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Non, la justice ivoirienne ne peut pas poursuivre les deux camps/les raisons

Les crimes visés par la CPI concernent aussi bien les crimes commis dans le contexte de la crise postélectorale de 2010-2011 que ceux commis du 19 septembre 2002 à ce jour. Ainsi, des crimes potentiellement commis par l’ex-rébellion pourraient faire également l’objet d’investigations. Seulement, la Côte d’Ivoire est-elle en mesure de coopérer?

Par Serge Kouamé

En avril 2015, le président Alassane Ouattara donnait déjà le ton « personne n’ira à la CPI, nous jugerons toutes les personnes ici en Côte d’Ivoire ». Une volonté affichée du Chef de l’État de faire confiance à la justice nationale dans la conduite des affaires liées à la crise postélectorale. Seulement, Alassane Ouattara a sa propre compréhension de la justice.

Une volonté mitigée d’Alassane Ouattara de rendre justice

Lors d’une rencontre avec des victimes d’Abobo, bourgade d’Abidjan qui a souffert des assauts des forces proches de Laurent Gbagbo, le président ivoirien avait lâché : « J’entends ici et là, la justice des vainqueurs. Est-ce qu’on a déjà vu une justice des vaincus ? » Certainement critiqué par cette prise de position, la justice ivoirienne inculpe dans la foulée d’anciens chefs rebelles pro-Ouattara. La FIDH à l’époque avait salué ce « rééquilibrage des poursuites ».

Depuis ces inculpations, plus rien n’a suivi et les inculpés sont toujours à leur poste et libres de leurs mouvements. Les victimes de l’autre camp “défait” attendent une hypothétique justice pour essuyer leurs larmes. Mais dans le contexte socio-politique actuel, la justice ivoirienne est-elle en mesure d’engager des poursuites dans le camp Ouattara ?

 

Juger les ex-rebelles, un pari risqué pour Ouattara…

« Ce sont deux camps qui se sont battus. Il faut juger tout le monde. » Cette plainte légitime de certains partisans de l’ex-président ivoirien se heurte à une réalité en Côte d’Ivoire. Les événements vécus ces derniers jours montrent que les ex-rebelles tiennent en laisse l’armée ivoirienne.

Cherif Ousmane, inculpé par la justice ivoirienne pour crimes commis pendant la crise postélectorale et considéré comme l’une des figures emblématiques de l’ex-rébellion, reste le commandant en second de la garde républicaine. Losséni Fofana dit « Loss », épinglé dans plusieurs rapports d’ONG de défense des droits de l’homme, est le pilier des forces spéciales, une unité d’élite de l’armée. Issiaka Ouattara dit « Wattao », médiateur entre les mutins et le gouvernement ivoirien, détiendrait avec son frère Morou Ouattara « environ 10 % de l’arsenal militaire total » ivoirien selon un rapport d’un groupe d’experts de l’ONU.Intenter une action judiciaire contre ces personnes qui ont hissé Alassane Ouattara au pouvoir reviendrait à se faire hara-kiri.

Aujourd’hui, le président ivoirien n’est pas si suicidaire pour « retourner son propre couteau contre lui-même ». Les victimes, elles, devraient encore attendre car il est illusoire de croire que justice sera rendue pour elles pendant la gouvernance Ouattara. Sauf si la Cour pénale internationale, qui dit diligenter des enquêtes dans les deux camps, lance de façon courageuse, ne serait-ce que pour le symbole, des mandats d’arrêts contre ces chefs de guerre soupçonnés de crimes les plus graves commis notamment dans l’Ouest ivoirien.

Ivoire Justice

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