09252020Headline:

Présidentielle 2015 Ouattara fait la campagne de Banny!dans l’Affaire « 16 milliards

bany ado

Comme c’est étrange ! Selon « Le Patriote » (très affirmatif) et l’Agence de Presse Africaine (APA) qui cite une source policière, les convocations de la police économique servies à deux proches de l’ancien premier ministre Charles Konan Banny seraient la conséquence de la découverte présumée de cinq milliards de FCFA sur le compte du premier, Oka Sylvain, ex-cadre de la Bceao à la retraite, et de la découverte d’ un virement présumé de 500 millions de FCFA sur un compte du deuxième, Arthur Alloco, ex-DG par intérim de l’ex-ATCI (devenu ARTCI) et actuel patron d’un cabinet privé de consultance en droit fiscal.

Deux autres personnes, dont l’une est également très proche du même Charles Konan Banny, ont été convoquées. Mais on nous prie de croire que les convocations servies à tout ce beau monde, huit jours seulement après l’annonce de la candidature de l’ex-premier ministre à la présidentielle de 2015, n’ont absolument rien à voir avec un règlement de comptes politiques.

 

Elle en a mis du temps, la justice !

Arthur Aloco a été débarqué de la tête de l’ex-ATCI en mai 2012 par le conseil d’administration de cette défunte structure sur saisine du ministre Koné Bruno, porte-parole du gouvernement. C’est que Arthur Aloco avait dénoncé les conditions de l’attribution hors compétition, de la Licence 3G à l’opérateur de téléphonie mobile « MOOV-CI » par le ministère encore occupé par Koné Bruno, tutelle de l’ATCI. Une attitude qualifiée d’ « insubordination et de communication de documents à la presse » par le ministre qui mettra tout en œuvre pour avoir sa tête.

Le jour de la passation des charges entre Arthur Aloco et son successeur, Bilé Diéméléou, actuel patron de l’ARTCI, le limogé a tenu à présenter le bilan de sa gestion en moins de deux ans en déclarant, document à l’appui, avoir réalisé un excédent de trois milliards de FCFA. Un montant jamais remis en cause par le ministère de tutelle. Depuis, l’homme a tenté sa chance à l’élection des Conseils Régionaux dans le « Bélier » en affrontant le Premier ministre Ahoussou Jeannot en mars 2013. Avant de créer un cabinet de consultance en matière de droit fiscal et autres…

Selon le confrère « Le Patriote » qui a tenté d’éclairer la lanterne des Ivoiriens dans son édition datée du 22 décembre, déjà, à cette époque, la justice aurait découvert un virement de 500 millions de FCFA sur un compte qui lui appartiendrait et qui serait logé à BNP Paribas en France:« (…) alors qu’il était directeur général de l’Agence des Télécommunications (ATCI) devenu aujourd’hui ARTCI-écrit le confrère, Arthur Aloco avait fait virer sur un compte à BNP Paribas, la rondelette somme de 500 millions de FCFA. L’affaire avait été ébruitée en son temps, mais comme il briguait la présidence du Conseil Régional du Bélier contre le Premier ministre Ahoussou Jeannot, elle avait été étouffée, pour ne pas être interprétée comme un règlement de comptes, dans l’optique de cette élection… » Et le confrère d’ajouter sans rire : « Toutefois, la justice avait son calendrier à elle. Et le moment est, semble-t-il, venu, pour elle, de tirer cette affaire au clair. »

Dommage que le confrère ne dise pas qui a étouffé cette affaire pendant plus de deux ans pour ne pas qu’elle soit « interprétée comme un règlement de comptes ». Et pourquoi la justice craindrait qu’on la soupçonne de cette manière si elle a des preuves indiscutables en mains, puisqu’elle est censée être indépendante ?

Ce pays est vraiment curieux ! Voilà une justice indépendante qui découvre en 2012 qu’un virement de cinq cent millions a été fait sur un compte appartenant à l’ex-DG de l’ATCI, limogé, rappelons-le, pour « insubordination ». Mais pendant un an, elle ne fait rien. Jusqu’à ce que ce dernier se présente à une élection. Et on dit qu’à cause de cette élection, l’affaire a été «étouffée ». Par qui ? Entre temps, aucune disposition n’est prise pour bloquer ces présumés 500 millions virés sur ce fameux compte. De 2012 à 2014, l’ex-DG a été libre de ses mouvements, s’est rendu à plusieurs reprises en France. Sans doute profitait-il pour mouvementer ce fameux compte à l’insu de la justice ?

