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Moi Ouattara, Président de tous les ivoiriens

Moi Ouattara, Président de tous les ivoiriens : Éditorial du 10 juin 2012 dans l’Intelligent d’Abidjan

Alors que l’on parle de plus en plus de réconciliation nationale dans le pays , nous publions ci-dessous un éditorial écrit et publié il y’a 7 ans déjà , le 10 juin 2012. Intéressant à relire, comme également une interpellation sur la responsabilité du journaliste par rapport au temps présent, au temps long et aux perspectives de la vie d’une nation et du monde.

QUAND LES TEMPS sont durs, vient le temps des durs’’, avait dit un jour le député Mamadou Ben Soumahoro. Aujourd’hui les temps semblent durs et cela donne des idées aux ennemis du ré- gime Ouattara, mais aussi le vent en poupe aux durs et aux radicaux de l’équipe au pouvoir. Les questions de sauvegarde et de survie de l’Etat sont mises au rang des priorités. Face à l’adversité, aux menaces de déstabilisation et aux attaques, les temps qui sont durs ne sont pas mis à profit pour mener la réflexion. La situation à l’Ouest et les éventuelles tentatives de déstabilisation déjouées par le gouvernement ivoirien, ne pourraient-elles pas conduire à réexaminer une certitude qui a prévalu depuis le début du mandat du président Alassane Ouattara ?
Selon cette certitude, la pauvreté, l’oisiveté et le chômage sont à la base des crises, de l’exclusion et de la division entre les Ivoiriennes et les Ivoiriens. Selon la même certitude, il suffit donc d’appliquer le programme du président Ouattara, il suffit de créer un million d’emplois, d’offrir du travail à tous, d’électrifier tous les villages, de partager équitablement les richesses, de construire des routes, des écoles et des hôpitaux partout en Côte d’Ivoire pour garantir la réconciliation, et instaurer une paix durable dans le pays.
Pourtant, pendant que le gouvernement est en train de réaliser un tel programme ambitieux et généreux, pendant que les solutions Ouattara se mettent en place pour le bonheur des populations, avec l’assistance sécuritaire de l’Onuci, de la Licorne, le soutien diplomatique et financier de toute la communauté internationale (PPTE imminent), pendant que la Bad confirme son retour prochain à Abidjan et que des travaux ont cours dans ce sens, il se trouve des gens pour tenter des coups d’Etat depuis le Togo, il se trouve également des hommes en armes pour tenter des embuscades contre l’Onuci à l’Ouest, avec 7 casques bleus tués ( ce qui n’était jamais arrivé en Côte d’Ivoire, malgré cette hostilité contre les forces onusiennes accusées soit de laxisme, soit de partialité)!
Alors question : qui ne veut pas la paix? Mais la bonne question n’est-elle pas plutôt de savoir si la manière actuelle de faire la paix et la réconciliation est la meilleure.
Le président Ouattara a gagné en RHDP. Le président Ouattara doit gouverner en RHDP. Gouverner en RHDP n’est pas antinomique à vouloir gouverner au profit de tous les Ivoiriens, tel que le souhaite M Joël N’Guessan, le porte-parole principal du RDR. Si le PDCI manifeste quelques mécontentements, c’est bien parce qu’il a le sentiment d’avoir affaire à une gouvernance RDR à la place d’une gouvernance RHDP, ou d’une gouvernance qui ne touche pas tous les Ivoiriens. Le porte-parole principal du RDR dit que le PDCI a tort de réclamer un Etat RHDP, alors que le président Ouattara doit être le président de tous les Ivoiriens.
Il est bien de saisir la balle au bond, pour indiquer que les militants du FPI et les pro-Gbagbo souhaitent justement que le président Ouattara soit aussi leur président. Ils se sentent abandonnés par le père de la Nation et ont le sentiment que les autorités prennent des décisions pour faire plaisir d’abord aux militants du RDR, et accessoirement à ceux du PDCI, qui eux, ont bien du mal à être satisfaits.
