième cycle des rébellions africaines apparaît au cœur des Etats postcoloniaux, autour notamment de la revendication d’institutions démocratiques et inclusives pour tous les citoyens. C’est sans doute dans cette troisième classe de rébellions qu’on peut situer le mouvement des Forces Nouvelles de Guillaume Soro, le Front Patriotique Rwandais de Kagamé, l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDLC) de Laurent-Désiré Kabila, le Revolutionary United Front (RUF) de Foday Sankoh et Sam Bockarie, le National Patriotic Front of Liberia (NPLF) de Charles Taylor, l’UNITA de Jonas Malheiro Savimbi en Angola, les juntes du Général Guéi en Côte d’Ivoire, du Capitaine Sanogo au Mali ou du Capitaine Moussa Dadis Camara en Guinée-Conakry, entre autres exemples saillants de rébellions aux prétentions démocratiques. Intéressons-nous aux sorts respectifs de ces mouvements pour prendre conscience de l’exception ivoirienne. Un rapide regard panoramique sur l’histoire des rébellions du troisième cycle établit pourtant des caractéristiques saillantes :

La plupart de ces rébellions ne parvinrent pas à exercer pleinement le pouvoir d’Etat, empêtrées qu’elles étaient dans leurs contradictions internes et débordées qu’elles furent par leurs adversaires extérieurs, autant nationaux qu’internationaux. Voir notamment les cas des juntes de Dadis Camara et de Sanogo, ou les aventures du RUF et de l’UNITA.

La plupart des rébellions africaines à prétention démocratiques, une fois parvenues au pouvoir quand ce fut le cas, exercèrent ou exercent non pas démocratiquement, mais autoritairement le pouvoir d’Etat, se fragilisant du coup elles-mêmes. Voir le cas du NPLF de Charles Taylor ou de l’AFDL de Kabila

La plupart des rébellions africaines à prétention démocratiques se sont systématiquement mises à dos le gros des forces politiques de la société civile lorsqu’elles ont pris le pouvoir par les armes. C’est le cas de la plupart des mouvements rebelles parvenus au pouvoir, à l’exemple par exemple encore des juntes ivoirienne, guinéenne et malienne de Guéi, Dadis et Sanogo, mais aussi en partie de l’AFDL congolaise et du FPR au Rwanda.

Qu’en est-il alors de la rébellion ivoirienne des Forces Nouvelles ? Mesurons-en maintenant l’exceptionnelle réussite et originalité.

Les Forces Nouvelles ou la réussite de l’alchimie démocratique

En s’imposant dès le départ la mission de refonder la démocratie ivoirienne sur des bases inclusives, panafricaines et cosmopolitiques, la rébellion ivoirienne dirigée dès janvier 2001 par Guillaume Kigbafori Soro marquait son exception par l’exigence morale haute que s’imposait son projet. Guillaume Soro et ses camarades des MPCI-FN, contrairement à la junte du Général Guéi et de la plupart des autres mouvements rebelles à prétentions démocratiques en Afrique, n’envisageaient surtout pas de prendre le pouvoir pour s’y installer à leur propre compte. Il s’agissait de déclencher une transition politique authentique vers un régime républicain, humaniste, démocratique et prospère, bénéfique à l’ensemble des populations de Côte d’Ivoire.

Le deuxième axe de l’originalité des Forces Nouvelles de Côte d’Ivoire réside en leur réussite dans la convergence de leur propre organisation. Des batailles internes, parfois féroces et sanglantes eurent certes lieu. Mais leur issue fut exceptionnellement positive pour le mouvement et pour le pays. Les FN devinrent incontestablement la première force d’opposition politique au régime de Gbagbo, après avoir été considérées avec dédain par le régime FPI qui n’y voyait maladroitement qu’une excroissance du RDR d’Alassane Ouattara. Loin d’imploser sous l’effet conjugué des rivalités internes excitées en leur sein notamment par les hommes du sergent-chef Ibrahim Coulibaly, des Félix Doh et d’autres intrus venus du Libéria tels le terrible Sam Bockarie, le mouvement MPCI-FN aura réussi à se contrôler lui-même, puis à tenir 60% du territoire national de Côte d’Ivoire entre 2002 et 2007, au grand dam du régime FPI qui tenta pourtant de déstabiliser par moult fois les FN de l’intérieur. Durant ces cinq années cruciales, l’administration sociale, économique, culturelle et politique des zones FN, réussira le pari de stabiliser un espace où vivront des millions d’Ivoiriens et d’immigrés étrangers, en bonne intelligence. La Centrale, administration étatique mise en place par Guillaume Soro et ses camarades, démentira ainsi la malédiction de l’ingouvernabilité notoire des rébellions africaines, tout en conquérant une respectabilité internationale qui vaudra aux Forces Nouvelles la sympathie ou la considération du gros des pays de la sous-région ouest-africaine, du continent africain et de la communauté internationale non-africaine.

