12032022Headline:

Premier procès en France d’un ancien chef de guerre libérien

Des heures sombres de la guerre civile au Liberia aux Assises de Paris. Le procès d’un ancien chef rebelle s’ouvre ce lundi 10 octobre en France. Celui de Kunti Kamara, commandant de l’Ulimo durant la première guerre libérienne (1989-1997). Il encourt la prison à perpétuité. Il est poursuivi pour complicité de crimes contre l’humanité, tortures et actes de barbarie, en 1993 et 1994, dans le comté de Lofa.

Dans le comté de Lofa, territoire riche en diamants du nord-ouest du Liberia, frontalier de la Guinée et de la Sierra-Leone, au début des années 1990, c’est la terreur. Tortures, mises à mort, travail forcé et violences sexuelles. Le mouvement armé rebelle Ulimo (United Liberation Movement of Liberia for Democracy) formé en 1991 gagne du terrain sur le NPFL (National Patriotic Front of Liberia), mouvement armé dirigé par Charles Taylor.

Au moment des faits qui lui sont reprochés, Kunti Kamara a alors à peine vingt ans. En tant que commandant au sein de l’Ulimo, il encourage les viols et les actes d’une extrême violence contre les habitants, pour les intimider ou les punir d’une collaboration supposée avec le groupe adverse.

Sur son site internet, l’organisation Civitas Maxima, à l’origine de la plainte contre Kunti Kamara, rappelle que selon la Commission Vérité et réconciliation, l’Ulimo s’est rendue responsable de plus de 11 000 violations des droits humains durant la première guerre civile du Liberia.

Kunti Kamara a été arrêté en France en 2018. Remis en liberté provisoire suite à une erreur procédurale, il est arrêté à nouveau en janvier 2020 alors qu’il essaie de quitter le pays.

Son procès va durer jusqu’au 4 novembre à Paris en vertu de la compétence universelle qui permet de juger les crimes les plus graves quel que soit le pays où ils ont été commis.

Selon Civitas Maxima, qui documente les crimes internationaux pour obtenir réparation au nom des victimes, pour cette affaire, les autorités françaises, aux côtés des autorités libériennes, se sont rendues dans le comté de Lofa, en 2019, pour une mission d’enquête.

C’était la première fois depuis la fin de la guerre civile que les autorités libériennes, avec des autorités étrangères, entreprenaient des reconstitutions de scènes de crime de guerre.

Le procès de Kunti Kamara est le premier instruit par le pôle « crimes contre l’humanité » du Tribunal de Paris (créé en 2012) qui ne soit pas lié au génocide rwandais.

Kunti Kamara est le deuxième chef de guerre libérien jugé à ce jour. Avant lui, Alieu Kosiah, également commandant de l’Ulimo, a été condamné en première instance en Suisse à 20 ans de prison. Son procès en appel est prévu pour début 2023. Après deux guerres civiles, et plus de 250 000 morts, aucun procès n’a eu lieu à ce jour au Liberia.

Melv

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