12102016Headline:

L’opposition en Côte-d’Ivoire n’a eu « aucune avancée en 5 années de politique de la chaise vide », selon Toussaint Alain

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Médiatique porte-parole de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo à l’étranger entre 2001 et 2011, Toussaint Alain s’est illustré ces dernières semaines en soutenant sur les réseaux sociaux les candidatures de l’opposition aux élections législatives du 18 décembre prochain. Il revient sur le scrutin à venir et l’enjeu de souder une opposition qui doit participer au « jeu » électoral pour « combattre » le pouvoir « dans les urnes ».

Comment expliquez-vous votre soutien à la branche du FPI de Pascal Affi N’Guessan et à LIDER (Liberté et démocratie pour la République) de Mamadou Koulibaly qui présentent des candidats aux législatives, mettant fin au boycott électoral ?
Tout d’abord, je voudrais préciser que je ne suis pas membre du FPI ni de LIDER, je suis un acteur politique national. Je ne suis pas un observateur, je fais partie de ceux qui pendant dix ans ont travaillé aux côtés du président Gbagbo en tant que serviteur de l’Etat. Depuis 2011, le régime de M. Ouattara et son gouvernement ont montré toute leur incapacité à répondre aux attentes des Ivoiriens sur tous les plans. En décembre 2011, au moment des précédentes législatives, l’opposition avait décrété le boycott. A l’époque, j’avais déjà demandé qu’on aille aux élections, quitte à solliciter leur report de quelques semaines, afin de permettre aux exilés politiques de s’impliquer. J’ai été critiqué, on m’a dit qu’il était impossible d’y aller tant qu’il y aurait des réfugiés et des prisonniers proches du camp Gbagbo.
Or, que constatons-nous depuis plus de cinq ans? Nos amis sont détenus dans les prisons du régime, les uns n’ont pas encore été jugés, les autres étant condamnés à des peines lourdes sur la base de procès purement politiques. Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont détenus à la Cour Pénale Internationale (CPI) et des dizaines de milliers d’Ivoiriens sont encore en exil. Nous n’avons donc obtenu aucune avancée significative en cinq années de politique de la chaise vide. Face à un tel tableau, faut-il se condamner à être en dehors du jeu politique ou faut-il enfin engager l’action politique qui permettra de répondre aux problèmes évoqués? La seule alternative qui se présente à nous est de revenir dans le jeu politique, afin de montrer à M. Ouattara qu’il y a une opposition déterminée, prête à le combattre dans les urnes, et au besoin dans la rue s’il tente d’outrepasser les règles élémentaires de l’Etat de droit. Nous croyons au suffrage universel et à la soif de changement.

Quel résultat pensez-vous que votre camp est en mesure de réaliser à ces élections ?
Les candidats de l’opposition que je soutiens vont aux législatives dans le but de les remporter. La fraude, ces dernières années, est devenue permanente à la plupart des scrutins organisés à l’échelle nationale. On l’a vu en 2010, M. Ouattara a manipulé les urnes dans le Nord pour compenser le retard qu’il avait dans le Sud. Mais ces législatives sont des élections locales, chaque candidat a le devoir de s’organiser pour éviter la fraude. Par exemple, s’il y a 50 bureaux de vote dans une circonscription, le candidat doit pouvoir s’organiser pour avoir deux personnes commises à la surveillance des opérations de vote, au bon déroulement du scrutin et du dépouillement. C’est la responsabilité de ces candidats de veiller à faire ce travail et ceux que je soutiens l’ont compris. J’ai pleinement confiance en eux, ils veulent le changement et se présentent pour la plupart dans leur région d’origine. Je pense que l’opposition fera un bon score au soir du 18 décembre.