Le troisième axe de l’originalité et de la réussite exceptionnelle des Forces Nouvelles de Côte d’Ivoire tient à leur transition et insertion réussie dans le corps politique républicain de leur pays, notamment après la signature des Accords Politiques de Ouagadougou (APO) en mars 2007. Très peu de mouvements rebelles africains auront réussi à tenir comme les Forces Nouvelles, leur promesse de jouer pleinement le jeu politique républicain requis pour la modernisation effective des institutions de leur pays. Guillaume Soro conduit les Forces Nouvelles au dialogue direct avec le pouvoir Gbagbo, sous l’égide du président Compaoré. Contre vents et marées, et même au prix du risque de sa vie ostentatoirement menacée lors de l’attentat sanglant du 29 juin 2007, Guillaume Soro défient ceux qui le qualifient de traître dans son propre camp et devient premier ministre sous Laurent Gbagbo en 2007, s’engageant à conduire la Côte d’Ivoire vers des élections démocratiques, transparentes et consensuelles dès 2010. A partir de la victoire démocratique et militaire d’Alassane Ouattara, candidat de la coalition du RHDP sur le président sortant Laurent Gbagbo de la coalition, LMP, Guillaume Soro, reconduit premier ministre de Côte d’Ivoire par le nouveau Chef de l’Etat, va accélérer la mue politique des FN. Le conclave de septembre 2011 à Bouaké sera un tournant décisif en ce sens. En convainquant ses camarades d’entrer pleinement dans les administrations ivoiriennes, de se fondre au cœur de l’armée reformée des FRCI, de prendre toutes les responsabilités qui leur seront échues au cœur du gouvernement démocratique de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro achèvera de tenir la promesse politique originelle des Forces Nouvelles : servir l’avènement d’une nouvelle république inclusive, pour l’émergence d’une démocratie ivoirienne véritable. Mieux encore, en réussissant lui-même à se hisser à la tête du Parlement Ivoirien, seconde institution du pays, après sa pleine prise de responsabilité au cœur du Rassemblement des Républicains de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro et les Forces Nouvelles fixent leur destin dans la quintessence démocratique de la Côte d’Ivoire nouvelle, pour laquelle ils ont versé leur sueur, leur sang et leurs larmes. Ils s’inscrivent ainsi dans le marbre des nouvelles institutions ivoiriennes, à jamais. Qui dit mieux ?

Concluons donc cette série d’analyses historiques comparatives entre les rébellions africaines à prétention démocratique. Le bon sens nous incite à reconnaître que la rébellion ivoirienne des Forces Nouvelles a amplement réussi là où la plupart des autres ont échoué : elle n’a pas recherché le pouvoir politique pour elle-même, mais pour tout le peuple de Côte d’Ivoire ; elle a réussi à faire majoritairement reconnaître la légitimité morale et politique de sa lutte en Afrique et dans toute la communauté internationale, comme devant la majorité des Ivoiriens qui ont fini par admettre que l’ivoirité était un cancer dont l’extirpation exigeait les plus grands sacrifices ; la rébellion des Forces Nouvelles a enfin réussi à se fondre entièrement dans la République, épousant la dynamique générale de la société ivoirienne émergente que le Parti Houphouétiste Unifié du PDCI-RDR devra pleinement assumer dès le second mandat probable du Président Alassane Ouattara à partir de 2015. Par cette triple réussite, la rébellion ivoirienne des Forces Nouvelles s’excepte à jamais du sort tragique et stérile de la plupart de ses consoeurs africaines, méritant de la patrie reconnaissante et de tous les analystes avisés des temps africains présents. Mesure-t-on le poids et l’importance de la responsabilité de se rebeller contre un régime despotique en cette Afrique contemporaine ? « Les moutons marchent ensemble, mais ils n’ont pas le même prix », dit le proverbe. Un tel constat réflexif, en ce 19 septembre 2014, est aussi pour moi, une manière de saluer, fraternellement et chaleureusement, l’exceptionnelle exemplarité des femmes et hommes qui s’engagèrent aux côtés de l’homme-pont de la Côte d’Ivoire actuelle : l’excellent Guillaume Kigbafori Soro qui a tout l’avenir pour lui.

