06202018Headline:

Présidentielle 2020: La surprise désagréable qui guette Ouattara et Bédié

En se dispersant, Bédié et Ouattara ignorent le danger qui les guette
Pendant qu’ils se livrent une guerre fratricide de positionnement pour les échéances présidentielles de 2020, le président de la République, Alassane Ouattara et ses alliés, dont principalement Henri Konan Bédié, se méprennent d’un danger qui les guette à cette même échéance. Comme sur la scène politique ivoirienne se résumait uniquement à leurs deux formations politiques, désormais, le président d’honneur du Rdr et son aîné, le président du Pdci-Rda, mènent un bal apparemment sans souci, ignorant à dessein l’existence d’une opposition.

Se réjouissant sans doute de la division au sein du Front populaire ivoirien (Fpi) – qui a tout l’air d’une bonne diversion pour les partisans de Laurent Gbagbo très aguerris en matière de stratégies politiques -, Bédié et Ouattara ne semblent pas ouvrir les yeux pour voir les donnes qui changent et amoncellent des nuages sombres sur leurs têtes. Des deux leaders sont obsédés et obnubilés par les débats en clans rangés entre eux et leurs partisans au sujet du parti unifié voulu par les uns et une alternance en 2020 réclamée par les autres. Pendant ce temps, les lignes bougent et dévoient une menace à l’horison.

En effet, depuis le début de cette année 2018, le procès de leur adversaire commun battu en 2011, détenu et jugé devant la Cour pénale internationale depuis lors, s’est quasiment arrêté. En janvier dernier, les juges ont rendu une première décision qui renvoie le bureau de l’Accusation à sa copie. La Chambre de première instance I, en charge du dossier, avait donné un délai à la procureure, Fatou Bensouda, qui conduit l’Accusation, pour compléter ses preuves, car celles réunies avec les différents témoins qui se sont succédé à la Haye, ne sont pas suffisante pour condamner ou continuer à détenir l’ex-président ivoirien mis en cause avec son dernier ministre de la Jeunesse Charles Blé Goudé.

Quand les donnes changent à la Cpi

Quelques mois après, la dernière décision prise par cette même Chambre est très éloquente quant aux intentions qui animent les magistrats qui y siègent. Elle vient d’ordonner, en effet, « à la Défense de M. Gbagbo et M. Blé Goudé de déposer, au plus tard le 20 juillet 2018, leurs soumissions sur les questions pour lesquelles, à leur avis, les éléments de preuve présentés par le Procureur ne sont pas suffisants pour soutenir une condamnation ».

En clair, les magistrats en charge du dossier invitent les avocats des mis en cause à introduire une requête pour faire valoir, à mi-chemin du procès, le droit à l’acquittement de leur clients. Lequel droit sur lequel le Procureur et le Représentant légal des victimes auront jusqu’au 27 août 2018 pour réagir. En attendant de « tenir une audience, le 10 septembre 2018 et plus si nécessaire, au cours de laquelle les parties et participants seront autorisés à illustrer ou compléter leurs observations écrites, ainsi que de répondre aux observations et à toute question que pourrait avoir la Chambre ».

Autrement dit, le Bureau du Procureure et la Défense de Laurent Gbagbo et Blé Goudé vont croiser le fer le 10 septembre prochain. Une date décisive qui pourrait déboucher sur deux éventualités : Soit la requête soumise par les avocats est rejetées à l’issue des délibérations, soit les juges maintiennent leurs arguments d’insuffisance de preuve et prononcent un acquittement des prévenus et leur libération implicitement.

Gbagbo comme Mandela

Cette deuxième option, si elle venait à être l’issue finale du procès de ces ex-dirigeants en détention, elle pourrait bouleverser tous les calculs sur l’échiquier politique ivoirien. Nul doute que le Fpi apparemment divisé aujourd’hui, retrouverait son unité et sa vigueur, et constituerait une sérieuse menace aux ambitions affichées qui opposent des dirigeants du Rhdp, et principalement le Pdci et le Rdr en voie de redevenir des rivales.

Laurent Gbagbo libéré, les alliés du Rhdp devraient craindre le scénario Uhuru Kenyatta ou Nelson Mandela. Harcelé par la Cpi, cette situation a créé un capital sympathie autour de Uhuru Kenyatta, qui a été élu et réélu à la tête du Kenya, son pays. Après 27 ans de détention, c’est quasiment la même compassion et l’admiration pour son courage et sa capacité de résistance qui a permis à Nelson Mandela de partir de la prison au Palais de Johannesburg. A savoir l’effet boomerang qu’a suscité sa sortie de prison avec le soutien d’une certaine classe de dirigeants africains qui ont déjà pris fait et cause pour lui. L’ex-président ivoirien peut se retrouver dans la même posture si les choses évoluent dans un certain sens à la Cpi. Ce tribunal de plus en plus décrié par des dirigeants africains et qui donne l’air de vouloir défendre sa crédibilité.

Il n’est pas exclu que le prédécesseur d’Alassane Ouattara, juste pour un souci de réhabilitation, cherche à se présenter aux prochaines échéances s’il sort de prison. Laurent Gbagbo aurait ses chances, comme tous ceux qui se bousculent en ce moment, de remporter ce scrutin, en misant sur le capital sympathie que sa longue détention aura pu occasionner en sa faveur. En plus, les statistiques de participations aux différents scrutins depuis son retrait de la vie politique ne peuvent que le conforter dans un tel élan. Ce qui ferait de lui un véritable challenger, le tocard sur lequel ne semblent pas pronostiquer Bédié et Ouattara pour le moment, alors qu’il pourrait les surprendre, inverser toutes les tendances et taire les orgueils que se vouent les alliés d’hier en disgrâce aujourd’hui.

 

imatin.net

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