L’élection des Conseillers régionaux a eu lieu le 21 avril 2013. Et Arthur Aloco a été battu à la loyale par l’ex-premier ministre. Mais pendant plus d’un an, après cette élection, la justice n’a pas jugé nécessaire de « tirer cette affaire au clair ». Et Arthur Aloco a continué à vaquer tranquillement à ses occupations professionnelles et politiques en tant que militant du Pdci-Rda. Dans le cadre des tournées d’explications de l’appel de Daoukro, il s’est rendu sur le terrain, avec le Premier ministre Ahoussou, pour convaincre les militants du Pdci de la Région du Bélier, d’accepter la candidature unique du chef de l’Etat dans le cadre du RHDP, à l’élection présidentielle de 2015, suivant l’appel de Bédié.

Sans doute aurait-il continué à œuvrer pour la candidature unique que la justice aurait fermé définitivement les yeux sur le « crime » qui lui est reproché aujourd’hui ?

Mais voilà ! Le 10 décembre 2014, en compagnie de Sran Kouassi, porte-parole de Banny dans le cadre de la CDVR, et d’Oka Sylvain, Arthur Aloco se rend à la Maison du Pdci pour déposer la candidature de Charles Konan Banny à la convention devant désigner le candidat de ce parti à l’élection présidentielle. Huit jours plus tard, le jeudi 18 décembre, Arthur Aloco et Oka Sylvain reçoivent une convocation de la police économique pour « affaire (les) concernant ». Jusqu’à cette date, jamais personne n’avait demandé quoi que ce soit également à Oka Sylvain sur son présumé patrimoine de « cinq milliards » ou sur la somme de « cinq milliards » qui roupillerait sur son compte.

Le vendredi 19 décembre, Oka Sylvain se rend dans les locaux de cette police pour s’informer sur ce qui lui est reproché. Il est immédiatement arrêté et placé en garde à vue.

Qu’est-ce qui lui est reproché ? Ecoutons le confrère « Le Patriote » : « Quant à Sylvain Oka, il lui est reproché d’avoir un patrimoine de …5 milliards de FCFA, alors qu’il touche comme salaire, 1,2 million de FCFA ». Et le confrère de poser cette grave question : « Par quelle alchimie a-t-il pu réunir une telle fortune ? »

Dans la même veine et selon une source policière interrogée par « APA/22/14), « Il ne s’agit pas d’un acharnement politique contre M. Banny comme beaucoup de vos confrères l’ont laissé croire.

La justice a découvert sur le compte de Sylvain Oka un montant de ‘’ 5 milliards FCFA’’ que l’ex-cadre de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) à la retraite, par ailleurs, ‘’trésorier de la campagne de M. Banny’’, selon d’autres sources, est appelé à ‘’ justifier l’origine de ce fonds’’», poursuit la source policière. Pour cet officier proche du dossier, il est question de savoir si les 16 milliards FCFA alloués à la Commission dialogue, vérité et réconciliation (Cdvr) par l’Etat ivoirien ne sont pas ‘’ passés’’ par ce compte.

«Avant de faire valoir ses droits à la retraite, M. Oka percevait un salaire d’environ 1,5 million FCFA. Avec 5 milliards trouvés dans son compte, on veut comprendre», indique-t-il.

Quant à Arthur Alloco, il lui est reproché ‘’ un trou de 500 millions FCFA’’ alors qu’il était directeur par intérim de l’Agence des Télécommunications de Côte d’Ivoire (Atci). Selon les enquêtes, cette somme a atterri dans une ‘’ banque française, BNP-Paribas’’. «Comme vous le voyez, leur interpellation n’a rien de politique» se convainc-t-il. Mais à la question de savoir pourquoi, c’est après l’évocation des ‘’ 16 milliards de la Cdvr ‘’ par le chef de l’Etat que la justice se met en branle, l’officier de police répond que ‘’s’il est prouvé que cet argent n’a rien avoir avec la somme dont vous parlez, ce sera à leur honneur’’.

Tiens donc ! Arthur Aloco creuse un trou dans la structure qu’il dirigeait et cet argent proviendrait des caisses de la CDVR ? Etrange !

Sylvain Oka, selon « Le Patriote », aurait « un patrimoine de 5 milliards». Mais selon la source policière proche du dossier interrogée par « APA », on aurait découvert « cinq milliards » sur son compte. Et lui, pourquoi ne l’avait-on pas interpellé depuis, puisqu’il n’a été candidat à aucune élection ? Pourquoi a-t-on étouffé cette autre affaire alors ? Ou bien c’est seulement après avoir fait partie de la délégation qui s’est rendue à la maison du Pdci le 10 décembre que la justice s’est rendue compte qu’il avait un patrimoine de 5 milliards ou que roupillait sur son compte la somme de cinq milliards ?

 

« Il ne s’agit pas d’un acharnement politique»

C’est sans doute vrai. Puisque l’épouse d’Arthur Aloco, ex-employée et ex-Dg par intérim du Fdpcc sous Gbagbo, a été aussi convoquée par la police économique. On espère que dans son cas, ce n’est pas après que son mari se soit rendu à la Maison du Pdci qu’on a découvert aussi qu’elle a des milliards sur son compte, non ? Espérons aussi que ce n’est pas parce que son époux était candidat à l’élection des conseillers régionaux que la justice s’est mise en hibernation sur son cas pendant des années pour se réveiller aux lendemains du 10 décembre 2014 ?

