12162018Headline:

Présidentielles 2020: Cet acteur silencieux qui peut tout changer

Il n’est pas présent sur l’échiquier politique ivoirien, mais il y garde un œil assidu. Son avis reste déterminant, voire incontournable dans les prises de décisions majeures comme celle d’une candidature à la présidence de la République. La France, pays colonisateur de la Côte d’Ivoire, dont-il est un partenaire privilégié, est cet acteur silencieux qui peut tout changer. Il veille au grain sur tout ce qui se passe dans son ancienne colonie et à tendance à la protéger contre les appétits d’autres puissances étrangères pour ses immenses richesses naturelles. C’est de bonne guerre.

Les deux pays entretiennent en effet des relations solides, multiséculaires et multisectorielles. La Côte d’Ivoire diversifie, certes, ses partenariats avec d’autres pays comme la Chine, le Maroc et même le monde arabe. Mais elle se garde surtout de ne pas compromettre les intérêts de son précieux partenaire qui lui a beaucoup apporté. De son côté, la France compte d’énormes intérêts économiques sur le territoire ivoirien et n’entend pour rien au monde commettre l’erreur de les perdre. Les grands groupes français comme Bouygues et Bolloré, qui sont solidement implantés, avec des contrats juteux, notamment dans la construction, le transport, la logistics, les télécoms, fondent tout l’intérêt de la France pour la Côte d’Ivoire. L’un des derniers gros marchés remportés par des entreprises françaises, en l’occurrence Bouygues et Koelis, est le projet du métro d’Abidjan, pour un montant total de 918,34 milliards de fcfa. Paris a donc tout intérêt à ne pas perdre la main sur Abidjan.

Par ailleurs, la Côte d’Ivoire constitue un partenaire géo-stratégique idéal. Sa situation géographique, avec une ouverture sur l’océan atlantique pour 520 km de côtes et son poids économique dans la sous-région ouest-africaine (40 % du Pib de l’Union monétaire ouest-africaine, Uemoa), en fait un atout majeur dans la stratégie de positionnement de la France en Afrique de l’Ouest.

Une élection présidentielle dans un tel pays ne saurait indifférer l’Élysée. Même si le locataire du palais présidentiel français ne prend pas part au débat de façon ouverte, son avis compte pour qui veut briguer la magistrature suprême en Côte d’Ivoire. Quelle est donc la position du pouvoir français sur une troisième candidature du président Alassane Ouattara ? Le président d’honneur du Rdr serait bien curieux de le savoir. Selon des sources diplomatiques, l’Élysée n’a officiellement aucune position à prendre en ce qui concerne les candidatures, pour respecter ce principe sacro-saint de la non-ingérence dans les affaires intérieures des États. L’image d’une France donneuse d’ordres et de leçons à ses anciennes colonies n’est d’ailleurs pas très appréciée des autorités françaises. Mais, en réalité, elles restent préoccupées au plus haut niveau et attentives à l’évolution de la situation en Côte d’Ivoire. En un mot, que Ouattara soit candidat ou non intéresse très peu l’administration Macron. Mais la sauvegarde des colossaux investissements français amène Paris à jouer aux gendarmes. Le cas ivoirien est d’autant plus inquiétant qu’il intervient à un moment où les appétits politiques sont très vifs. Ce qui laisse planer toutes les incertitudes.

L’incertitude du lendemain. C’est là une énigme qui freine quelque peu les ardeurs et donne à réfléchir. Qu’adviendra-t-il en effet si le président Ouattara décidait de faire acte de candidature en 2020 ? La réponse à cette question reste encore floue. L’atmosphère politique du moment ne donne pas de signes encourageants pour cette candidature. D’un côté, il y a le Pdci d’Henri Konan Bédié qui semble plus que déterminé à briser l’alliance avec le parti au pouvoir, si l’alternance ne lui est pas concédée en 2020. La ‘’ rébellion ‘’ actuelle du parti vert et blanc contre le projet de Parti unifié donne un avant goût de ce qui pourrait advenir des relations entre les alliés pendant les joutes électorales.

De l’autre côté, il y a les ex-Forces nouvelles de Guillaume Soro, dont les ambitions pour la présidentielle ne font plus l’ombre d’un doute. Les cadres pro-Soro, notamment l’ex-ministre des Sports, Alain Lobognon, ainsi que l’ancien secrétaire d’État à la bonne gouvernance, Méité Sindou, ne manquent pas de tribune pour prévenir le président Ouattara contre un autre mandat. « En 2016, nous avons eu une nouvelle Constitution. Je ne suis pas juriste, mais je voudrais dire comme mon frère et ami Méïté Sindou, qui a dit que ce serait une faute politique de la part de M. Ouattara de briguer un 3e mandat », avait récemment martelé le député-maire de Fresco, au cours d’une interview accordée à l’agence de presse Alerte info.

L’opposition en embuscade. Même si elle reste quelque peu affaiblie et traversée par des divisions profondes, l’opposition ivoirienne constitue une force à ne pas négliger dans les calculs pour les échéances de 2020. Cette opposition rumine en silence une vengeance contre le parti au pouvoir qui l’a déchue en 2011. Le Front populaire ivoirien (Fpi) et toute la galaxie pro-Gbagbo attendent impatiemment le moment opportun pour en découdre avec le Rdr. Le rapprochement souhaité par Affi N’guessan, président du Fpi, avec le Pdci, témoigne de cette volonté d’en finir avec les républicains, perçus comme la cause de tous leurs malheurs.

Hamadou ZIAO

Légende : Dans une récente interview, le président Ouattara a indiqué que la nouvelle Constitution l’autorise à faire deux mandats à partir de 2020.

 

 

koaci.com

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