Source : guillaumesoro.ci

Ne faut-il pas, contre les forces amnésiques de l’ingratitude politique, mobiliser toutes les ressources de la réflexion, de la mémoire, de l’éducation citoyenne et de la mise en perspective des justes luttes qui fécondèrent le monde meilleur dont bien de nos contemporains profitent allègrement dans une bien affligeante insouciance ? Ces leçons de choses, je vais le montrer dans la présente tribune, s’appliquent parfaitement à l’exceptionnelle réussite de la rébellion ivoirienne des Forces Nouvelles de Guillaume Soro dans l’Afrique contemporaine. On le verra, loin d’être osée, la thèse que j’énonce se fonde sur une saine appréciation des faits. La méthode de notre démonstration sera la suivante : on procèdera d’abord à une reconnaissance générale de la typologie des rébellions africaines des 20ème -21ème siècles ; on montrera ensuite comment la rébellion ivoirienne des années 2001-2007 se sera pleinement démarquée de la vulgate de ses consoeurs continentales ; on pourra enfin conclure, non seulement que toutes les rébellions ne se valent pas, mais que celles qui réussissent le coup de maître d’adjoindre le combat contre l’injustice d’Etat au travail de reconstruction de cités africaines démocratiques, méritent la considération de tous les observateurs sains d’esprit et de bonne volonté. On comprendra au bout du compte pourquoi je parle de « l’exceptionnelle réussite de la rébellion ivoirienne ».

Brève typologie des rébellions africaines

En prenant comme périodes d’observation les 20ème et 21ème siècles africains, on ne peut manquer d’observer que le phénomène de la résistance armée des groupes d’africains contre les Etats constitués, appartient au phénomène plus large de la guerre civile, que l’on distingue en général des conflits armés internationaux. Les facteurs de guerre civile, on le sait, varient en fonctions des contextes et des processus historiques spécifiques.

Rébellions anticoloniales

On peut cependant relever que les rébellions africaines naissent à l’entrée du 20ème siècle de la crise caractéristique des systèmes étatiques coloniaux instaurés par les grandes puissances occidentales qui se partagent le continent entre les 15ème et 20ème siècles. De la révolte des Abbey ivoiriens à la guerre des Algériens et des Kamerunais contre le colonialisme français, sans oublier la guerre d’indépendance du Zimbabwé ou la longue résistance sud-africaine contre le colonialisme racial de l’Apartheid, la rébellion anticoloniale se drape de la superbe autorité morale du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, reconnu très tôt par la Charte de l’Atlantique[1] en 1941.

Rébellions ethno-religieuses

Après le cycle des rébellions anticoloniales que les Indépendances africaines des années 60-70 vont clore, apparaît dans le cadre des Etats africains hérités de la géopolitique coloniale, le phénomène des rébellions ethno-religieuses. Peu importe qu’elles se justifient par les dogmes des religions traditionnelles ou des religions d’importation en Afrique. C’est la facture politique de ces rébellions qui nous intéresse ici. Considérant que les tenants du pouvoir pratiquent un tribalisme d’Etat discriminant une importante partie de la population en raison de sa différence culturelle en général et bien souvent religieuse en particulier, les mouvements rebelles ethno-religieux qui émergent au cœur des Etats africains revendiquent le droit à l’exception culturelle de leur communauté, quitte à instaurer en cas de victoire contre l’ennemi un tribalisme d’Etat à nouveaux frais. De la rébellion des Shebabs somaliens à celle du FIS algérien d’Abbassi Madani, de celle de la Lord Resistance Army d’Alice Lakwena ou de Joseph Kony en Ouganda à celle de Simon Kimbangu au Congo, la signature caractéristique des rébellions ethnoreligieuses sera leu cloisonnement dans une logique sectaire qui les isolera sur les plans national et international, inexorablement.