En plus de l’épouse d’Arthur Aloco, un autre proche de Banny, Léon Konan Koffi, PCA de la Banque Atlantique au Cameroun, est attendu dans les locaux de la police économique. Ce dernier ne faisait pas partie de la délégation qui s’est rendue dans la Maison du Pdci pour le compte de Banny. Mais « L’Eléphant» a appris qu’il pourrait jouer un rôle primordial dans la campagne électorale pour la présidentielle de 2015 pour le compte de Banny dont il est très proche. « L’Eléphant », malgré ses nombreuses tentatives, n’a pu obtenir les motifs de sa convocation. « C’est pour une affaire le concernant », nous a-t-on répondu invariablement.

 

Etranges coïncidences !

Le confrère « Le Patriote » a beau écrire que cette affaire n’a aucun relent politique, il est difficile de ne pas y voir un acharnement judiciaire sur fond de règlements de comptes politiques à un adversaire. Car l’enchaînement des événements pousse à l’interrogation.

Le 15 décembre, Charles Konan Banny, en sa qualité de président de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation, a remis son rapport final au chef de l’Etat, au cours d’une cérémonie au Palais présidentiel. Dans son intervention, le président Alassane, histoire de donner une idée des efforts financiers faits par l’Etat pour permettre à la CDVR de mener à bien sa mission, révèle que ce sont environ 16 milliards qui ont été mis à la disposition de cette structure ayant reçu pour mission de réconcilier les Ivoiriens.

Le lendemain, dans la presse proche du pouvoir, Banny est clairement accusé d’avoir utilisé cet argent pour se constituer un trésor de guerre afin d’affronter le chef de l’Etat à l’élection présidentielle de 2015. L’affaire prend une telle ampleur que le concerné est obligé de réagir le jeudi 18 décembre 2014 : «Je souhaite que chacun de nous aille à l’essentiel. N’attendez pas de moi que je vienne discuter des chiffres qui ont été annoncés par le Président de la République dans une déclaration officielle au palais de la République(…) Le Président de la République et moi… Nous savons ce que les chiffres veulent dire (…) Je ne sais pas, mais si le Président de la République l’a dit, que voulez-vous que je dise? (…) Il faut qu’on s’imprègne de ces choses et qu’on soit toujours grand… Nous devons indemniser les victimes. Il y a des jeunes gens qui n’étaient pas contents pour des raisons qui leur sont propres, ils ont pris des fusils, ils se sont rebellés. A un moment donné, ils ont dit qu’ils étaient d’accord pour être désarmés, mais il faut nous payer. Quand j’étais Premier ministre, nous leur avons proposé 500.000 FCFA contre le dépôt de leurs armes. Si on doit donner 500.000 FCFA à celui qui a tué, combien doit-on donner à celui qui a subi? Est-ce qu’il faut donner une prime à la violence ou créer les conditions pour que la violence n’existe plus afin de consacrer les ressources à développer la Côte d’Ivoire? Savez-vous combien de fonds je gérais quand j’étais à la BCEAO ? » A-t-il interrogé.

Réponse ? Le même jour, des convocations sont distribuées à ses proches. La suite, on la connaît. Mais n’allez pas imaginer quoi que ce soit.

La justice sous notre président préfère se taire sur les faits infractionnels dont elle a connaissance pour ne pas être soupçonnée de régler des comptes politiques et se réveille justement quand les circonstances pour la soupçonner d’être utilisée pour régler des comptes à un adversaire politique du président candidat Ouattara sont clairement réunies.

Mais que cette affaire ait des relents politiques ou pas, la seule personne qui n’en tirera aucun bénéfice, c’est bien le chef de l’Etat. Bien au contraire, elle va contribuer à renforcer Charles Konan Banny et à légitimer sa candidature devant de nombreux Ivoiriens. En Côte d’Ivoire comme ailleurs, les peuples réagissent mal quand ils ont l’impression que la justice est instrumentalisée pour régler des comptes à des adversaires.

Au Rdr, on en est certainement conscient. D’où la réaction rapide devant la manifestation organisée par des inconnus se réclamant de ce parti, hier, devant le domicile de Charles Konan Banny. Pour réclamer les 16 milliards que le chef de l’Etat lui aurait remis et qu’il aurait gardé par devers lui (lire le communiqué).

Tout d’un coup, on comprend tout et on se demande pourquoi au lieu de tourner en rond, la justice ne commence pas par arrêter Charles Konan Banny?

On espère qu’elle n’est pas empêchée d’arrêter le présumé cerveau du détournement de 16 milliards pour ne pas donner l’impression qu’il s’agit d’un règlement de comptes politiques à un candidat à l’élection présidentielle…

ALEX KASSy

L’Eléphant déchaîné

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