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Me Félix Bobré avocat pro-Gbagbo : « Ce pour quoi les accusés comparaissent n’est pas établi »

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Maître Félix Bobré fait partie du collectif des avocats qui assurent la défense des pro-Gbagbo comparaissant devant la Cour d’assises. Au terme de l’audience du jeudi 22 janvier dernier, il livre ici ses impressions.
Notre Voie : Les pro-Gbagbo qui sont vos clients comparaissent devant la Cour d’assises depuis la fin du mois de décembre dernier. Quel est votre commentaire sur ce procès ?
Me Bobré Félix: Je peux vous dire que le procès se déroule dans une correction parfaite. Il n’y a pas d’incident majeur et je crois que c’est déjà bon.

Notre Voie: Vous n’avez donc rien à reprocher à la Cour ?
Me B.F.: Non, on distribue correctement la parole. Maintenant quant au fond du dossier, je voudrais vous rappeler que tous ceux qui comparaissent sont poursuivis pour atteinte à la sûreté de l’Etat, atteinte à la défense nationale etc. Ils ne sont pas poursuivis pour pillage ou pour meurtre. Et vous aurez constaté que lors de cette instruction, on a insisté beaucoup plus sur le meurtre ou supposé meurtre alors que ce n’est pas l’infraction visée. Ce qui m’amène à dire que ce pour quoi les accusés comparaissent, de mon point de vue, n’est pas établi. On pose des questions aux accusés sur le fait de savoir s’ils ont levé une rébellion, par exemple, ou s’ils ont favorisé une coalition de fonctionnaires, s’ils ont levé une bande armée, s’ils étaient armés. Mais on ne leur demande pas s’ils ont posé des actes pour changer l’ordre constitutionnel ou s’ils ont posé un acte pour changer le régime. On ne pose pas des questions de savoir si ceux qui comparaissent ont posé des actes avec pour but de porter atteinte à l’intégrité du territoire ou à provoquer un trouble à l’ordre public.

N.V.: Mais il y a un lot de chefs d’accusation contre vos clients dont la xénophobie, le tribalisme et bien d’autres ?
Me B.F.: Là-dessus aussi, si vous avez constaté, on n’a même pas véritablement touché à ces infractions. Moi-même j’ai eu à poser des questions pour savoir s’ils ont posé des actes ou manifesté une hostilité à l’égard de telle communauté étrangère ou ethnique ou contre telle autre confession religieuse. Et les témoins qui comparaissent ne relèvent pas aussi ces faits.

N.V.: Comment expliquez-vous le fait que des témoins ne reconnaissent pas les accusés dans le box?
Me B.F.: Je m’interroge si ce sont véritablement des témoins. Parce que le témoin suppose que c’est quelqu’un qui a vécu, qui a vu et qui vient porter un témoignage. Si je dis que quelqu’un a levé une bande armée, cela veut dire que je l’ai vu et j’ai perçu clairement son comportement. Moi, le témoin je décris ce que j’ai vu. Le témoin ne qualifie pas les faits car la qualification des faits relève de la juridiction. Mais le témoin doit dire de façon claire et précise ce qu’il a vu. Ce qui n’est pas le cas de tous les témoins qui défilent à la barre.

N.V.: Mais certains témoins affirment que leurs bourreaux portaient des cagoules. Est-ce que de tels témoignages ne peuvent pas être pris en compte par le juge ?
Me B.F.: Ces témoignages ne sont pas fiables puisqu’on leur dit de venir identifier les accusés. Mais ils ne peuvent pas les identifier. Vous ne pouvez pas identifier quelqu’un qui a porté une cagoule ou un masque sur son visage. Là on risque de désigner n’importe qui.

N.V.: Dans l’ensemble, est-ce que vous êtes satisfait de la manière dont vos clients se défendent ?
Me B.F.: Attention, moi j’ai un cadre. Je regarde l’accusation. Qu’est-ce qu’on leur reproche ? Ce n’est pas la rhétorique abondante qui m’intéresse. Dans chaque déclaration, je cherche quelque chose. Je vois l’infraction et je pose les questions en fonction de l’infraction.
A partir du moment où on ne touche pas aux infractions qui sont visées et pour lesquelles mes clients sont poursuivis. Je dis que mes clients n’ont rien fait. Quand j’aurai mon temps de parole, je le dirai.

N.V.: A quand le passage de ceux qu’on appelle les gros calibres. Je veux parler de Simone Gbagbo, Affi N’Guessan, Aké N’Gbo, Sangaré Abou Drahamane, Henri Dacoury-Tabley et les autres hauts responsables pro-Gbagbo ?
Me B.F.: Je pense que pour le moment, ce sont ceux qui sont en détention qui comparaissent. Après je crois que les militaires vont passer et les hommes politiques suivront. Mais c’est au fur et à mesure de chaque audience qu’on verra l’ordre de passage.
Interview réalisée par Benjamin Koré

notre voie

 

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