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Pakistan : le Premier ministre Imran Khan en sursis après la défection de son principal allié

Accusé par ses opposants de mauvaise gestion économique et de maladresse en matière de politique étrangère, le Premier ministre pakistanais se trouvait davantage sur la sellette, mercredi, après que son principal allié l’a lâché à quelques jours d’une motion de censure. Dimanche, Imran Khan a attaqué ses adversaires et accusé un “complot étranger” de vouloir le renverser.

L’avenir du Premier ministre pakistanais Imran Khan paraissait très incertain, mercredi 31 mars, son principal allié l’ayant lâché à quelques jours d’une motion de censure à haut risque pour le chef du gouvernement.

Aucun Premier ministre dans l’histoire du pays n’a terminé son mandat, et Imran Khan pourrait bien connaître le même sort.

Accusé par ses opposants de mauvaise gestion économique et de maladresses en politique étrangère, l’ancienne gloire nationale de cricket est confrontée à sa plus grave crise politique depuis son élection en 2018.

L’économie du pays est dans le marasme avec une inflation galopante, une roupie faible et une dette écrasante.

Les débats sur la motion doivent débuter jeudi et le vote pourrait avoir lieu dès ce week-end. Le temps pour le Premier ministre de tout faire pour limiter les défections au sein de son propre parti, le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI), et de s’assurer du soutien d’une multitude de petites formations alliées.

Sur le plan sécuritaire, le gouvernement doit aussi faire face à une intensification des attaques du mouvement taliban pakistanais TTP (Tehreek-e-Taliban Pakistan), qui a annoncé mercredi vouloir lancer une “offensive printemps du ramadan”, qui visera les forces de sécurité pakistanaises. 

Cette “offensive” du TTP, qui doit débuter le premier jour du mois du ramadan, soit dimanche ou lundi, prévoit notamment “des attentats suicide, des embuscades, des attaques avec des mines”, a déclaré le porte-parole du groupe, Mohammad Khorasani.

Cette annonce a suivi la revendication par le TTP d’une attaque qui tué six soldats pakistanais, selon l’armée, dans le nord-ouest du pays, frontalier avec l’Afghanistan.

Imran Khan devait initialement s’adresser à la nation dans la soirée, mais la déclaration a finalement été annulée, sans autre raison.

Sur le papier, le PTI et ses partenaires de la coalition disposent de 176 sièges sur les 342 membres de l’Assemblée.

Mais mercredi, les cinq membres du Mouvement Muttahida Qaumi (MQM-P) ont annoncé qu’ils voteraient la motion de censure avec l’opposition, qui détenait jusque là un total 163 sièges.

Le chef du MQM-P, Faisal Subzwari, a tweeté que son parti avait finalisé un accord avec l’opposition, dirigée par le Parti du peuple pakistanais (PPP) et la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N).

Quelques heures plus tard, un des poids lourds du MQM-P, Syed Amin Ul Haque, ministre des Technologies de l’information et des télécommunications, a annoncé sa démission du gouvernement Khan.

Une dizaine de députés du PTI ont également indiqué leur intention de censurer le Premier ministre.

Le PML-N et le PPP ont dominé la politique nationale pendant des décennies, avec des périodes de pouvoir ponctuées de coups d’État militaires, jusqu’à ce qu’Imran Khan forge une coalition en promettant notamment aux électeurs de balayer des décennies de corruption.

Certains analystes disent qu’Imran Khan a également perdu le soutien crucial de l’armée, clef du pouvoir politique pakistanais.

Depuis l’indépendance en 1947, le Pakistan a connu quatre coups d’État militaires, et au moins autant de coups d’État infructueux, et le pays a passé plus de trois décennies sous le régime de l’armée.

Si Imran Khan est renversé, un nouveau gouvernement sera probablement dirigé par Shehbaz Sharif (PML-N), le frère de l’ancien Premier ministre Nawaz Sharif, destitué en 2017 pour corruption présumée et emprisonné, puis libéré sous caution en octobre 2019 pour raisons médicales.

Pour sortir de l’impasse, Imran Khan pourrait aussi annoncer des élections anticipées, alors que les prochaines doivent avoir lieu avant octobre 2023.

Dimanche, lors d’un rassemblement dans la capitale de dizaines de milliers de ses partisans, le Premier ministre a attaqué violemment ses adversaires et accusé un “complot étranger” de vouloir le renverser.

“Nous avons été menacés par écrit mais nous ne transigerons pas sur les intérêts nationaux”, a lancé Imran Khan, sans donner de détails ni fournir de preuves.

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