09222018Headline:

Présidentielle 2020: Fraude sur l’identité, des députés expriment leurs inquiétudes

Dans le cadre de la session ordinaire 2018 de l’Assemblée nationale, une séance à question orale avec débat relative à ”la problématique de la Carte nationale d’identité (Cni) ivoirienne et la sécurisation de l’état civil en Côte d’Ivoire”, après plusieurs reports, s’est tenue, jeudi 24 mai 2018, à l’hémicycle, au Plateau, sous la présidence du Vice-président Oula Privat.

La question orale, présentée par le député de Fresco, Lobognon Agniman Alain-Michel, a amené le ministre de l’Intérieur et de la sécurité, Sidiki Diakité, à faire un large tour d’horizon sur les projets à court et moyen terme du gouvernement sur les questions liées à l’identité et à l’état civil dans le pays. En effet, selon Alain Lobognon, « en 2020, la Côte d’Ivoire sera face à un autre tournant de sa vie politique et démocratique avec l’organisation des élections présidentielle et législatives conformément à la Constitution du 8 novembre 2016, auxquelles prendront part les citoyens ivoiriens, électeurs disposant de la carte nationale d’identité ».

À l’entendre, la délivrance de l’attestation d’identité pour laquelle, il n’ y a aucune donnée publique ou officielle sur le nombre de documents établis, ou encore les recettes que ce document administratif produit pour l’État ivoirien amènent à s’inquiéter. « Il y a lieu aujourd’hui de s’inquiéter d’une possible fraude sur plusieurs documents d’identité délivrés dans notre pays, et facilitée par la présentation de l’attestation d’identité (…). Cette situation ne serait-elle pas la résultante de l’absence d’une politique d’identification prenant en compte la sécurité des populations, ainsi que celle du pays, l’un des plus ouverts de la zone Cedeao dont il accueille plusieurs centaines de milliers de ressortissants ? », a-t-il interrogé. Non sans s’inquiéter du sort qui pourrait être réservé aux Ivoiriens qui détiennent des Cni établies lors de l’enrôlement de 2009 et qui expirent en 2019, à peine un an des élections présidentielles de 2020.

« Notre pays doit mettre fin à l’inégalité d’accès de ses citoyens à la carte nationale d’identité (…). Malheureusement à ce jour, l’État de Côte d’Ivoire n’a encore pris aucune disposition légale pour connaître lui-même ses propres citoyens. Le soin laissé aux citoyens de se débrouiller pour fournir eux-mêmes des preuves de leur citoyenneté ivoirienne ouvre la porte aux abus », a indiqué M. Lobognon, plaidant pour l’institution d’une carte d’identité biométrique en Côte d’Ivoire. Il a même souhaité la suppression définitive de l’attestation d’identité. « J’attends que les textes soient déposés pour que la question de l’identité soit dépolitisée en Côte d’Ivoire », a-t-il dit.

Pour le ministre de l’Intérieur et de la sécurité, qui a présenté le projet de création du Registre national des personnes physique (Rnpp), cette solution conduira à une maîtrise de la population ivoirienne et surtout à identifier, pour tous les actes de la vie, les Ivoiriens et les non-Ivoiriens qui vivent dans le pays. Parce qu’à l’écouter, la Côte d’Ivoire ne dispose pas de registre qui centralise toutes les informations des personnes physiques qui y vivent. « Les textes de base de notre état civil nécessitent d’être repris. La couverture organisationnelle s’arrête au niveau des mairies, des communes et des Sous-préfectures. Il faut que cela s’étende. La réforme organisationnelle doit être faite », a-t-il déclaré. Selon lui, un fichier unique de la population fait « cruellement défaut » à la Côte d’Ivoire. Cela aiderait, pourtant, à le suivre, à améliorer les statistiques vitales du pays, sans quoi, on ne peut avoir « une planification efficace ». Aussi a-t-il appelé les députés et toutes les couches de la société ivoirienne à une « appropriation sociale ». « La question de l’état civil n’est pas une question réservée au gouvernement. C’est tout le monde qui est concerné », a soutenu Sidiki Diakité.

La réticence de Guikahué. Ce registre national, selon ce préfet hors grade, va permettre d’attribuer à chaque Ivoirien, à tout habitant de la Côte d’Ivoire et même à tous ceux qui sont de passage, un numéro unique. Cela pourra faciliter, a-t-il affirmé, l’accès des Ivoiriens au service public. Mais aussi faciliter la traçabilité des Ivoiriens, optimiser la politique fiscale. Ce registre national va favoriser « la délivrance rapide et facile des titres d’identité aux personnes identifiées ».

Ce projet de Rnpp s’inscrit, en effet, dans un programme qui doit durer deux ans. Bientôt, a informé le ministre Diakité, un projet de loi sur l’état civil sera déposé sur la table des députés. Il a souligné que la problématique soulevée est une réalité et expose la Côte d’Ivoire à « toutes les fraudes ». D’où l’action du gouvernement pour rectifier le tir. Toutefois, M. Diakité a laissé entendre que « l’attestation d’identité est délivrée en générale pour les élèves et les mineurs. Interrompre la délivrance des attestations d’identité pourrait faire plus de mal que de bien », annonçant une carte d’identité pour les mineurs.

Il a expliqué le retard constaté pour la délivrance des Cni par le fait que les machines d’impression de ces cartes étaient tombées en panne et qu’il a fallu presque toute l’année 2017 pour les réparer. Au-delà de ce problème technique, une forte pluie qui s’est abattue sur la ville d’Abidjan avait endommagé les installations de l’Office national d’identification (Oni) chargé de confectionner les Cni. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire dispose de 3 machines et les Cni sont produites, a-t-il assuré.

Quand la parole a été donnée aux députés, Maurice Kakou Guikahué, par ailleurs Secrétaire exécutif en chef du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci), a exprimé son inquiétude quant à l’échéance de 2020 et surtout quant à la délivrance des nouvelles Cni en 2019. « Je voudrais saluer le ministre pour sa prestation. La parade trouvée est la mise en place du projet Rnpp. Il va nécessiter de grands moyens. Même si Lobognon a dit qu’il faut dépolitiser les Cni. Nous sommes des politiques. On nous a dit qu’il y avait beaucoup de cartes d’identité disponibles. Nous avons sensibilisé nos militants. Ils sont partis. On leur a dit de repasser. Quelle est la situation. Si en 2019, le projet Rnpp n’a pas encore atteint son rythme de croisière, que va-t-il se passer ? », a-t-il soutenu. Comme lui, d’autres députés ont posé des problèmes liés à l’état civil dans leurs circonscriptions respectives.

« Il est clair que la validité va se limiter à la date qui est indiquée sur ces documents. Il appartient au gouvernement, en toute responsabilité, de prendre toutes les dispositions. Nous ne doutons pas que nous allons tenir dans les délais. Nous n’envisageons pas la prorogation du délai des Cni », a répondu le ministre Sidiki Diakité.

 

koaci.com

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