Rébellions à prétention démocratiques

Le troisième cycle des rébellions africaines apparaît au cœur des Etats postcoloniaux, autour notamment de la revendication d’institutions démocratiques et inclusives pour tous les citoyens. C’est sans doute dans cette troisième classe de rébellions qu’on peut situer le mouvement des Forces Nouvelles de Guillaume Soro, le Front Patriotique Rwandais de Kagamé, l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDLC) de Laurent-Désiré Kabila, le Revolutionary United Front (RUF) de Foday Sankoh et Sam Bockarie, le National Patriotic Front of Liberia (NPLF) de Charles Taylor, l’UNITA de Jonas Malheiro Savimbi en Angola, les juntes du Général Guéi en Côte d’Ivoire, du Capitaine Sanogo au Mali ou du Capitaine Moussa Dadis Camara en Guinée-Conakry, entre autres exemples saillants de rébellions aux prétentions démocratiques. Intéressons-nous aux sorts respectifs de ces mouvements pour prendre conscience de l’exception ivoirienne. Un rapide regard panoramique sur l’histoire des rébellions du troisième cycle établit pourtant des caractéristiques saillantes :

La plupart de ces rébellions ne parvinrent pas à exercer pleinement le pouvoir d’Etat, empêtrées qu’elles étaient dans leurs contradictions internes et débordées qu’elles furent par leurs adversaires extérieurs, autant nationaux qu’internationaux. Voir notamment les cas des juntes de Dadis Camara et de Sanogo, ou les aventures du RUF et de l’UNITA.

La plupart des rébellions africaines à prétention démocratiques, une fois parvenues au pouvoir quand ce fut le cas, exercèrent ou exercent non pas démocratiquement, mais autoritairement le pouvoir d’Etat, se fragilisant du coup elles-mêmes. Voir le cas du NPLF de Charles Taylor ou de l’AFDL de Kabila

La plupart des rébellions africaines à prétention démocratiques se sont systématiquement mises à dos le gros des forces politiques de la société civile lorsqu’elles ont pris le pouvoir par les armes. C’est le cas de la plupart des mouvements rebelles parvenus au pouvoir, à l’exemple par exemple encore des juntes ivoirienne, guinéenne et malienne de Guéi, Dadis et Sanogo, mais aussi en partie de l’AFDL congolaise et du FPR au Rwanda.

Qu’en est-il alors de la rébellion ivoirienne des Forces Nouvelles ? Mesurons-en maintenant l’exceptionnelle réussite et originalité.

Les Forces Nouvelles ou la réussite de l’alchimie démocratique

En s’imposant dès le départ la mission de refonder la démocratie ivoirienne sur des bases inclusives, panafricaines et cosmopolitiques, la rébellion ivoirienne dirigée dès janvier 2001 par Guillaume Kigbafori Soro marquait son exception par l’exigence morale haute que s’imposait son projet. Guillaume Soro et ses camarades des MPCI-FN, contrairement à la junte du Général Guéi et de la plupart des autres mouvements rebelles à prétentions démocratiques en Afrique, n’envisageaient surtout pas de prendre le pouvoir pour s’y installer à leur propre compte. Il s’agissait de déclencher une transition politique authentique vers un régime républicain, humaniste, démocratique et prospère, bénéfique à l’ensemble des populations de Côte d’Ivoire.

Le deuxième axe de l’originalité des Forces Nouvelles de Côte d’Ivoire réside en leur réussite dans la convergence de leur propre organisation. Des batailles internes, parfois féroces et sanglantes eurent certes lieu. Mais leur issue fut exceptionnellement positive pour le mouvement et pour le pays. Les FN devinrent incontestablement la première force d’opposition politique au régime de Gbagbo, après avoir été considérées avec dédain par le régime FPI qui n’y voyait maladroitement qu’une excroissance du RDR d’Alassane Ouattara. Loin d’imploser sous l’effet conjugué des rivalités internes excitées en leur sein notamment par les hommes du sergent-chef Ibrahim Coulibaly, des Félix Doh et d’autres intrus venus du Libéria tels le terrible Sam Bockarie, le mouvement MPCI-FN aura réussi à se contrôler lui-même, puis à tenir 60% du territoire national de Côte d’Ivoire entre 2002 et 2007, au grand dam du régime FPI qui tenta pourtant de déstabiliser par moult fois les FN de l’intérieur. Durant ces cinq années cruciales, l’administration sociale, économique, culturelle et politique des zones FN, réussira le pari de stabiliser un espace où vivront des millions d’Ivoiriens et d’immigrés étrangers, en bonne intelligence. La Centrale, administration étatique mise en place par Guillaume Soro et ses camarades, démentira ainsi la malédiction de l’ingouvernabilité notoire des rébellions africaines, tout en conquérant une respectabilité internationale qui vaudra aux Forces Nouvelles la sympathie ou la considération du gros des pays de la sous-région ouest-africaine, du continent africain et de la communauté internationale non-africaine.