Imaginez-vous qu’ils pourront remporter une majorité au parlement ?
Il faut être réaliste. Nous allons à ces élections comme le convalescent qui se remet à marcher. Nous avons eu un candidat de l’opposition lors de la présidentielle de 2015, puis nous nous sommes mobilisés lors du référendum constitutionnel. L’objectif de ces législatives, c’est d’avoir un maximum d’élus à l’Assemblée nationale, ce qui nous permettra de préparer sereinement les élections municipales et régionales de 2018. Le FPI a présenté 148 candidats, LIDER 13 et on compte aussi de très nombreux autres candidats indépendants proches de l’opposition, c’est déjà une bonne chose.
L’un des enjeux sera la participation électorale : plus elle sera massive, plus l’opposition aura des chances de faire un bon score. Si l’on en a assez de l’école qui ne fonctionne pas et des autres problèmes du pays, il faut sanctionner ce gouvernement qui est incapable de changer la vie des Ivoiriens et qui maintient des centaines de détenus illégalement dans les prisons. Des millions de jeunes sont au chômage alors qu’on nous annonce une croissance de 8,5% ! Ce parlement sortant n’a proposé qu’une seule loi en cinq ans de législature, il est devenu une chambre d’enregistrement du gouvernement. Nous voulons un parlement qui légifère et est à l’initiative des lois, qui anime la vie démocratique.

Quelle est votre position vis-à-vis des « indisciplinés » du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI comme Kouadio Konan Bertin dit « KKB » ou Yasmina Ouégnin, députés sortants et candidats à leur réélection malgré leur mise à l’écart?
La pratique de ce parti, pieds et poings liés au Rassemblement des républicains (RDR, parti au pouvoir), est le résultat de compromissions politiques. Si Yasmina Ouégnin et KKB, qui se sont distingués au moment du référendum, veulent rejoindre officiellement les rangs de l’opposition, ils seront les bienvenus. KKB ne devrait pas poser de problème dans son ralliement à l’opposition. Ouégnin a voté non au référendum mais elle n’a pas manifesté. Cependant nous apprécierons de la voir rejoindre le camp de l’opposition tant elle est ostracisée et maltraitée par le PDCI.
Lors des législatives de 2011 à Cocody (Est d’Abidjan), alors qu’il y avait eu seulement 15,71% de participation (pour un corps électoral de 213.668 inscrits), conséquence de l’appel au boycott lancé par l’opposition, Yasmina Ouégnin avait été élue sous l’étiquette du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, allié au pouvoir). La voilà candidate indépendante aujourd’hui contre la ministre de la Communication, Affoussiata Bamba-Lamine. Il va falloir qu’elle aille chercher un électorat qui pourrait voter pour elle, notamment parmi l’électorat de M. Gbagbo. Dans cette circonscription, Issiaka Sangaré, le jeune frère d’Aboudrahamane Sangaré (cadre du FPI opposé à Affi N’Guessan) est aussi candidat aux côtés de quelques indépendants très connus, donc l’élection s’annonce très compliquée pour elle. Nous souhaitons que l’opposition et ses alliés objectifs gagnent le maximum de sièges pour former un front uni contre le régime de M. Ouattara.

Vous vivez aujourd’hui en exil en France, comment menez-vous campagne, loin de la Côte d’Ivoire ?
Malheureusement je ne battrai pas campagne sur le terrain. J’apporte donc un appui logistique à mes amis engagés dans le combat, avec les responsables de LIDER et du FPI, en les appuyant modestement et en les conseillant. Tous ceux qui sont en exil devraient agir comme moi. Si j’étais sur place, je serais sans doute allé dans ma circonscription de Bayota, dans la région de Gagnoa (ouest de la Côte d’Ivoire). J’espère en tous cas que je serai au pays lors des prochaines échéances électorales.

Pourquoi refusez-vous de revenir en Côte d’Ivoire ? Sentez-vous que votre sécurité serait menacée ?
Le gouvernement actuel a des soucis avec la liberté d’expression, il n’aime pas qu’on lui montre du doigt ses défauts, donc il arrête abusivement les opposants. J’ai incarné pendant une décennie l’un des visages du régime Gbagbo. Outre des interventions dans les médias, j’effectue aussi des déplacements à l’étranger (Etats-Unis, Russie, Union européenne, etc.) pour plaider sa cause. Dès que les conditions de ma sécurité et de mon intégrité seront garanties par le gouvernement, je pourrai rentrer.

Quelles sont vos activités depuis l’exil ?
Je préfère ne parler que des questions politiques.

En tant qu’ancien porte-parole de Laurent Gbagbo, gardez-vous un contact avec lui ?
Oui. Ma dernière visite à La Haye remonte au mois de mai 2016 et je vais y retourner en décembre pour saluer le président Gbagbo et Charles Blé Goudé, et prendre de leurs nouvelles.

Propos recueillis par Noé MICHALON

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