Gouverner et prendre des décisions pour faire plaisir et le bonheur de tous les Ivoiriens, y compris surtout ceux du FPI, voici ce que signifie le fait de refuser d’être le chef d’un Etat RHDP.
En sa qualité de porte-parole princi- pal du RDR, il est à espérer que la voix de l’ex-ministre des Droits de l’Homme porte fort au sein de son parti, afin que tous les militants du RDR, les partisans du président Ouattara non militants ni sympathisants du RDR, et aussi les cadres et militants du PDCI, comprennent qu’ils n’ont pas le droit d’être heureux (ou qu’ils ne peuvent heureux) tant qu’un seul Ivoirien; qu’il soit RDR, PDCI ou FPI est mécontent et malheureux.
L’on note également que des décideurs du RDR n’ont pas du tout apprécié les réserves émises par le PDCI lors de son Bureau politique, déplorant cette interpellation pu- blique, malgré les rencontres régulières Bédié- Ouattara et malgré la présence d’Ahoussou Jeannot à la Primature.
Quelques observateurs, oubliant la nature présidentialiste du système constitutionnel ivoirien (sauf en cas de majorité parlementaire hostile au Président de la République), marqué par une hyper présidence positive ou un président hyper actif, mettent en avant la responsabilité ou l’incompétence des ministres PDCI dans les secteurs décriés (vie chère, défense, immigration, etc.).
Cette sorte de fuite en avant, et la relative survivance de certains coups d’éclat de la gouvernance Laurent Gbagbo, ne doivent pas décourager les Ivoiriens ni les observateurs.
En dépit du tableau sombre apparent, malgré également les temps qui paraissent durs, avec l’argent qui ne circule pas pour tous, la vie qui est de plus en plus chère, malgré les attaques à l’Ouest, malgré des pro-Gbagbo comme le colonel Katé ou l’ex-ministre Lida qui préparent des coups d’Etat, malgré les enquêtes contre Calixthe Beyala, malgré le sentiment de traque que les exilés ont, malgré le sentiment de critique injuste et méchante que peuvent avoir des pro- Ouattara, malgré le non dégel des comptes des collabo et soutiens du régime Gbagbo durant la crise postélectorale, malgré le maintien en prison de certains cadres de l’ex-régime, malgré la présence de Laurent Gbagbo à la Haye, malgré ( en un mot, comme en mille) des dizaines de raisons d’être mécontent et de désespérer ; les raisons de ne pas désespérer demeurent cependant plus nombreuses.
La clé de l’espoir ré- side entre les mains du président Alassane Ouattara. C’est à lui que les Ivoiriens demanderont des comptes dans quatre ans. C’est lui et lui seul qui rendra compte. Ce que ses collaborateurs n’ont pas fait (ou ont fait mal fait) n’intéressera personne. Il assumera seul !
L’enjeu véritable est de donner du contenu et du concret à cette phrase forte durant la tournée a l’Ouest: « Je suis le président de tous les Ivoiriens, je ne suis pas le président d’un clan ». Quand on a entendu le président de la République dire et redire cela, on ne doit pas céder au désespoir ambiant. On doit certes attendre beaucoup d’Alassane Ouattara, pour la paix, le pardon et la réconciliation, toutefois on ne doit pas, malgré les lents signes de l’attente de l’amnistie générale, ou d’une éventuelle justice pour tous qui tarde et est incertaine, porter atteinte à la sûreté de l’Etat, ni à l’intégrité territoriale de la Côte d’Ivoire, aussi bien à l’Ouest qu’ailleurs.
La vengeance armée des pro-Gbagbo d’une part, et d’autre part la justice dite des vainqueurs, ne peuvent être, en aucun cas, un programme de gouvernement ni de reconquête du pouvoir. Oui, qu’on soit RDR, PDCI ( ou RHDP), qu’on soit FPI, on a encore des raisons de ne pas du tout désespérer, même s’il existe quelques raisons de vouloir se venger pour gâ- ter le coin ou de jouer les durs, pour empêcher que le régime ne tombe comme un fruit pourri. Quand les temps sont durs, il n’est pas néces- saire que tout le monde joue au dur, ou devienne dur.

Charles Kouassi

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