Le troisième axe de l’originalité et de la réussite exceptionnelle des Forces Nouvelles de Côte d’Ivoire tient à leur transition et insertion réussie dans le corps politique républicain de leur pays, notamment après la signature des Accords Politiques de Ouagadougou (APO) en mars 2007. Très peu de mouvements rebelles africains auront réussi à tenir comme les Forces Nouvelles, leur promesse de jouer pleinement le jeu politique républicain requis pour la modernisation effective des institutions de leur pays. Guillaume Soro conduit les Forces Nouvelles au dialogue direct avec le pouvoir Gbagbo, sous l’égide du président Compaoré. Contre vents et marées, et même au prix du risque de sa vie ostentatoirement menacée lors de l’attentat sanglant du 29 juin 2007, Guillaume Soro défient ceux qui le qualifient de traître dans son propre camp et devient premier ministre sous Laurent Gbagbo en 2007, s’engageant à conduire la Côte d’Ivoire vers des élections démocratiques, transparentes et consensuelles dès 2010. A partir de la victoire démocratique et militaire d’Alassane Ouattara, candidat de la coalition du RHDP sur le président sortant Laurent Gbagbo de la coalition, LMP, Guillaume Soro, reconduit premier ministre de Côte d’Ivoire par le nouveau Chef de l’Etat, va accélérer la mue politique des FN. Le conclave de septembre 2011 à Bouaké sera un tournant décisif en ce sens. En convainquant ses camarades d’entrer pleinement dans les administrations ivoiriennes, de se fondre au cœur de l’armée reformée des FRCI, de prendre toutes les responsabilités qui leur seront échues au cœur du gouvernement démocratique de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro achèvera de tenir la promesse politique originelle des Forces Nouvelles : servir l’avènement d’une nouvelle république inclusive, pour l’émergence d’une démocratie ivoirienne véritable. Mieux encore, en réussissant lui-même à se hisser à la tête du Parlement Ivoirien, seconde institution du pays, après sa pleine prise de responsabilité au cœur du Rassemblement des Républicains de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro et les Forces Nouvelles fixent leur destin dans la quintessence démocratique de la Côte d’Ivoire nouvelle, pour laquelle ils ont versé leur sueur, leur sang et leurs larmes. Ils s’inscrivent ainsi dans le marbre des nouvelles institutions ivoiriennes, à jamais. Qui dit mieux ?

Concluons donc cette série d’analyses historiques comparatives entre les rébellions africaines à prétention démocratique. Le bon sens nous incite à reconnaître que la rébellion ivoirienne des Forces Nouvelles a amplement réussi là où la plupart des autres ont échoué : elle n’a pas recherché le pouvoir politique pour elle-même, mais pour tout le peuple de Côte d’Ivoire ; elle a réussi à faire majoritairement reconnaître la légitimité morale et politique de sa lutte en Afrique et dans toute la communauté internationale, comme devant la majorité des Ivoiriens qui ont fini par admettre que l’ivoirité était un cancer dont l’extirpation exigeait les plus grands sacrifices ; la rébellion des Forces Nouvelles a enfin réussi à se fondre entièrement dans la République, épousant la dynamique générale de la société ivoirienne émergente que le Parti Houphouétiste Unifié du PDCI-RDR devra pleinement assumer dès le second mandat probable du Président Alassane Ouattara à partir de 2015. Par cette triple réussite, la rébellion ivoirienne des Forces Nouvelles s’excepte à jamais du sort tragique et stérile de la plupart de ses consoeurs africaines, méritant de la patrie reconnaissante et de tous les analystes avisés des temps africains présents. Mesure-t-on le poids et l’importance de la responsabilité de se rebeller contre un régime despotique en cette Afrique contemporaine ? « Les moutons marchent ensemble, mais ils n’ont pas le même prix », dit le proverbe. Un tel constat réflexif, en ce 19 septembre 2014, est aussi pour moi, une manière de saluer, fraternellement et chaleureusement, l’exceptionnelle exemplarité des femmes et hommes qui s’engagèrent aux côtés de l’homme-pont de la Côte d’Ivoire actuelle : l’excellent Guillaume Kigbafori Soro qui a tout l’avenir pour lui.

Source : guillaumesoro.ci

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